Pédopornographie: plusieurs géants de la tech américains accusés de financer des sites illégaux
Un porte-parole du FBI a notamment affirmé que le bureau "examinait toutes les allégations de conduite criminelle, sans commenter la situation."

- Publié le 11-02-2025 à 15h15
- Mis à jour le 11-02-2025 à 16h58

Amazon, Google, Microsoft : certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde sont accusées de financer la pédopornographie sur internet. Ces géants technologiques ont en effet occupé des espaces publicitaires sur des sites Web illégaux hébergeant des images d'abus sexuels sur des enfants.
Des accusations graves, mais mises en perspective par Krzysztof Franaszek, patron de la société de recherche publicitaire américaine Adalytics, à l'origine de l'étude dénonciatrice. En effet, "de nombreux annonceurs dont les publicités apparaissaient sur ce genre de site n'avaient probablement aucune idée qu'ils finançaient ce genre de contenu", explique-t-il.
Le FBI analyse la situation
Dans son rapport, Adalytics affirme avoir analysé les activités publicitaires des 70 plus grandes entreprises du classement Fortune 500 (des 500 premières entreprises américaines, classées selon l'importance de leur chiffre d'affaires). Amazon, Google, Microsoft sont donc dans le viseur, tandis que des grands groupes comme MasterCard, Nestlé, Starbucks ou encore Unilever sont mis en cause pour avoir occupé des espaces publicitaires "coexistant avec la pornographie adulte hardcore".
Le site de partage d'images ImgBB est notamment ciblé. Il permet aux gens de télécharger des photos anonymement, sans créer de compte, et cache ces mêmes images des moteurs de recherche. Ce site affiche, selon Franaszek, des images sexuellement explicites de très jeunes enfants, avec des publicités pour les entreprises du classement Fortune 500 affichées à leurs côtés. Ce contenu problématique a été signalé au Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis, au Département de la sécurité intérieure (DHS) et aux organisations de protection de l'enfance. Un porte-parole du FBI a notamment affirmé à la BBC que le bureau "examinait toutes les allégations de conduite criminelle, sans commenter la situation."
Amazon, Microsoft et Google ont été contactés par des sénateurs américains afin de s'expliquer sur ces accusations. Les trois entreprises ont affirmé désormais avoir supprimé tous leurs liens publicitaires avec ImgBB. "Nous avons une tolérance zéro en ce qui concerne les contenus promouvant l'exploitation et les abus sexuels d'enfants", a déclaré un porte-parole de Google à la BBC. "Nos équipes surveillent constamment le réseau d'éditeurs de Google pour ce type de contenu et nous référons les informations aux autorités appropriées."
Google responsable ?
Rien qu'en 2024, les dépenses en publicité numérique dans le monde ont atteint un sommet historique de 694 milliards de dollars en 2024. Internet reste un incontournable pour l'industrie du marketing. Mais les annonceurs ne sont pas toujours conscients des différents sites internet sur lesquels se retrouvent leurs annonces.
"Presque chaque fois qu'une annonce est affichée en ligne, elle est le résultat d'une chaîne de dizaines de plateformes et services, certains concurrents, d'autres travaillant ensemble. Ce processus automatisé se déroule en quelques fractions de seconde. Les annonceurs ne choisissent généralement pas les sites Web qui affichent leurs annonces", explique en effet Adalytics. Ajoutant que les annonceurs paient donc un "réseau publicitaire" dont l'objectif est de trouver leur public-cible sur différents sites. Il n'est pas rare, dès lors, que certains annonceurs ne sachent pas où finissent par apparaître leurs publicités.
Mais Adalytics note également qu'il existe des analystes qui permettent d'éviter que des publicités ne se retrouvent sur des sites internet frauduleux. DoubleVerify et Integral Ad Science (IAS) en font partie, et affirment utiliser des outils d'intelligence artificielle, notamment, pour s'assurer que les annonces de leurs clients n'apparaissent pas à côté de contenus illégaux.
Pour Laura Edelson, professeur d'informatique et d'économie numérique à l'université Northeastern aux États-Unis, le coupable est clairement défini. "Je vous l'accorde, c'est une situation complexe à régler. Mais c'est un souci technique, le genre de problème que gère Google tous les jours. C'est pour cela qu'ils sont payés. Personne n'est plus responsable de cette situation que Google", affirme-t-elle à nos confrères de la BBC. Avant d'ajouter : "Google doit être tenu responsable de ne pas agir suffisamment pour lutter contre ces dérives dangereuses." Il est vrai que Google fait l'objet, à l'heure actuelle, d'un procès antitrust aux États-Unis pour "abus de position dominante" sur le marché publicitaire en ligne. Le géant technologique est accusé d'exercer un monopole sur ce marché. L'affaire sera traitée en avril prochain.
