Voyager aux USA bientôt impossible sans livrer vos réseaux sociaux à Trump ? "Il est en train de faire beaucoup de dégâts"
Donald Trump veut exiger un examen de l'historique des réseaux sociaux des touristes étrangers. Et pas que cela. Avec quel impact sur les envies de voyage ?

- Publié le 23-12-2025 à 08h23
- Mis à jour le 23-12-2025 à 08h25

"Ce n'est que la énième frasque de Trump. Et les spécialistes de la destination comme les gens qui vivent du tourisme aux États-Unis commencent vraiment à la trouver mauvaise", déclare d'entrée de jeu Frank Bosteels, CEO de la BTC (Belgian Travel Confederation, qui regroupe notamment des associations d'agences de voyages et l'Abto, l'Association belge des tour-opérateurs).
De quoi est-il question cette fois ? L'administration Trump veut exiger des visiteurs exemptés de visas qu'ils fournissent l'historique de leurs activités sur les réseaux sociaux depuis 5 ans, selon un avis publié le 10 décembre dans le Register Federal, le Journal officiel américain. Cette proposition concerne les ressortissants de 42 pays qui peuvent voyager aux États-Unis pendant 90 jours sans visa… mais à condition d'obtenir au préalable une autorisation de voyage électronique, alias l'Esta. Des pays comme la France, l'Allemagne, l'Italie, Israël, la Corée du Sud… ou la Belgique. L'avis suggère d'ajouter les réseaux sociaux comme "élément obligatoire de données" pour cette demande d'autorisation.
Numéros de téléphone, adresses mail…
Outre l'historique des médias sociaux, les services des douanes et de la protection des frontières (CBP) ajouteraient de nouveaux champs de collecte de données, notamment les numéros de téléphone utilisés au cours des 5 dernières années ou les adresses électroniques au cours des 10 dernières années, et des informations sur les familles des visiteurs (numéros de téléphone, lieux et dates de naissance…).
Donald Trump est en train de faire beaucoup de dégâts."
Le texte devrait être appliqué dans les 60 jours sauf contestation en justice, précise l'avis. Avec quel impact sur les envies de voyage aux États-Unis ?
"La mauvaise publicité, l'augmentation des visas, de l'Esta et des prix d'entrée dans les parcs nationaux pour les visiteurs étrangers, et maintenant le screening des réseaux sociaux, cela fait beaucoup, reprend Frank Bosteels. De nombreuses destinations aux États-Unis sont en train de perdre du chiffre d'affaires. Comme Las Vegas, par exemple, qui est la destination touristique par excellence, domestique et étrangère. Ou la Floride qui commence aussi à sentir la baisse dans les hôtels, restaurants et parcs d'attractions. Et cela suscite de l'inquiétude alors que les États-Unis sont la 3e ou 4e plus grande destination touristique en termes d'arrivées de touristes internationaux, après l'Espagne et la France. Donald Trump est en train de faire beaucoup de dégâts." "Les compagnies aériennes américaines se plaignent et cela se voit déjà dans leurs prix", enchaîne Pierre Fivet, porte-parole de l'Abto.
Une baisse de 15 %
Côté chiffres, l'US Travel Association prévoit une baisse de 6,3 % des arrivées de touristes étrangers en 2025 par rapport à l'année 2024.
L'an dernier, selon les statistiques américaines, 283 933 Belges ont voyagé aux États-Unis, que ce soit en voyage organisé ou par leurs propres moyens.
Et en 2025, d'après les données du seul marché du voyage organisé (BTC Travel Intelligence Report), le recul devrait s'établir à 15 %. Et encore, "l'impact des mesures Trump sur le nombre de vacanciers belges à destination des USA a été atténué par le nombre important de réservations anticipées 'pré-investiture', nuance Frank Bosteels. D'après les premières tendances des réservations pour 2026, cette baisse de 15 % se poursuit. J'oserais dire qu'elle n'est "que" de 15 % car quand on voit la déferlante de mesures dissuasives, cela indique que l'envie de voyager aux États-Unis reste, malgré tout, importante…" Olivier Vandenbroucke, le patron d'USA Travel, tour-opérateur belge qui propose des voyages sur mesure aux États-Unis et au Canada dans environ 500 agences de voyages en Belgique, parle, lui, d'une baisse de 30 % en 2025, tout en remarquant : "L'intérêt pour la destination est comparable à 2024 mais encore faut-il que cela se concrétise par une réservation."
La proposition de l'administration Trump intervient alors que le pays, comme le Canada et le Mexique, abrite la Coupe du monde de football en juin prochain. Accueillant…
3 questions à Patrick De Pauw, Strategic Advisor et porte-parole chez Connections
1. La question relative aux réseaux sociaux existait déjà sur le formulaire Esta, mais elle était optionnelle…
Effectivement. Bien que le champ existait depuis 2016 environ, vous pouviez techniquement laisser la case vide ou sélectionner "Je n'ai pas de présence en ligne" sans que cela ne bloque votre demande. La nouvelle réforme vise à rendre cette section obligatoire.
2. Fournir l'historique de ses réseaux sociaux sur 5 ans, en pratique, qu'est-ce que cela signifie ? Donner ses mots de passe ?
Pour les voyageurs sous Esta, entrer aux États-Unis n'est pas un droit, c'est un privilège et l'officier à la frontière (CBP) a un pouvoir discrétionnaire immense. Si celui-ci vous demande de déverrouiller votre téléphone pour vérifier et que vous refusez, il peut refuser votre entrée sur le territoire. Le conseil pratique : si on vous demande l'accès à votre appareil, la meilleure solution n'est pas d'écrire votre mot de passe sur un papier (pour ne pas le divulguer), mais de déverrouiller vous-même votre appareil et de le tendre déverrouillé à l'officier. Et sur le formulaire de l'Esta, vous sélectionnez la plateforme ou les plateformes où vous êtes présent (Instagram, LinkedIn, etc.) et vous entrez votre identifiant.
3. Quelles sont les nouvelles données qu'il faudrait communiquer ?
La liste des informations demandées s'allonge considérablement dans ce projet de réforme. Voici ce qui est ciblé par ces nouvelles mesures, souvent appelées High Value Data Elements : la liste des numéros de téléphone utilisés au cours des 5 dernières années, celle des adresses email (personnelles et professionnelles) utilisées au cours des 10 dernières années, et des informations sur la famille des visiteurs. Et il y a deux autres ajouts majeurs dont on parle moins. Un, le selfie obligatoire : il est prévu que vous deviez prendre un selfie en direct (via l'application mobile ESTA ou le site) pour confirmer votre identité par reconnaissance faciale. Deux, les données professionnelles : l'historique de vos employeurs, en ce compris leurs numéros de téléphone et adresses email, pourrait aussi être demandé sur une plus longue période.
