Stéphane Burton, industriel actif sur le F-35 : "Il faut passer à une économie de guerre"
L'Invité Eco | Orizio, le holding de Stéphane Burton, est actif sur une grande partie des F-35 vendus en Europe. Ce dernier est plutôt optimiste à propos des relations avec les États-Unis sur le long terme, malgré les dissensions provoquées par Donald Trump.


- Publié le 12-05-2025 à 08h04
- Mis à jour le 12-05-2025 à 13h15

Stéphane Burton pourrait vous parler des heures de moteurs, d'ailes et de fuselage. Passionné d'aéronautique et de spatial, l'avocat et dirigeant de 52 ans semble avoir les yeux constamment dirigés vers le ciel. "Le rêve de l'homme a toujours été de voler. On est dans un métier de passionnés. S'ils tiennent les quatre premiers mois, les gens qui viennent travailler chez nous restent au moins vingt ans". Nous ? C'est le groupe Orizio, un holding qui regroupe deux fleurons de l'aéronautique belge, à savoir les centenaires Sabca et Sabena Engineering. Stéphane Burton est à la fois le patron et l'actionnaire majoritaire (à 50,1 %) du holding, dont l'autre (quasi) moitié est détenue par l'État belge, via son bras financier, le SFPIM.
"La solitude du pouvoir peut parfois être pesante, heureusement j'ai un conseil d'administrateurs indépendants qui me challenge régulièrement", développe le patron-actionnaire. À l'instar d'autres holdings internationaux de ce type, le but d'Orizio est de se développer dans tout ce qui touche à l'aérospatial. Le secteur est très large, allant de la maintenance d'avions civils ou militaires en passant par l'aérostructure ou à la production de pièces fondamentales au fonctionnement de fusées ou d'aéronefs de combat, comme le F-35 américain. "On a déjà fait l'acquisition d'une entreprise en Angleterre et on veut continuer à grandir", souffle le père de quatre enfants.
"Si je vous disais ne pas craindre une crise, je serais un homme qui n'apprend pas vite ! Alors oui, il y a toujours un risque."
Aujourd'hui, Orizio emploie 2 000 personnes dont 1 400 sur différents sites en Belgique. "J'ai une énorme frustration, insiste le diplômé de l'UCLouvain. On a du mal à trouver certains profils. On a près de 150 jobs ouverts dans la Région bruxelloise, mais on n'a quasiment aucun candidat provenant de la capitale. Ce sont des gens qui viennent de Wallonie et de Flandre qui font tous ces kilomètres chaque jour pour occuper ces postes. Selon moi, il n'y a peut-être pas assez d'attractivité pour les métiers industriels à Bruxelles. Pourtant nous formons en interne : chez nous, vous pouvez rentrer comme manœuvre et sortir comme directeur de production, débuter comme ingénieur pour devenir responsable du design d'une pièce qui va sur une navette spatiale". Le Belge serait trop sédentaire, selon l'ancien juriste du cabinet Stibbe. "Je dois créer des filiales à l'étranger car des Belges ne veulent pas aller faire des réparations aux États-Unis. Le coût de la main-d'œuvre en Belgique est moins un problème que celui de l'énergie. S'il y a un vrai changement à faire dans notre pays, ce serait celui-là : diminuer les prix de l'énergie qui sont un vrai handicap pour l'industrie", précise-t-il. Entretien.
Vous êtes à Washington actuellement. C'est important pour vous ?
Oui. Étant donné le métier dans lequel on est, je dois passer aux États-Unis. Car quoi qu'on en dise, il reste beaucoup de liens avec l'industrie américaine.
Votre groupe travaille sur l'avion de combat F-35 américain d'ailleurs, le futur avion des forces aériennes belges. Que faites-vous exactement ?
C'est un contrat dans lequel on s'occupe de la partie composite (pour le "plan horizontal" de l'avion) pour, normalement, 400 F-35. Et vu le nombre de F-35 commandés en Europe, on espère passer à 600. Ce sont des volumes importants. On a construit une toute nouvelle usine sur notre site de Lummen, dans le Limbourg, et on a un des sites à la pointe en matière de composite en Europe. Le contrat F-35 concerne une centaine d'emplois en Belgique et pourrait générer autour de 200 emplois directs pour le groupe à terme, avec la maintenance. Et notre objectif est de faire plus d'export. D'où ma présence aux États-Unis.
