"Cette année 2024, il y a eu des gelées, ce qui est fatal pour le vin. Et il a plu tout le temps"
Le vin pétillant belge fait sa place, quitte à concurrencer le Champagne et le Cava ? Vanessa Vaxelaire, présidente de l'association des vignerons de Wallonie, répond aux questions du Mag Eco.

- Publié le 16-05-2025 à 17h38
- Mis à jour le 16-05-2025 à 18h34
Champagne, Cava, Prosecco… et Belbul. Depuis plusieurs années, la Belgique se positionne sur les vins pétillants, et avec succès. Notre pays rafle des récompenses internationales, mais n'est pas, ou pas encore, un pays exportateur. Et pour unifier producteurs wallons et flamands sous le même drapeau, les producteurs belges ont lancé le label Belbul cette semaine. Pour en parler, Vanessa Vaxelaire, propriétaire avec son époux Andy Wyckmans, du domaine de Bioul et présidente de l'association des vignerons de Wallonie, a fait le détour sur le plateau du Mag Eco, sur LN24. Retrouvez l'intégralité de l'interview en vidéo ci-dessus.
C'est quoi exactement ce label Belbul ? À quoi sert-il ?
Ça part d'un constat, aussi bien en Flandre qu'en Wallonie : on entend parfois des phrases du genre "on va ouvrir un cava belge". Nous, on veut autre chose. On essaye, au fil des années, de s'approprier notre terroir, nos bulles, nos vins, sans forcément copier les vins français. Il était donc temps de pouvoir nommer ce qu'on fait. Pour les vins tranquilles, c'est peut-être plus facile, mais pour les bulles, à l'heure où il existe le Prosecco, le Cava, le Champagne… il était temps qu'on puisse aussi nommer nos bulles. Alors, on s'est réunis, on a travaillé un an et demi sur ce projet, et on a créé cette marque : Belbul.
Un an et demi pour un label ? Ça prend autant de temps ?
On n'avait pas des réunions tout le temps, on est tous vignerons, donc on a d'autres métiers à côté…
Une bouteille de vin produite en Belgique sur deux est un vin pétillant. Vous pensez que la Belgique, et la Wallonie en particulier, peut concurrencer le Champagne, le Cava ou le Prosecco ?
Oui, pas en termes de quantité, mais la Belgique a un terroir à bulles et peut parfaitement produire des bulles de très haute qualité. On peut encore augmenter un peu la production, mais atteindre le niveau de la Champagne, je ne pense pas. Et je ne crois pas que ce soit nécessaire. Il faut garder la qualité. Nos vignerons travaillent de mieux en mieux chaque année, reçoivent des prix mondialement reconnus. Donc plutôt que de concurrencer, développons une identité forte.
Le réchauffement climatique est parfois vu comme une opportunité pour le vin dans le nord de l'Europe. Vous confirmez ?
Il y a du vrai, mais attention : ce que nous offre le réchauffement est détruit par le dérèglement climatique. Cela dit, pour les vins du Nord, la bulle est une bonne solution car on a besoin d'une acidité importante. Et ça, on l'a chez nous.
L'année 2024 a été catastrophique : 1,2 million de litres produits contre 3,4 millions en 2023. Pourquoi ?
À cause du dérèglement climatique justement. La vigne est robuste, elle n'a pas besoin de soleil en permanence. Mais cette année, il y a eu des gelées, ce qui est fatal : une gelée sur un bourgeon fait qu'on n'a pas de raisins. Et il a plu tout le temps. Une floraison ne peut pas se faire sous la pluie. Donc on pioche dans les réserves des bonnes années précédentes. Moi, avec 15 ans d'expérience, je lisse les récoltes. Bien que les premières fois ça a fait mal. En 2023, j'ai eu une très belle vendange, donc j'ai pu m'adapter. Mais pour ceux qui débutent… il faut serrer les dents et continuer.
La Wallonie semble mieux positionnée que la Flandre. Pourquoi ?
La Flandre produit presque autant, ils sont plus nombreux mais sur de plus petites surfaces. En Wallonie, on a les plus grandes exploitations du pays, donc plus de visibilité. Mais le label BelBul nous permet justement d'avoir cette unité belge.
Vous ne voulez pas vous fâcher avec les producteurs flamands…
J'ai travaillé avec eux. Justement, j'aime bien l'idée d'avoir du vin belge…
"Il n'y a pas que les États-Unis, il y a beaucoup de pays dans le monde de toute façon."
Le vin belge s'exporte-t-il bien ?
Pas encore. Très peu. Mais beaucoup d'entre nous espèrent commencer à exporter. Le label BelBul va nous aider à avoir une identité claire à l'international. Parce que "mousseux de qualité de Wallonie", c'est moins parlant. Et en plus, un mousseux, ça peut être juste du vin gazéifié, alors que le label exige une méthode traditionnelle.
Donc la guerre commerciale, comme avec les États-Unis de Trump, n'a aucun impact pour vous ?
Non, et il n'y a pas que les États-Unis, il y a beaucoup de pays dans le monde de toute façon.
Il y a 321 producteurs de vin en Belgique, c'est ça ? Et en main-d'œuvre, ça représente quoi ?
Beaucoup de choses ne peuvent pas être robotisées. Donc 50 000 pieds de vignes, c'est 50 000 génuflexions, c'est un travail immense.
Des dizaines de milliers de jobs dans toute la Belgique ?
Non, on ne pourrait pas les payer, car on est en Belgique n'est-ce pas (par rapport à la fiscalité du travail, NdlR) ! Donc on met la main à la pâte. Et on voit apparaître de plus en plus de main-d'œuvre issue d'agences d'intérim, qui proposent des travailleurs qualifiés, qui passent d'une exploitation à l'autre.
L'occasion de mettre des gens au travail aussi (comme le répète le gouvernement De Wever, NdlR)…
Ah ça, je pense que ce serait un bon plan, oui.
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