Proximus, une privatisation improbable ?
Le dossier de La Libre Eco | Si l'opérateur télécoms - dont le CEO a démissionné vendredi - a été au centre des critiques de certains politiques, dont le président du MR Georges-Louis Bouchez, parti membre de l'Arizona, les actifs que l'Etat détient dans celui-ci pourraient-ils être vendus, pour générer des liquidités ?

- Publié le 09-02-2025 à 11h30

Acerbes. C'est comme cela que l'on peut caractériser les critiques du président du MR Georges-Louis Bouchez à propos de Proximus, lui qui n'avait pas hésité à s'en prendre à l'opérateur télécoms en octobre dernier, après avoir pourtant fait les louanges de son CEO, Guillaume Boutin, quelques mois plus tôt. Le président libéral avait néanmoins visiblement travaillé son dossier et estimait que l'opérateur, détenu à 53 % par l'État, n'était pas assez mis en difficulté par ses actionnaires. "Dans une boîte gérée de manière privée, vous craignez davantage les actionnaires. Mais l'État est le pire actionnaire du monde", avait-il affirmé. Des critiques sur lesquelles Michael Freilich, député N-VA, avait insisté par la suite.
Il faut reconnaître que la capitalisation boursière de Proximus a littéralement fondu comme neige au soleil ces 5 dernières années. Moins 80 %. L'action est passée de 25 à 5 euros. Il n'en fallait pas plus pour que les critiques sur la gestion fusent. Pourquoi investir à l'international dans des projets qui s'éloignent du core business de Proximus, comme dans Route Mobile en Inde, ou dans des solutions d'identification en ligne ?
Le CEO sur la défense
Le CEO, Guillaume Boutin, qui a annoncé sa démission vendredi soir afin de rejoindre le groupe Vodafone d'ici le mois de mai, a défendu sa stratégie, en janvier. D'abord, en rappelant les investissements colossaux dans la fibre et la 5G, incontournables, qui font fuir les investisseurs. "Tous les opérateurs doivent mettre la main à la poche pour remplacer les réseaux vieillissants. Combiné à l'arrivée du nouvel opérateur, cela pèse sur le cours. Mais Proximus a beaucoup de valeur à délivrer à l'avenir", nous explique-t-il alors.
"Proximus a beaucoup de valeur à délivrer à l'avenir"
Il faut reconnaître que les périodes d'investissements font généralement plutôt fuir les spéculateurs qui cherchent du rendement à court terme. La myopie des marchés, diront certains. De là à dire qu'il vaut mieux être détenu par un acteur public comme l'État ? Le CEO ne se prononcera pas, mais reconnaît qu'avoir un actionnaire en phase avec sa stratégie est un atout. Confortable, certes. Il expliquera également que les investissements internationaux produisent déjà leurs effets. Effectivement, plus de la moitié du cash-flow généré provient de ces activités. Une façon de se diversifier alors que la concurrence sur le territoire belge, marché déjà très limité, se renforce avec l'arrivée de Digi, l'opérateur low cost arrivé mi-décembre et principalement actif sur le mobile pour le moment.
Quoi qu'il en soit, l'apparition de cette concurrence privée bouscule l'opérateur, peut-être comme le feraient des actionnaires privés, dans une optique libérale. Reste à voir si l'État vendrait réellement les actifs qu'il détient dans Proximus, alors que l'entreprise télécoms vaut 1,72 milliard d'euros en Bourse seulement. Une revente qui le priverait des précieux dividendes reversés chaque année par l'entreprise (près de 110 millions au montant actuel, qui a été divisé de moitié pour la période d'investissement dans la fibre, à 60 cents par action). Autant dire que l'État ne ferait pas une bonne affaire. La valorisation de Proximus est probablement sous-évaluée, reconnaissent la plupart des observateurs du secteur. D'ailleurs, Xavier Niel a pris plus de 6 % des parts fin 2023, de même que Goldman Sachs en janvier 2025. Avec une idée derrière la tête ?
