Balances truquées, carats sous-évalués… Des négociants en or belges mis en cause : "Les gens continuent d'être systématiquement escroqués"
Un reportage de la VRT dévoile des arnaques alarmantes chez des négociants anversois. "Pour une pièce d'une valeur de 335 euros en or, on ne nous a même proposé que 10 euros."

- Publié le 28-01-2026 à 15h21

Le prix de l'or ne cesse de grimper en flèche ces derniers mois et beaucoup de Belges espèrent réaliser une bonne affaire en revendant leurs vieux bijoux. Mais attention, les arnaques sont nombreuses, comme l'a récemment révélé un reportage de la VRT. La rédaction du programme WinWin s'est ainsi rendue chez des négociants en or dans le quartier de la gare d'Anvers. L'idée était de comparer les prix que les potentiels acheteurs étaient prêts à payer pour un sachet comprenant différents objets en or d'une valeur de 2 411 euros. Et le résultat est édifiant.
Sur les dix bureaux de change "choisis au hasard" , seuls deux ont proposé un prix correspondant "plus ou moins" à la valeur réelle des bijoux. Cinq autres ont offert un prix bien inférieur, allant même jusqu'à 40 à 60 % de moins. Les trois autres bijoutiers demandaient une somme importante pour l'évaluation, jusqu'à 200 euros, alors que chez la plupart des commerçants, ce service est gratuit.
"Pour une pièce d'une valeur de 335 euros en or, on ne nous a même proposé que 10 euros.
La VRT l'a aussi constaté : le pesage des bijoux et le calcul de leur valeur ne se font pas toujours de manière transparente. "Même si les commerçants utilisent les mêmes techniques, ils n'aboutissent pas tous au même résultat, témoigne Kevin De Belder, le journaliste qui a mené l'enquête. Il n'est pas normal qu'une même bague soit estimée à 18 carats dans un magasin et à 9 carats dans un autre. Pour une pièce d'une valeur de 335 euros en or, on ne nous a même proposé que 10 euros."
Suite à ce reportage, le SPF Économie a décidé de mener, la semaine dernière, différents contrôles non seulement à Anvers mais aussi dans "plusieurs autres villes". "Il est encore trop tôt pour publier les résultats de cette enquête, mais je peux vous dire qu'il y a eu une bonne collaboration des négociants contrôlés, explique la porte-parole Lien Meurisse à La Libre. Le but était notamment de vérifier si les balances étaient correctement calibrées et si les prix étaient bien indiqués." Des sceaux ont été placés sur le bouton de réglage des balances afin d'éviter toute fraude après le contrôle.
"Contrairement à des produits comme des médicaments, il n'existe aucune règle concernant le prix de l'or."
Mais attention, les négociants en or ont une certaine liberté, rappelle la porte-parole. "Contrairement à des produits comme des médicaments, il n'existe aucune règle concernant le prix de l'or, nous explique Lien Meurisse. Un acheteur peut donc décider lui-même du prix du jour, sa seule obligation étant de l'indiquer clairement pour ne pas tromper le client".
"Voir au moins trois négociants différents"
La porte-parole donne quelques conseils aux futurs vendeurs d'or. "Normalement, le nombre de carats est indiqué dans le poinçon de votre bijou. Il faut toujours vérifier, en ligne, le prix estimé de votre bien au jour J, puis aller le proposer à la vente à différents acheteurs. Je dirais qu'il faut aller en voir au moins trois ! Il faut également éviter les négociants qui se présentent à votre domicile car ils sous-estiment souvent vos biens".
"Si un négociant vous propose d'abord un prix et que devant votre refus, il revient vers vous pour vous proposer un prix supérieur, c'est qu'il n'est pas honnête."
Certains signes ne tromperaient pas, selon Lien Meurisse. "Si un négociant vous propose d'abord un prix et que devant votre refus, il revient vers vous pour vous proposer un prix supérieur, c'est qu'il n'est pas honnête. Un bon vendeur propose directement le prix correct."
"Les contrôles doivent être renforcés"
Autre infraction constatée par le reportage de la VRT : trois des dix acheteurs étaient prêts à payer la totalité du montant en cash. "C'est interdit par la loi et ce, pour lutter contre le blanchiment d'argent", rappelle la porte-parole du SPF Économie. "Un montant maximal de 500 euros peut être payé en espèces, le reste devant être versé par virement bancaire."
Ars Nobilis, la fédération belge des bijoutiers et horlogers, a expliqué être "au courant de ces pratiques abusives". "Les contrôles effectués par les autorités doivent être renforcés de toute urgence car les gens continuent d'être systématiquement escroqués", regrette Jelle Oostvogels, directeur de la Commission Or. En décembre dernier, déjà, l'entreprise "Le Comptoir de l'Or" avait été accusée de léser ses clients les plus naïfs.
