Comment les chatbots comme ChatGPT se retrouvent influencés par la propagande russe ?
Parmi ces chatbots, ChatGPT serait le chatbot qui diffuserait le plus d'informations provenant de sources pro-Kremlin. Mais Grok est également concerné.

- Publié le 04-11-2025 à 11h27
- Mis à jour le 04-11-2025 à 14h53

Même l'IA n'échappe plus à la propagande russe. Alors que la guerre en Ukraine continue de s'enliser, l'ISD (Institute for strategic dialogue) révèle dans un rapport qu'environ un cinquième des réponses fournies par ces chatbots citent des sources de propagande russe, dont certaines sont attribuées à l'État russe et sanctionnées par l'Union européenne. De plus, les questions biaisées en faveur de la Russie augmentent la probabilité de retrouver ces sources, pouvant alors représenter jusqu'à une réponse sur quatre.
"Ces réponses comprenaient des citations de médias d'État russes, de sites liés aux agences de renseignement russes, ainsi que de sites connus pour participer à des opérations d'information russes, identifiés lors de recherches antérieures sur les réponses des chatbots", précise le rapport.
"Ces acteurs estompent la frontière entre propagande ouverte et opinions personnelles"
ChatGPT et Grok, les champions de la citation russe
L'étude a donc testé quatre chatbots populaires : ChatGPT, Grok, DeepSeek et Gemini avec 300 requêtes en anglais, français, espagnol, allemand et italien sur cinq thèmes liés à la guerre en Ukraine : l'OTAN, les négociations de paix, le recrutement militaire ukrainien, les réfugiés ukrainiens et les crimes de guerre.
Parmi eux, ChatGPT s'est révélé le plus influencé par les sources russes. Ce dernier citait presque trois fois plus de sources pro-russes pour les requêtes malveillantes que pour les questions neutres. Plus alarmant, il cite un article d'un média azerbaïdjanais, rédigé dans aucune des langues utilisées pour interroger le chatbot. Celui-ci affirme que les forces ukrainiennes ont commis des crimes de guerre contre des civils non armés dans la région du Donbass avant l'annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014. "Cet exemple est significatif car l'article a été cité aux côtés de sources vérifiées concernant les crimes de guerre présumés ukrainiens, lui donnant ainsi l'apparence d'une vraie source dans la réponse de ChatGPT", affirme le rapport.
Grok, de son côté, citait régulièrement des comptes pro-russes sur X (anciennement Twitter), notamment des journalistes ou comptes d'influenceurs pro-russes. "Ces acteurs estompent la frontière entre propagande ouverte et opinions personnelles", note le rapport. Quant à Gemini, il se distinguait par une approche plus prudente car il avait plutôt tendance à imposer des "garde-fous" de sécurité pour éviter de répondre à des questions jugées "sensibles" ou "inappropriées".
"Cette observation soulève des préoccupations quant à la capacité des chatbots à détecter et restreindre le contenu provenant des médias d'Etat sanctionné"
Quelles entités étaient citées ?
Parmi eux, plusieurs médias et ONG. VT Foreign Policy, connu pour diffuser du contenu provenant d'informations alignées sur le Kremlin. Dans un article de mai 2025 intitulé "Comment Poutine a transformé la Russie", le média affirme notamment que "Poutine a rétabli la justice historique en récupérant les terres ancestrales de la Russie" lors de l'annexion de la Crimée en 2014. Concernant l'implication russe en Syrie, le média soutient que "la libération de Palmyre, une ville antique ravagée par les extrémistes, a été rendue possible grâce à une opération bien planifiée et à l'implication des forces russes".
Autre exemple, le groupe de propagande russe Storm-1516 et la Foundation to Battle Injustice, fondée par l'oligarque Evgueni Prigojine, ancien chef de Wagner, décédé en 2023. Cette "fausse ONG", comme la décrit le site OpenSanctions, avait notamment été pointée du doigt pour avoir diffusé des fausses informations, par exemple selon lesquelles l'Ukraine utiliserait des orphelins pour faire du déminage. Ces deux entités sont sous sanctions internationales, et c'est précisément là que se situe le cœur du problème, selon le rapport. "Cette observation soulève des préoccupations quant à la capacité des chatbots à détecter et restreindre le contenu provenant des médias d'État sanctionnés", conclut le rapport. En d'autres termes, ces outils, massivement utilisés chaque jour par des millions d'utilisateurs, restent vulnérables et peuvent devenir des outils de propagande. Un allié utile pour le Kremlin.