Les discours anti-F-35 ou d'appel à casser les contrats F-35 en Europe ou au Canada, en réaction aux actions de Trump, vous voyez ça d'un mauvais œil ? Vous risquez gros en cas de boycott…
Ah… Moi, j'ai décidé que je n'étais pas un politique, mais un industriel. Mon rôle est de transformer des opportunités en modèles économiques durables. Donc je n'ai pas à me prononcer là-dessus. Car quoi que je dise, je vais soit dire quelque chose qui plaît aux uns mais déplaît aux autres, soit dire quelque chose de pas valable économiquement. Mais aujourd'hui, je ne vois pas de signe d'arrêt de la production de F-35.
Ces tensions géopolitiques se ressentent dans les relations avec vos partenaires ?
De manière générale, le message de nos partenaires américains est "ne vous inquiétez pas, ça va continuer". Cependant, tout le monde anticipe les effets des droits de douane sur l'augmentation des prix, même si, normalement, les équipements militaires ne sont pas assujettis aux droits de douane.
Est-ce qu'il est possible de collaborer avec les Américains tout en travaillant sur des projets strictement européens, comme le projet d'avion de sixième génération Scaf ?
Oui, c'est possible. Ces activités sont classifiées "secret-défense" mais nous avons des systèmes internes de ségrégation des informations.
Et ça fonctionne vraiment ?
Oui, tout à fait. Prenez l'exemple du F-35 : certaines informations ne sont pas partagées. Et c'est aussi vrai sur d'autres programmes. Chez Sabena Engineering, la défense représente 60 % du chiffre d'affaires, sur plus de 160 millions d'euros. Chez Sabca, c'est entre 25 et 30 %. Donc pour le groupe, on approche des 50 % de chiffre d'affaires réalisés dans le secteur de la défense. De plus, les autorités militaires elles-mêmes s'assurent que leurs données ne soient pas partagées. Indépendamment des tensions actuelles, c'était déjà le cas par le passé. C'est ce qui rend l'entrée dans le secteur de la défense particulièrement exigeante pour les entreprises.
Sur le F-35, il y a des interrogations, notamment sur certains logiciels à distance qui pourraient immobiliser l'appareil s'ils ne sont pas mis à jour. Ces éléments sont complètement entre les mains des Américains, et on ne sait pas toujours ce qu'ils peuvent en faire.
Je n'ai pas cette information. Concernant ce que l'on entend sur un éventuel kill switch ou les mises à jour logicielles, je ne peux pas confirmer. Mais je peux vous donner un exemple : avec les F-16, nous utilisons déjà des systèmes différents de ceux utilisés aux États-Unis. Idem pour les hélicoptères Airbus : les Français et les Allemands n'ont pas le même système de communication embarqué. On a déjà des mises à jour différentes. Donc l'idée que nous perdrions le contrôle… je m'interroge.
Et techniquement, les F-35 exportés sont-ils les mêmes que ceux de l'armée américaine ?
Un avion, c'est une structure métallique et composite avec des équipements embarqués et des logiciels. Concernant la structure et les composants, il s'agit des mêmes versions. En revanche, certains systèmes ne sont probablement pas exactement les mêmes. C'est d'ailleurs déjà le cas sur d'autres avions militaires. Et, il faut aussi rappeler que le F-35 contient de nombreux équipements européens (près de 25 %). Le F-35 n'est donc pas un avion 100 % américain. Donc, en cas de tension dans la chaîne d'approvisionnement entre Europe et USA, les utilisateurs Américains pourraient eux aussi en subir les effets négatifs. Il y a une interdépendance réelle.
Concernant le projet Scaf, où en est la Belgique ?
La Belgique est actuellement dans un rôle d'observateur dans le projet d'avion de sixième génération Scaf. Elle a débloqué des budgets pour la R & D (recherche et développement) sur certains axes : moteurs, pièces de structure, etc. Des entreprises belges vont y travailler. La phase suivante, qui doit être décidée d'ici fin 2026 ou 2027, dépendra de nombreux facteurs, notamment politiques, comme le changement de chancelier en Allemagne ou les élections présidentielles en France.
Vous parlez d'interdépendance, chose que Donald Trump semble oublier dans sa guerre commerciale. Est-ce que vous craignez que des décisions puissent vous faire perdre le marché F-35 ? Ou qu'il soit réduit pour vous ou d'autres entreprises européennes ?
