"On entendait régulièrement des couples faire l'amour" : Apple accusé d'espionner les conversations privées de ses clients
Apple fait l'objet d'une plainte pour violation de la vie privée de ses utilisateurs. La firme de Cupertino étant accusée d'avoir collecté et traité des enregistrements pris à l'insu de propriétaires d'iPhone et autres iPad via l'application Siri.

- Publié le 14-02-2025 à 10h51

Thomas Le Bonniec, 29 ans, est lanceur d'alerte. Ce Français a décidé de dénoncer Apple et son projet Crowd Collect (collecte de foule), auquel il a lui-même participé. La firme de Cupertino y demandait à des "petites mains" comme Thomas d'écouter des enregistrements vocaux capturés par l'assistant vocal Siri. Parfois issus de requêtes volontaires des détenteurs d'iPhone et autres iPad. Parfois pris à leur insu.
"Il y a des moments banals, choquants ou gênants où vous entendez des choses très intimes voire violentes qu'on ne partage pas avec des inconnus", explique-t-il à Radio France. Avant d'énumérer : "des conversations où il est question de données de santé, comme quelqu'un qui parle de sa sclérose en plaques ou d'une fausse couche. On entend aussi des opinions politiques ou syndicales. Beaucoup d'enregistrements d'enfants sur les iPads. Je me souviens avoir entendu quelqu'un parler de son compte en banque en Suisse. Les collègues entendaient régulièrement des couples faire l'amour".
Apple dans le collimateur de la justice
Ce projet Crowd Collect est mené par plusieurs sous-traitants d'Apple, dont la société Globe Technical Services, basée en Irlande et qui a embauché Thomas Le Bonniec. À elle seule, cette entreprise a traité plusieurs dizaines voire centaines de millions d'enregistrements vocaux. Concrètement, le travail de Thomas "consistait à vérifier que les transcriptions des conversations par Siri étaient correctes ou s'il fallait les corriger. Une grande partie de notre travail, c'était surtout d'identifier s'il s'agissait d'enregistrements accidentels, des 'accidental trigger'dans le jargon d'Apple".
Les données Siri n'ont jamais été utilisées pour créer des profils marketing et n'ont jamais été vendues à qui que ce soit, à quelque fin que ce soit."
L'idée ? Améliorer l'efficacité de la réponse multilingue du chatbot d'Apple. "Nous avions une obligation de quantité et de qualité. Chacun de nous devait traiter un projet de 1 300 enregistrements par jour avec un seuil d'exactitude d'au moins 90 %", poursuit ce lanceur d'alerte, qui décide de quitter son poste et de dénoncer des pratiques qu'il juge immorales. Il aura alors écouté près de 50 000 enregistrements en un an.
Ce premier lanceur d'alertes reconnu au sein des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) adresse différents signalements à plusieurs agences européennes de protection des données, mais aucune enquête n'est lancée. Apple a eu vent de ces témoignages et décide en août 2019 de suspendre son programme de notation de Siri.
La firme, contactée par Radio France, affirme que "les données Siri n'ont jamais été utilisées pour créer des profils marketing et n'ont jamais été vendues à qui que ce soit, à quelque fin que ce soit." Tandis qu'elle précise n'avoir conservé que 0,2 % des requêtes Siri et leur transcription, sans pour autant être en capacité d'identifier les utilisateurs à leurs origines.
La Ligue des Droits de l'Homme (LDH) française a porté une plainte contre X pour "violation de la vie privée, traitement illicite des données personnelles et pratique commerciale trompeuse."
La Ligue des Droits de l'Homme (LDH) française a quant à elle décidé d'agir cette semaine. Elle a en effet confirmé transmettre un signalement doublé d'une plainte au parquet de Paris, visant Apple et cette collecte massive d'enregistrements de son assistant virtuel. Une plainte contre X pour "violation de la vie privée, traitement illicite des données personnelles et pratique commerciale trompeuse", explique le journal Le Monde. Selon la LDH, les pratiques d'Apple sont contraires au Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui prévoit un consentement "éclairé" des utilisateurs avant toute collecte d'informations personnelles.
Aux États-Unis, Apple fait déjà l'objet d'accusations similaires. Un recours collectif civil a en effet été intenté par des usagers américains qui accusent la firme d'avoir enregistré, traité et conservé sans leur consentement leurs conversations privées, entre 2014 et 2024, et ce, à des fins commerciales. Apple a toujours réfuté ces accusations et a proposé d'ouvrir un fonds d'indemnisation de 95 millions de dollars pour empêcher toute nouvelle procédure à son encontre sur le sol américain. Tout propriétaire américain d'appareils Apple pourrait alors être indemnisé d'une somme de 20 dollars par appareil possédé.
