Pourquoi les cadres d'Elon Musk quittent tous le navire
De Tesla à xAI, une vague de départs frappe les entreprises du milliardaire depuis un an.

- Publié le 07-10-2025 à 09h03
- Mis à jour le 07-10-2025 à 10h18

Une hémorragie silencieuse est en train de se dérouler dans les locaux des entreprises détenues par Elon Musk. Depuis un an, les piliers de l'empire du milliardaire quittent le navire les uns après les autres.
De Tesla à SpaceX, en passant par xAI, une série de cadres dirigeants ont tourné le dos. Si les raisons sont parfois contractuelles, d'autres éléments ont également poussé les "cerveaux" à se lancer dans d'autres aventures bien loin du sulfureux chef d'entreprise.
Sept jours sur sept
Chez Tesla, les départs se sont multipliés à un rythme interpellant. Daniel Ho, responsable des nouveaux véhicules, Vineet Mehta, pilier du développement des batteries, ou encore le directeur des ventes nord-américaines Omead Afshar (un proche du patron surnommé le "pompier" du milliardaire), ont tous quitté le navire ces derniers mois, rapporte le Financial Times. Leur adjoint, Troy Jones, a suivi peu après, tournant la page après quinze ans de service.
Et la saignée n'épargne pas xAI, la start-up d'intelligence artificielle créée il y a deux ans par Elon Musk et fusionnée en mars dernier avec X. En l'espace de quelques semaines, son conseiller juridique et son directeur financier ont démissionné. Ce dernier, qui n'aura tenu que trois mois avant de filer chez le grand rival de Musk, Sam Altman (OpenAI), a résumé l'expérience sur LinkedIn : "102 jours — 7 jours sur 7, plus de 120 heures par semaine. J'adore travailler dur."
"La seule constante dans l'univers d'Elon, c'est la rapidité avec laquelle il épuise ses adjoints", résume l'un de ses anciens conseillers au quotidien britannique.
L'ombre de Sam Altman
Le rythme acharné au sein des entreprises n'est pas le seul problème épinglé par les anciens collaborateurs d'Elon Musk.
C'est aussi l'apparition de ChatGPT fin 2022 qui aurait visiblement déclenché quelque chose chez Elon Musk. Écarté d'OpenAI, qu'il avait cofondée, il n'aurait toujours pas digéré la réussite de Sam Altman. "Elon est obsédé par ChatGPT et passe chaque instant à essayer de mettre Sam hors service", raconte un ancien cadre au Financial Times.
Depuis, le milliardaire multiplie les tentatives pour mettre des bâtons dans les roues de l'entreprise. À coups de procès et de critiques publiques, mais aussi et surtout en mettant la pression à ses employés pour que xAI rattrape son retard coûte que coûte. Une "guerre sainte" qui userait les équipes.
Son comportement détruit le moral et complique le recrutement"
Le problème politique
L'autre fracture, qui crispe certains (ex-) employés, est politique. Soutien affiché de Donald Trump avant que les dissensions éclatent, pourfendeur du "wokisme" et défenseur d'une liberté d'expression sans filtre, Elon Musk polarise. "Son comportement détruit le moral et complique le recrutement", confie un ex-lieutenant. D'anciens salariés expliquent même redouter d'aborder le sujet en famille, de peur d'être associés aux excès de leur patron.
À la mi-septembre, Giorgio Balestrieri, ingénieur algorithmique chez Tesla pendant huit ans, a osé dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Dans un message posté sur LinkedIn après sa démission, il accuse Musk d'avoir "gravement nui à la mission de Tesla et à la santé des institutions démocratiques. […] Il ne s'agit pas seulement de politique : il s'agit de mentir au public, de manipuler le débat public, de cibler les minorités et de soutenir les climatosceptiques et les forces politiques proches de l'industrie pétrolière et gazière."
Des ventes en hausse, mais…
C'est en tout cas chez Tesla que le choc des départs est le plus dur à encaisser. En plus des points mentionnés précédemment, c'est une décision datant d'avril 2024 qui aurait marqué un tournant au sein du constructeur. À ce moment-là, l'entreprise annonçait la volonté de supprimer 10 % de ses effectifs, soit 14 000 emplois. Dans la foulée, plusieurs cadres sont partis, déçus par l'annulation puis le report du projet de voiture électrique "à 25 000 dollars", censé rendre la marque accessible à un plus large public. Sauf qu'Elon Musk préfère désormais investir dans la robotique humanoïde et les taxis autonomes.
"Il a détourné les ressources des projets essentiels à la réduction des émissions mondiales vers des paris technologiques risqués", déplore un ancien cadre cité par le Financial Times.
Un pari qui aurait, en tout cas, impacté les ventes de voitures. Celles-ci ont en effet chuté au premier semestre. Mais au troisième trimestre de cette année, Tesla a rebondi, enregistrant une hausse de 7 % des livraisons sur un an.
Une éclaircie comptable qui pourrait n'être que temporaire. Pourquoi ? Car depuis fin septembre, la plupart des modèles Tesla ne sont plus éligibles au crédit d'impôt fédéral américain de 7 500 dollars accordé à l'achat d'un véhicule électrique. Une mesure alors instaurée par l'Inflation Reduction Act de l'ère Biden pour soutenir la production locale. Or, plusieurs véhicules du constructeur ne remplissent plus les nouveaux critères de contenu "made in USA", notamment pour les batteries. Une perte d'avantage compétitif non négligeable face à ses concurrents américains comme Ford ou General Motors, dont certains modèles continuent à bénéficier de cette aide.
Il y a toujours des gros titres sur ceux qui partent, jamais sur ceux qui arrivent",
Des turbulences exagérées ?
Malgré tout ce qui a été abordé, rien ne semble réduire la confiance du milliardaire Musk. Ni son portefeuille. Son patrimoine net a brièvement franchi la barre des 500 milliards de dollars début octobre, selon Forbes.
Et ses partisans assurent que les turbulences actuelles sont exagérées. "Il y a toujours des gros titres sur ceux qui partent, jamais sur ceux qui arrivent", tempère Robyn Denholm, présidente du conseil d'administration de Tesla.
Mais sur le terrain, le malaise resterait palpable. "Elon est brillant, mais impossible à suivre", résume un ancien cadre au quotidien anglais, avant de conclure : "Si vous partagez sa vision, vous pouvez survivre. Sinon, il finit toujours par vous effacer."