Je vais être franc, je suis administrateur de cette entreprise depuis 2008. J'ai traversé beaucoup de crises. Donc, si je vous disais ne pas craindre une crise, je serais un homme qui n'apprend pas vite ! Alors oui, il y a toujours un risque. Crise financière, crise pandémique, guerre en Europe, crises inflationnistes et maintenant de devises… Mais le facteur de risques est-il suffisant pour freiner nos développements ? Non. Et notre groupe est présent sur plusieurs plateformes. Le F-35 ne représente pas une part importante de notre chiffre d'affaires. Et sur le plan américain, nous pensons que, même dans une perspective protectionniste et de volonté de capter de la valeur économique via les droits de douane, les États-Unis continueront à vendre du matériel militaire, car c'est un des piliers de leur puissance économique depuis la Seconde Guerre mondiale.
"C'est cette instabilité qui est inquiétante."
Ce qui vous inquiète davantage, c'est la crise du dollar…
Oui. Au-delà de son rôle de moyen de paiement de référence, le dollar a toujours été une valeur refuge. Mais aujourd'hui, il se déprécie, contrairement à l'or ou même le bitcoin ! Les bons du Trésor américain se vendent moins bien. Les taux pourraient monter. Et si les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, NdlR) s'en servent pour éviter de donner trop de puissance aux USA, cela peut déstabiliser l'économie mondiale. C'est là un risque important.
Et sur vos activités concrètement ?
À court terme, cela ne nous impacte pas beaucoup. On achète et on vend en dollars. Mais si l'économie mondiale ralentit à cause d'un problème de financement, cela finira par nous toucher aussi. Ce serait un effet indirect mais réel. C'est cette instabilité qui est inquiétante.
Et concernant la visite en Ukraine avec Bart De Wever, vous avez annoncé un contrat de maintenance F-16. Il y a un marché à prendre dans cette partie de l'Europe…
Oui, j'y étais. Il y a des parties secret-défense, c'est un pays en conflit, dont je ne peux pas vous parler. Mais l'Europe, et je suis fier de le dire : la Belgique, font partie des partenaires pour aider à reconstruire le pays.
"Pour moi, le vrai risque pour l'Europe est de devenir une vassale."
Comment s'est passée la visite ?
Nous étions plusieurs industriels, principalement actifs dans la défense, à accompagner la délégation, avec le Premier ministre, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères. Nous avons été à Boutcha d'ailleurs. C'était une visite très marquante, puisque c'est le lieu où il y a eu un terrible massacre. Et nous avons eu des rencontres avec l'écosystème industriel ukrainien.
En Belgique, on parle de 4 milliards d'euros supplémentaires pour la défense cette année. Est-ce que cela se traduit déjà par des projets concrets ?
En tant que groupe Orizio, à travers Sabca (design et fabrication) et Sabena Engineering (maintenance), nous sommes impliqués. Je parle aussi ici en tant que président du BSDI, l'organisation représentant l'industrie de la défense belge. Comme l'avion de 6e génération.
Ce sera le Scaf ? Ou le Tempest ?
Justement, je reste prudent. On parle beaucoup du Scaf (France, Allemagne, Espagne et dont la Belgique est membre observateur, NdlR), mais il y a aussi le Tempest (Royaume-Uni, Italie, Japon, NdlR). Historiquement, le Scaf est un projet franco-allemand, puis espagnol. Mais aujourd'hui, d'autres pays européens, comme la Pologne, l'Italie et même le Royaume-Uni – malgré le Brexit – sont des acteurs très importants dans l'industrie de défense. L'idéal serait de travailler sur un seul programme européen d'avion de sixième génération. Pour l'instant, on en a deux. Cela dit, dans la phase technologique, ce n'est pas grave.
"Si on s'était réveillé trop tard, il y aurait des chars russes autour de nous et certains se seraient peut-être réfugiés aux États-Unis."
Et les drones ? C'est une menace disruptive, un danger, pour votre activité ? Ou une opportunité ?
C'est le grand danger, mais c'est pour cela que nous nous y précipitons et y investissons dans ce segment du marché ! Ça fait 20 ans que je suis dans cette industrie. Un de mes mentors m'avait dit que "la seule stabilité, c'est le changement". C'est la réalité ! Il faut anticiper, voir le coup d'après. Oui, le drone va remplacer, d'abord au niveau de défense, puis en sécurité et seulement après au niveau de l'aviation commerciale, une partie du transport aérien.
