Smartphone, tablette, ordinateur: chez Super-zen, on parle la langue des utilisateurs, pas celle des geeks
Olivier Simonis, entrepreneur et investisseur à succès, a ouvert une première "boutique numérique" physique à Woluwe-Saint-Pierre. Accompagnements individuels, formations, événements: les seniors sont choyés.

- Publié le 04-10-2024 à 12h01
- Mis à jour le 04-10-2024 à 15h37
Olivier Simonis nous a fixé rendez-vous rue Blockmans, à Woluwe-Saint-Pierre. Super-zen se trouve au numéro 5. "La technologie sans stress. Stressvrije technologie", peut-on lire, en lettres blanches, sur la vitrine. Dans la pièce d'accueil, deux seniors sont en discussion avec deux jeunes collaborateurs de Super-zen. "C'est ici que nous recevons nos clients. Chacun est reçu par un accompagnateur, explique Olivier Simonis, entrepreneur et investisseur à l'origine du projet. Depuis notre ouverture, le 17 juin, cela n'arrête pas!".
Depuis qu'il a cédé la direction opérationnelle de Qualifio (start-up technologique qu'il a fondée en 2010 et qui a été absorbée par le groupe scandinave QNTM en 2023), Olivier Simonis a retrouvé du temps pour mener d'autres projets. "Je continue à investir, comme business angel, et je siège au conseil d'administration de plusieurs start-up belges (CBX Medical, Verbolia, Apptree, etc., NdlR)". Il est aussi l'un des fondateurs des Mollets Solidaires, une ASBL lancée en 2022 dans sa commune de Chaumont-Gistoux. "On organise des balades, à bord d'un vélo électrique biplace, pour des personnes âgées ou moins valides".
Démunis face à la technologie
Le projet Super-zen s'inscrit dans la la même lignée: avoir un impact en venant en aide à des personnes fragilisées. Il s'agit, en l'occurrence, de contribuer à l'inclusion numérique. Selon le dernier baromètre de la Fondation Roi Baudouin, 40% des Belges âgés de 16 à 74 ans restent vulnérables numériquement. Si cette vulnérabilité concerne surtout les personnes ayant un faible niveau de revenus et de diplôme, d'autres le sont aussi. Olivier Simonis dit l'avoir constaté dans son entourage direct (plutôt aisé et éduqué). "Chaque fois que je vais chez mes beaux-parents, ils me demandent de résoudre une série de problèmes qu'ils rencontrent avec leur smartphone, leur ordinateur... Pour les seniors, en particulier, le numérique et la technologie sont anxiogènes. Ils se sentent souvent démunis".

En quoi Super-zen se différencie-t-il des Espaces publics numériques (EPN), de plus en plus nombreux en Wallonie et à Bruxelles? "Super-zen est une réponse complémentaire aux EPN, dit Olivier Simonis. L'état d'esprit est différent. Beaucoup de personnes nous disent qu'elles sont heureuses et soulagées de trouver, près de chez elles, un lieu convivial, ouvert six jours par semaine (de 10h à 18h), avec des accompagnateurs bienveillants, patients, qui parlent la langue des utilisateurs et pas celle des geeks".
"Je vois Super-zen comme une start-up à impact, ce qui exige d'avoir une offre de services en phase avec les besoins des clients et de trouver un business model permettant de pérenniser le projet et, pourquoi pas, de l'étendre."
Autre spécificité de Super-zen: le choix d'en faire une structure privée (SRL) et non une ASBL subsidiée. "Je vois Super-zen comme une start-up à impact, ce qui exige d'avoir une offre de services en phase avec les besoins des clients et de trouver un business model permettant de pérenniser le projet et, pourquoi pas, de l'étendre". Les services de Super-zen sont donc payants (avec différentes formules allant de 25 à 79 euros par mois, café ou thé inclus!).
L'enjeu du "business model"
Après seulement trois mois d'existence, Super-zen connaît non seulement une forte affluence (avec plus de 1.300 personnes touchées, à ce jour, dont 500 ont bénéficié d'une assistance personnalisée dans les locaux de la rue Blockmans), mais le projet s'est aussi enrichi et élargi. Outre le soutien individuel (installation d'applications, gestion des mots de passe et des photos, création de QR Code, utilisation d'Itsme, mises à jour...), qui est assuré par une équipe d'étudiants ("geeks dans l'âme, pédagogues et empathiques"), Super-zen organise de nombreuses formations thématiques et, une fois par mois, des événements (petits-déjeuners numériques, initiation à ChatGPT, etc.).

"Pour les formations, on a 90% de femmes, avec un âge moyen de 70 ans, indique Ambroise Carpentier de Changy, jeune diplômé de la Louvain School of Management recruté pour gérer Super-zen. Elles sont beaucoup plus curieuses, avec une forte envie d'apprendre. Mais, même si on est centré sur les seniors, nos services sont accessibles à tous les publics et tous les âges". Super-zen est en outre de plus en plus sollicité par des entreprises et des institutions (université des aînés, résidences-services, communes...) pour former leurs clients ou collaborateurs à l'utilisation des appareils et services numériques.
D'autres boutiques Super-zen que celle de Woluwe-Saint-Pierre verront-elles le jour? "On fera le point à la fin de l'année pour voir s'il est possible d'en créer d'autres, répond Olivier Simonis. En tout cas, la traction client est là. Y a-t-il pour autant un business model? C'est encore un peu tôt pour répondre".