L'avion le plus vendu au monde est européen : "Qui aurait pu imaginer à l'époque qu'il deviendrait numéro un ? Je n'y croyais certainement pas"
Arrivé bien après le Boeing 737, son grand concurrent, l'Airbus A320 va dépasser l'avion américain en termes de livraisons totales. Son succès s'explique par quelques innovations audacieuses.

- Publié le 22-08-2025 à 15h17
- Mis à jour le 22-08-2025 à 16h09

Nous sommes en 1988. L'avionneur européen Airbus est à la traîne par rapport à son grand concurrent l'américain Boeing. Il y a notamment un segment du marché que les Européens ont du mal à capter : celui du court et moyen courrier qui est en plein boom. À l'époque, c'est le mythique Boeing 737, lancé vingt ans plus tôt, qui règne en maître sur ce type d'avions qu'on appelle "monocouloirs" ou "à fuselage étroit". Chez Airbus, on est divisé. Les Allemands veulent développer un nouvel avion long-courrier, là où les Français prônent le développement d'un plus petit modèle. C'est finalement ces derniers, poussés par la demande du marché, qui imposent leur vue.
Mais Boeing a une avance considérable. L'avionneur US a déjà livré plus de 1 500 Boeing 737 lorsque le premier Airbus A320 est mis en service pour Air France, en mars 1988. Les Européens misent gros sur leur nouveau monocouloir. Ils doivent innover. Et c'est ce qu'ils font en plaçant sur l'avion un système de commandes entièrement électrique et donc plus léger que les systèmes hydrauliques conventionnels. Les ingénieurs d'Airbus ont aussi décidé de remplacer le manche central traditionnel par un mini-manche latéral pour le pilote. Ce changement permet notamment de libérer de l'espace dans le cockpit et d'ainsi améliorer la visibilité des instruments.
Une innovation qui portera ses fruits… trente ans plus tard
Mais c'est une autre modification qui permettra au nouveau-né d'Airbus d'anticiper une évolution majeure des années à venir : son train d'atterrissage est plus haut que celui du Boeing 737. Il peut donc "accueillir" des moteurs plus grands. Or ces gigamoteurs, moins énergivores et plus efficaces que leurs prédécesseurs, seront la tendance des prochaines décennies.
Il faudra toutefois attendre près de trente ans pour que la vraie révolution d'Airbus se mette en place. Grâce à ses moteurs hyper-performants, le modèle A320 Neo réduit la consommation de kérosène de 15 à 20 % des avions. Dès son premier vol, les compagnies aériennes s'arrachent ce nouveau modèle. Boeing est poussé à la faute.
Boeing poussé à la faute
Pour contrer le Neo, les Américains improvisent un réaménagement rapide de leur Boeing 737, ce sera la fameuse version Max. Au lieu de revoir totalement la structure de l'avion, Boeing place simplement de nouveaux moteurs, plus grands et plus performants, sur son modèle phare. Ce qui a un impact sur l'aérodynamisme de l'engin, qui n'a pas été conçu pour ce type de moteurs.
Les Américains croient avoir trouvé la solution en plaçant un logiciel permettant de combler ce problème d'aérodynamisme. Mais ce logiciel a des ratés, ce qui causera deux accidents mortels de 737 Max, en Éthiopie et en Indonésie, coûtant la vie à 346 personnes. L'avion sera aussi cloué au sol pendant de nombreux mois à travers la planète.
Les nombreux problèmes chez Boeing ont permis à Airbus de combler son retard historique sur le 737. D'après le consultant Cirium, début août, Airbus n'était plus qu'à 20 appareils de Boeing, avec 12 155 livraisons totales d'Airbus A320 contre 12 175 Boeing 737 livrés depuis 1967. Au rythme actuel, cette différence devrait disparaître dès ce début du mois de septembre.
En attendant les Chinois ?
Petite précision : quand on parle d'Airbus A320, on parle de la "famille" A320 qui englobe aussi les modèles A318 et A319 (plus petits) et l'A321 (plus grand). Il n'en demeure pas moins : la "remontada" des Européens face aux Américains interpelle plus d'un spécialiste. "Qui aurait pu imaginer à l'époque que l'Airbus A320 deviendrait numéro un, avec des volumes de production aussi élevés ? Je n'y croyais certainement pas, et Airbus sans doute non plus", explique ainsi Max Kingsley-Jones, responsable du conseil chez Cirium, sur son compte LinkedIn.
À elles deux, les familles Airbus A320 et Boeing 737 représentent près de la moitié de tous les avions commerciaux "à fuselage étroit" en service aujourd'hui. Une donne qui pourrait changer avec l'arrivée annoncée du Comac C919, l'avion chinois qui vise à concurrencer les Américains et les Européens sur ce créneau très porteur.