Vous parlez d'un désinvestissement de l'Europe dans sa Défense pendant 30 ans. Est-ce que le réveil n'est pas trop tardif face à la menace russe ?
Non, si on s'était réveillé trop tard, il y aurait des chars russes autour de nous et certains se seraient peut-être réfugiés aux États-Unis… Certes, il n'y a pas encore d'Europe de la Défense, mais l'Otan fonctionne toujours, même si la position des États-Unis et la méthode d'agir de la nouvelle administration américaine sont sujettes à interrogation. En Europe, nous bénéficions également de la dissuasion nucléaire avec la France et d'armées très développées comme en Finlande et en Pologne. La résistance de l'Ukraine le démontre : si la Russie voulait nous envahir de manière militaire, ce serait très compliqué pour elle. L'Europe est aussi le marché le plus enviable au monde et on ne fait pas la guerre à ses clients. Pour moi, le vrai risque pour l'Europe est de devenir une vassale. Or, on veut nous vassaliser (dont les États-Unis, NdlR). Elle ne doit pas l'accepter.
"Je ne renonce pas au fait qu'un jour l'Europe puisse se rapprocher des Russes qui, après tout, sont aussi en partie européens."
Est-ce que les États-Unis peuvent encore être considérés comme un allié fiable ?
Il faut remettre tout ce qu'on a vécu depuis l'arrivée de Trump au pouvoir en perspective. Le président américain joue les ascenseurs émotionnels pour faire perdre les pédales à ses interlocuteurs sur le court terme, comme au poker. Mais c'est le long terme qui compte. Je ne crois pas qu'on va se couper des relations avec les États-Unis du jour au lendemain. Regardez l'histoire. Ce qui a fait changer le monde, ce ne sont pas les révolutions mais les évolutions. Les crises passent toujours. Il faut aussi noter que le repli sur soi des USA n'a pas été initié par l'Administration Trump, mais sous l'ère Obama. En tant qu'industriels, nous avons très clairement vu cette montée du protectionnisme il y a un peu moins de dix ans aux États-Unis, avec des politiques d'achat favorisant les entreprises américaines.
Est-ce que l'industrie de la Défense européenne n'est pas largement en retard par rapport aux États-Unis ?
Non, je ne pense pas. La seule technologie que nous, Européens, ne maîtrisons peut-être pas complètement aujourd'hui, c'est celle de la furtivité (comme d'ailleurs les Chinois, etc.). Nous sommes très compétitifs sur toutes les autres technologies, que ce soit au niveau des moteurs, des matériaux ou de la cybersécurité. Dans vingt ans, je pense que les Européens auront développé un matériel militaire qui nous permettra d'être autonomes. Est-ce qu'on n'achètera plus américain pour autant ? C'est encore autre chose. En termes de Défense, on arrivera peut-être à la même situation que dans le commercial avec un équilibre industriel entre l'européen Airbus et l'américain Boeing. Je ne renonce pas non plus au fait qu'un jour l'Europe puisse se rapprocher des Russes qui, après tout, sont aussi en partie européens. Mais ce ne sera pas pour demain.
"Il faut passer à une économie de guerre."
Le problème de l'Europe n'est-il pas de manquer de volume de production de matériel militaire ?
Oui, mais c'est un problème de gouvernance. Si un industriel gouvernait l'Europe, il piloterait autrement ses achats, en ne les dispersant pas à gauche et à droite. L'industrie européenne n'est pas en retard, mais elle a besoin de commandes. On produira ce dont les gouvernements ont besoin. Or, pour l'instant, il y a beaucoup de déclarations et très peu de commandes. Le chef de la Défense belge, le lieutenant-général aviateur Frederik Vansina, l'a très bien exprimé : il faut passer à une économie de guerre.
Vous appelez donc le gouvernement belge à passer en économie de guerre ?
Oui, car on y est. Il appartient maintenant aux autorités compétentes au niveau national et européen de reconnaître qu'on est dans une guerre hybride et qu'il faut changer la législation. C'est juste la réalité.
Mais les contrôles politiques du Parlement ne sont-ils pas là pour éviter des dérapages en matière de dépenses militaires ?
Attention, nous ne plaidons pas pour la suppression des contrôles, nous plaidons pour une procédure plus rapide, en ligne avec l'urgence de la situation.
