Après plus de quarante ans, cette enseigne familiale wallonne doit fermer : "C'est un peu comme un enfant qui meurt aujourd'hui"
Après plus de quarante ans de construction, l'enseigne familiale ferme ses portes. Les fondations ont fini par se fissurer sous le poids cumulé des crises.
- Publié le 15-08-2025 à 22h30
- Mis à jour le 15-08-2025 à 22h31

Le rideau tombe sur Allmat. Après plus de quatre décennies à approvisionner les chantiers de Wallonie, l'entreprise familiale de la famille Body est déclarée en faillite depuis ce 7 août. Incontournable dans le secteur, l'enseigne a compté jusqu'à treize points de vente en Wallonie. "L'histoire du Groupe commence en 1984 avec mes parents, retrace Amélie Body, administratrice. À force de constitution de sociétés, de fusions, de prises de participations, d'achats de fonds de commerce et du réinvestissement des résultats réalisés, le Groupe ALLMAT s'est considérablement développé au cours des 40 dernières années."
Allmat, c'est une success story bâtie brique après brique : un seul magasin à ses débuts, treize en vingt ans. Des rénovations partout, des surfaces qui s'agrandissent pour stocker tout ce qu'il faut aux maçons, couvreurs, menuisiers… jusqu'au jour où les crises ont commencé à rogner les murs. Depuis l'entreprise familiale Body ne possédait plus que quatre dépôts (à Ciney, Cognelée, Orp-Jauche et Floreffe). "C'est un peu comme un enfant qui meurt aujourd'hui, souffle Amélie Body. C'est une entreprise familiale : mes parents l'ont construite, mon frère et moi avons repris en 2008. Mais depuis le Covid, le parcours a été semé d'embûches."
Avant 2020, la question ne se posait pas : avoir de grands magasins allait de soi. Mais avec la pandémie, tout s'est compliqué. Les coûts se sont envolés : +50 % pour certains produits comme le ciment, les briques, le béton ou les hourdis, et jusqu'à +74 % pour le ciment seul. Les délais de livraison se sont allongés, les prix du transport et de l'énergie ont flambé, et les coûts salariaux ont grimpé de 14,5 % en deux ans. Dans le même temps, les permis de bâtir ont chuté de 37 %, les demandes de crédits hypothécaires de 50 %. "Les crises successives ont déstabilisé notre modèle de gestion. On a perdu nos assurances crédits, et ça, pour nous, c'est comme retirer les fondations d'une maison."
Pour résister, Allmat a entrepris un vaste désendettement. Les magasins de Hotton et Seraing ont fermé, celui de Marche-en-Famenne a été revendu. Le hall de stockage du site de Ciney et certains terrains ont été mis en vente. Au total, près de 40 000 m² de surface ont été cédés, sur les quelque 300 000 m² que comptaient les sites en 2020.
"C'est devenu impossible de continuer"
Au total, l'entreprise a dû se délester de neuf magasins en cinq ans. "Vendre un magasin, c'est jamais facile. Mais on avait un seul objectif : sauver le plus d'emplois possible." À chaque cession, Allmat s'est battu pour appliquer la CCT 32B, un dispositif qui permet aux salariés de passer automatiquement sous contrat avec le repreneur, en conservant leur ancienneté et leurs conditions de travail. "Grâce à ça, on a pu maintenir les salaires, l'ancienneté, et éviter les licenciements liés à la vente. On est fiers d'avoir sauvé plus de 150 emplois."
Mais la spirale était lancée. Moins de chiffre d'affaires, moins de stocks, moins de clients : le cercle vicieux a fini par atteindre les quatre derniers magasins, à Ciney, Cognelée, Orp-Jauche et Floreffe. "Les défis post-Covid ont affaibli financièrement notre société, perturbé nos stocks et notre activité. Malgré notre résilience et toutes nos recherches de solutions, c'est devenu impossible de continuer."
Quarante ans après la pose de sa première pierre, Allmat s'apprête à disparaître du paysage. L'enseigne aura accompagné des milliers de chantiers, soutenu des dizaines d'entreprises locales, et traversé les cycles économiques comme on traverse un chantier : avec ses plans, ses coups de marteau, ses imprévus… et, parfois, ses démolitions. "On a été rythmés par une seule chose : préserver ce qui pouvait l'être." Même si, parfois, il faut démonter pour mieux reconstruire ailleurs...
