Des révélations inquiétantes sur Elon Musk: "Lorsqu'il s'agit d'éliminer un opposant, c'est open bar"
Basé sur des enquêtes internationales peu diffusées en France, un livre paru mi-novembre révèle les pratiques controversées du milliardaire pour qui, dans ses entreprises comme dans la vie privée, la fin justifie tous les moyens.
- Publié le 08-12-2025 à 11h01
- Mis à jour le 08-12-2025 à 11h33

Entrepreneur visionnaire ou dangereux mégalo ? Ses admirateurs louent ses qualités d'ingénieur génial doublé de patron inspirant. Mais à explorer les Dossiers noirs d'Elon Musk, récemment paru aux éditions Nouveau Monde, le système mis en place dans son empire par l'homme d'affaires, déjà le plus riche du monde et à la rémunération astronomique, a de quoi faire frémir. L'immense intérêt de cet ouvrage est de donner accès, en français, à des enquêtes très fouillées de l'agence de presse Reuters aux Etats-Unis et du quotidien économique allemand Handelsblatt, notamment. Malgré leurs révélations, elles n'avaient reçu jusqu'ici que peu d'écho en France.
"Oui, Elon Musk a réussi, dans une large mesure. Mais au prix de combien de tricheries ? Il se moque de la sécurité de ses salariés, s'accommodant d'un taux effrayant d'accidents du travail ; il fixe des objectifs inatteignables, étouffe les accidents embarrassants, harcèle les lanceurs d'alerte…" avertit Yvonnick Denoël, qui a piloté l'ouvrage et enquêté, pour sa part, sur le recours paranoïaque de Musk aux espions privés et la manipulation de l'opinion via son réseau social X (anciennement Twitter).Dans sa course effrénée vers Mars, Musk se soucie comme d'une guigne de la sécurité de ses employés.Sur les sites de construction et de lancement de fusées SpaceX en Floride, au Texas, etc., où s'activent 13 000 personnes, Reuters a recensé au moins 600 accidents du travail depuis 2014 : exposition à la chaleur, blessures, membres écrasés… et une mort. Des ouvriers témoignent du non-respect des règles élémentaires de sécurité, au nom de délais toujours trop courts. Sans oublier la phobie de Musk pour les couleurs vives : le big boss a déjà exigé que soient repeints en noir ou en bleu des pièces de sécurité initialement… jaunes !
Clients de Tesla floués
Concernant les véhicules électriques Tesla, trois journalistes de Reuters ont analysé des milliers de documents, arrivant à la conclusion que "des dizaines de milliers de propriétaires de Tesla ont connu des défaillances prématurées de la suspension ou de la direction". Ils décortiquent le cas d'un client britannique, M. Jain, qui s'est offert une Tesla Model Y 2023, payée 55 000 dollars. Le deuxième jour après son achat, cet ingénieur à Cambridge effectue un virage à vitesse lente : la suspension avant droite s'effondre. Bruit de pièces métalliques sur la route et grosse frayeur, à bord, de son épouse et sa fillette. Selon un devis détaillé, les réparations ont nécessité quarante heures de travail pour reconstruire la suspension et remplacer la colonne de direction. M. Jain débourse 14 000 dollars, que Tesla refuse de prendre en charge, lui imputant cette défaillance. Sa confiance dans le constructeur ruinée, il a aussi sec revendu sa Tesla.
"L'entreprise avait une connaissance approfondie des problèmes systémiques de suspension et de direction, alors même qu'elle niait certains de ces problèmes aux autorités de réglementation et aux clients qui attendaient d'elle qu'elle prenne en charge les réparations", affirment les enquêteurs de Reuters. Quant aux journalistes du Handelsblatt, ils ont eu accès à plus de 100 Go de données internes du constructeur grâce à un ancien technicien de maintenance de Tesla en Norvège, Lukasz Krupski. Après avoir vainement alerté Elon Musk en personne, avec qui il est en contact à l'époque, cet ex-employé modèle décide de faire fuiter ces informations d'abord aux autorités – sans réaction –, puis à la presse allemande.
Leur analyse corrobore l'enquête de Reuters, et met en lumière le nombre d'accidents provoqués par la fonction pilotage automatique des voitures Tesla : "Pas moins de 2 400 plaintes pour des accélérations involontaires ou des freinages sans cause" entre 2015 et 2022. En 2024, le constructeur a prudemment modifié sa présentation du pilotage automatique dans ses manuels et sur son site pour y ajouter la mention "sous supervision". Quant au lanceur d'alerte Lukasz Krupski, la justice norvégienne, contrairement à celle des Etats-Unis, lui a donné raison face à son ancien employeur.

"Quand on a Musk comme client, on le garde !"
Les lanceurs d'alerte justement, mais aussi les concurrents de Musk et ses relations féminines ne sont jamais à l'abri d'être espionnés et surveillés par des détectives privés, des barbouzes et des anciens des services secrets travaillant pour "une douzaine d'officines d'intelligence économique". Son ex-femme, Talulah Riley, l'actrice Amber Heard, et d'autres femmes ont été espionnées…. aux frais de ses sociétés.
Selon un ancien agent de la CIA cité dans l'ouvrage, "d'un côté, [Musk] est persuadé qu'on veut l'assassiner et exige en permanence une sécurité rapprochée. De l'autre, il s'échauffe très facilement contre des tas de gens et ne pense plus qu'à avoir le dessus sur eux, par tous les moyens. Alors que dans ses entreprises il est d'une grande radinerie, lorsqu'il s'agit d'éliminer un opposant, c'est open bar".
Ce retraité de la CIA assure que "quand on a Musk comme client, on le garde ! […] On peut lui proposer des dispositifs très sophistiqués avec des équipes de 6 à 12 personnes, plusieurs véhicules, du matériel de pointe… ce sera tout validé !" Des dizaines et des dizaines de personnes en font les frais, mais lui ne va pas s'en plaindre…