Est-ce que le site vacant d'Audi à Bruxelles vous intéresse ?
Je l'ai visité. C'est un très beau et grand site industriel, mais notre groupe dispose de suffisamment d'installations industrielles en Belgique.
L'industrie militaire est historiquement plus développée en Wallonie qu'en Flandre. Sentez-vous une volonté de Theo Francken, ministre N-VA de la Défense, de rapatrier certaines activités vers le nord du pays ?
Le ministre de la Défense connaît très bien ce domaine. Il a été quinze ans dans la Commission défense et est conscient de la force de la Wallonie dans le secteur. Il défend l'industrie de la défense, tant flamande que wallonne. Mais il soutient aussi l'idée de développer un écosystème de Défense en Flandre, notamment dans la cybersécurité ou les drones. C'est bénéfique pour les deux régions.
Que pensez-vous du nouvel avion civil chinois Comac C919 ? Va-t-il réussir à concurrencer Airbus et Boeing ?
Industriellement, ce que font les Chinois est intelligent. Il y a vingt ans, on développait l'assemblage d'Airbus A320 en Chine. À l'époque, nous nous étions inquiétés de transférer ainsi le savoir-faire. Or, le Comac ressemble très fort à l'Airbus A320, tandis que certains de ses équipements sont semblables à un Boeing. Les industriels occidentaux ont vu à court terme : ils ont voulu vendre un maximum d'avions à un marché très porteur, la Chine, en prenant ce risque de se faire copier. Cet avion sort à un moment où la Chine nous dit clairement qu'elle a de moins en moins besoin de nous acheter des produits, mais qu'elle veut, au contraire nous les vendre. Je pense aux voitures électriques chinoises, par exemple.
Pour nous, travailler sur un avion militaire chinois, il n'y a aucune chance. Même chose pour les avions militaires russes.
Est-ce que vous pourriez participer au développement de ce type d'avion chinois ?
Travailler sur un avion militaire chinois, il n'y a aucune chance. Même chose pour les avions militaires russes : il est marqué Otan sur mon front et cela clignote de partout (rires). C'est la règle du jeu. Pour le civil, c'est différent. Il faut savoir que quand un nouvel avion sort, on est très souvent contactés pour la maintenance, qui est fondamentale dans la disponibilité d'un appareil. Ceci dit, je ne pense pas que le Comac va entrer sur le marché européen dans une échéance brève. Aujourd'hui Airbus, qui n'a pas fait l'erreur de Boeing de couper dans ses budgets de recherche et développement, a des produits qui restent supérieurs. Le constructeur européen continue de gagner la bataille de la qualité des avions.
"Je ne vois pas Space X comme un danger mais comme un "motivateur", même si on prend parfois des coups. L'entreprise d'Elon Musk force l'industrie européenne à changer de vitesse."
Au niveau du spatial, la concurrence vient des États-Unis, avec Space X. Certains présentent l'entreprise d'Elon Musk comme le dernier clou du cercueil d'Ariane, le lanceur civil européen de satellites…
Réduire le spatial à Space X et Ariane est trop réducteur : il y a beaucoup d'autres acteurs. L'entreprise d'Elon Musk ne fonctionnerait pas sans tous les contrats publics qu'elle a obtenus aux États-Unis avec la Nasa. Par contre technologiquement, c'est une très belle entreprise. Même les Français le disent. Je ne vois pas Space X comme un danger mais comme un "motivateur", même si on prend parfois des coups. L'entreprise d'Elon Musk force l'industrie européenne à changer de vitesse. On ne désespère pas non plus d'un jour entrer dans un programme de Space X, qu'il devienne notre client.
Souffrez-vous de la crise que connaissent les deux grands constructeurs aéronautiques, Boeing et Airbus, sur leurs lignes de production ?
Oui. Là où on souffre le plus, comme toute l'industrie d'ailleurs, c'est dans l'aérostructure. La plupart des contrats avec les grands constructeurs d'avions ont été signés avant la période du Covid. Or la situation a bien évolué depuis, avec des coûts qui ont explosé et un volume qui a baissé, notamment à cause des retards de productions chez Boeing mais aussi Airbus. Heureusement, on a obtenu, début 2025, une revalorisation de nos contrats, ce qui va nous permettre de sortir la tête de l'eau. Notre challenge actuel est uniquement de voir de nouveaux talents rejoindre notre aventure industrielle !
