Tesla massacrée sur le neuf, mais sauvée sur l'occasion ?
Ses ventes sont en progression, contrairement aux immatriculations des véhicules neufs. Le segment de l'occasion électrique reste toutefois modeste.

- Publié le 22-07-2025 à 12h20
- Mis à jour le 22-07-2025 à 14h53

Le marché automobile est à deux vitesses, particulièrement pour les véhicules électriques.
Autant les voitures sans émission de CO2 volent de record en record avec une part de marché de 32,8 % sur les six premiers mois de l'année – contre 19,6 % voilà dix-huit mois à peine – autant les ventes de véhicules d'occasion électriques restent "modestes", selon Filip Rylant, porte-parole de Traxio, la fédération de la mobilité. Elles ont représenté 3,9 % du total des ventes sur ce premier semestre, ce qui est toutefois en nette progression par rapport au 1,9 % sur l'ensemble de l'année 2023.
"La moitié des voitures électriques d'occasion sont immatriculées par des entreprises et 4 % via le leasing. Cela contraste avec le marché de l'occasion en général où la proportion de particuliers est de 90,5 % du total", poursuit Filip Rylant.
"Nous avions 4 ou 5 voitures électriques sur environ 1 000 véhicules. Nous avons mis plus d'un an pour vendre une de ces voitures, avec une forte diminution de prix à la clé."
Certes, les 6 697 véhicules électriques d'occasion immatriculés au premier semestre par les particuliers sont une goutte d'eau par rapport aux quelque 340 000 voitures essence, diesel et hybrides acquises par cette même catégorie d'acheteurs. C'est toutefois, là encore, une évolution de 34 % par rapport à 2024.
Le Model 3, le préféré
Et, ô surprise, quand on voit la débandade de Tesla sur le marché du neuf – une chute de 55,53 % –, le Model 3 est le plus prisé des particuliers sur le marché de l'occasion, avec une croissance de 46,3 % à 796 unités. Le Model Y, troisième du classement, enregistre une hausse de 80 % d'autant plus spectaculaire que le socle de départ est relativement faible, de 150 à 270 unités.
Les raisons sont multiples. Il y a tout d'abord l'offre. "Les Tesla sont des voitures qui se sont très bien vendues voilà quelques années. Il est logique qu'elles se retrouvent aujourd'hui sur le marché de l'occasion", note Marc Van den Kerkhof, directeur commercial chez Van Mossel.
"Les Tesla sont des voitures qui ont une très bonne réputation", complète Henri de Hemptinne, directeur chez Ciac Groep mais aussi président de Traxio. "La renommée joue donc un rôle. Ce sont aussi des voitures assez innovantes". Il y a également, sans doute, un effet d'opportunité : le prix moyen d'une voiture Tesla a baissé de 15 %, si même pas plus, depuis le début de l'année, de quoi rendre le rêve américain électrique plus abordable.
Les voitures électriques d'occasion sont principalement des véhicules de marques Premium, que sont Porsche, Mercedes, BMW ou encore Audi. "Ce segment avait bénéficié d'une fiscalité avantageuse", rappelle Marc Van den Kerkhof.
Elles ont logiquement trouvé leur place au sein de flottes d'entreprises. Le contrat de leasing arrivant à échéance, elles se retrouvent donc sur le marché de l'occasion. Du moins en partie. "Quelque 75 à 80 % des voitures premium arrivant en fin de contrat sont vendues à l'étranger", observe Henri de Hemptinne. La demande, tout simplement, ne correspond pas à l'offre.

Demande limitée
"La demande de voitures électrique d'occasion est encore limitée", poursuit Marc Van den Kerkhof. Le stock est d'ailleurs assez faible chez Van Mossel par rapport à un parc global de 2 000 voitures d'occasion.
Chez Soco, c'est bien simple, il n'y en a plus une seule. "Nous avons stoppé la vente des voitures électriques au début de 2024", indique Frédéric Vassamilet, directeur commercial chez Soco. "Nous avions 4 ou 5 voitures électriques sur environ 1 000 véhicules. Nous avons mis plus d'un an pour vendre une de ces voitures, avec une forte diminution de prix à la clé." Les voitures électriques d'occasion, encore aujourd'hui, mettent plus de temps que les véhicules classiques à trouver preneur.
Le particulier pourra rarement s'offrir un véhicule électrique haut de gamme. "Il y a moyen de réaliser des bonnes affaires à partir de 20 à 30 000 euros. C'est dans cette fourchette que le particulier commence à s'intéresser à l'offre électrique", remarque Mark Van den Kerkhof. Le public cible dispose souvent d'une installation de panneaux photovoltaïques, d'où un coût d'utilisation très faible.
"Il y a une forte demande pour la Fiat 500e", ajoute-t-il. C'est justement le modèle que les particuliers ont le plus acheté sur le marché de l'occasion au premier semestre (272 véhicules, en hausse de 54,5 %), après le Model 3 de Tesla. La marque MG est également prisée. "Le prix neuf est attractif. Le prix de l'occasion est donc très compétitif". Il y a sur ce marché des MG4, qui avaient été vendues "à des sociétés de location à court terme".
Les professionnels sont plutôt des entreprises avec des flottes réduites ou des indépendants. "La sensibilité au prix est moins grande". BMW place quatre modèles dans le top 10, avec même un bon de 168,6 % pour la iX1, à 188 unités.
Les freins à l'achat restent nombreux : c'est "le prix, le manque de connaissance du produit et l'inquiétude sur la batterie", résume Frédéric Vassamilet.
C'est une question de temps avant que la tendance prenne son envol, comme pour le marché du neuf. L'offre sera aussi plus adaptée. "Les occasions disponibles sont souvent des voitures haut de gamme. Or, les particuliers préfèrent les voitures plus petites sur ce marché, car c'est souvent la seconde voiture du ménage", estime Henri de Hemptinne.