Tesla peut-elle encore dire non à Elon Musk ? La rémunération à 1 000 milliards de dollars qui divise les actionnaires
Les actionnaires de Tesla doivent se prononcer sur un package salarial sans précédent en faveur d'Elon Musk

- Publié le 06-11-2025 à 10h14
- Mis à jour le 06-11-2025 à 12h32

Mille milliards de dollars, rien que ça.
Elon Musk, l'homme le plus riche du monde avec une fortune de quelque 500 milliards de dollars (435 milliards d'euros), le sera encore plus si les actionnaires de Tesla adoptent, ce jeudi, le plan de rémunération de 1 000 milliards de dollars sur les dix prochaines années.
Ce n'est pas, en soi, un chèque en blanc. Elon Musk devra obtenir des résultats probants pour obtenir le paiement échelonné sur la décennie à venir. La première tranche sera libérée lorsque la capitalisation de Tesla atteindra les 2 000 milliards de dollars, contre 1 400 milliards actuellement. À chaque bon supplémentaire de 500 milliards de dollars, le tiroir-caisse fonctionnera et ce, jusqu'à 6 500 milliards de dollars de capitalisation. L'objectif ultime est d'atteindre les 8 500 milliards de capitalisation pour obtenir le gros chèque final.
Parmi les objectifs à atteindre par Elon Musk, figurent encore la vente de 12 millions de véhicules supplémentaires, 1 million de licences de robots-taxis ou encore un million de robots humanoïdes.
Arrimer Musk à Tesla
Avec cette proposition de pactole, le conseil d'administration, qui roule ouvertement en sa faveur, entend s'assurer de la fidélité du patron du groupe alors qu'il évoque de temps à autre l'envie de démissionner tout en assurant en mai dernier qu'il entendait bien rester au volant de Tesla au cours des cinq prochaines années.
Or la success-story de Tesla pourrait-elle résister au soudain départ de l'éminence grise du groupe ayant bousculé le monde des constructeurs, non sans succès d'ailleurs ?
C'est le dilemme auquel les actionnaires de Tesla seront confrontés lors de l'assemblée générale organisée à Austin, au Texas, un État où Elon Musk a déménagé ses activités voilà quelques années notamment parce qu'il n'y a pas d'impôt sur la fortune.
Quelle sera l'issue du vote ? L'analyste Dan Ives de la société Wedbush, l'un des plus acheteurs sur le titre, pense que le plan sera "approuvé avec une large marge". Les marchés tablent sur un vote favorable, l'action ayant même atteint, cette semaine, son plus haut de l'année à 474 dollars, loin de son creux à 214,25 dollars du mois d'avril dernier. L'action a terminé la séance de mercredi en hausse de 4,01%, à 462,07 dollars. Sur les douze derniers mois, la progression du cours dépasse les 90 %.
Pas mal pour une société dont l'avenir était jugé plus qu'incertain voilà six mois à peine. Ce retour en grâce de l'action Tesla a d'ailleurs accompagné le retour d'Elon Musk aux affaires, après son passage éclair à la tête du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) créé à son intention par le président républicain Donald Trump.
Que feront les actionnaires particuliers ?
C'est dire si Tesla sans Musk, cela coince méchamment. C'est d'ailleurs sur cette corde sensible que joue le conseil d'administration. Le leadership d'Elon Musk est "essentiel" à la réussite de Tesla, a souligné Robyn Denholm, présidente du Conseil d'administration, dans un courrier adressé aux actionnaires. Ne pas voter le plan salarial, c'est risquer de perdre "son temps, son talent et sa vision".
Un message auquel les actionnaires particuliers seront sensibles car ils n'ont nulle envie de voir le titre Tesla dévisser en cas de départ d'Elon Musk. Surtout, si Elon Musk encaisse bien ses 1 000 milliards de dollars, cela veut dire que l'action aura en principe été multipliée par six.
Quelques voix discordantes, et non des moindres, se sont pourtant bien fait entendre. Le fonds souverain de la Norvège, un des dix principaux actionnaires de Tesla avec 1,14 % du capital, a annoncé, mardi, sa décision de ne pas soutenir ce plan. "Bien que nous reconnaissions la valeur considérable créée sous la direction visionnaire de M. Musk, nous sommes préoccupés par le montant total de la rémunération", a-t-il expliqué.
Des "terroristes d'entreprise"
Des sociétés indépendantes de conseil en investissement ont également recommandé de voter contre. "Des terroristes d'entreprise", a réagi le principal intéressé, qui n'en est pas à une déclaration à l'emporte-pièce près. Un site Take Back Tesla a également vu le jour pour contrer la démarche du conseil d'administration, notant notamment les accointances d'Elon Musk avec des mouvements politiques d'extrême-droite ou encore ses messages relayant des théories du complot qui ont dégradé l'image de Tesla. L'un de ses partisans de la première heure, Ross Gerber, a aussi décidé de voter contre. Mais avec ses 215 000 actions sur un total de plus de trois milliards, il ne pèse pas lourd.
Le but de la manœuvre n'est finalement pas uniquement une question de gros sous. "Je ne suis pas à l'aise avec l'idée de faire de Tesla un leader en IA et en robotique sans détenir environ 25 % des droits de vote", avait écrit Elon Musk sur son compte X en janvier 2024.
Le plan de 1 000 milliards de dollars de rémunération sera versé via des packages d'actions. Si Elon Musk coche toutes les cases pour en bénéficier, cela représentera un accroissement de 12 % du capital de Tesla. Or, à ce jour, il en détient 13 %, grâce notamment au récent rachat de 2,6 millions de titres, ce qui avait fait bondir le cours.
C'est le nœud du problème : plus Elon Musk sera blindé en actions, moins les gros investisseurs comme les fonds de pension auront leur mot à dire lors des assemblées générales, d'autant que le conseil d'administration est souvent accusé d'être à la botte du CEO. "Le conseil d'administration de Tesla n'est toujours pas indépendant d'Elon", rappelait récemment Ross Gerber.
Il sera alors bien difficile de contourner Elon Musk et ses 25 % d'actions. C'est justement ce qu'il souhaite.
