Ethias a fait des start-up un levier stratégique : l'assureur a déjà investi 15 millions dans 10 jeunes pousses
Ethias Ventures, le fonds de capital-risque d'entreprise du 3e assureur belge, est actif depuis trois ans. Les responsables du fonds livrent un premier bilan très prometteur.

- Publié le 20-02-2026 à 09h11
- Mis à jour le 20-02-2026 à 09h14

On reproche souvent aux grandes entreprises belges de ne pas s'intéresser suffisamment aux start-up. En France, en Allemagne ou aux États-Unis, pour ne citer que quelques exemples, les connexions entre ces deux mondes sont fréquentes. Elles prennent différentes formes : depuis une simple relation commerciale jusqu'à un partenariat stratégique.
Parmi les pratiques les plus répandues, on trouve le corporate venture capital (CVC ou capital-investissement d'entreprise). Cela consiste, pour une grande entreprise, à investir son propre capital dans des start-up et, par conséquent, à acquérir une participation plus ou moins importante. À la différence d'un fonds de capital-risque classique (venture capital), qui cherchera prioritairement à réaliser une plus-value financière, un fonds CVC poursuivra un double objectif : financier, certes, mais surtout stratégique.
Ce choix du corporate venture capital, le groupe Ethias l'a fait, voici trois ans, en créant Ethias Ventures. L'ambition affichée par le 3e assureur belge était de stimuler l'innovation et soutenir des solutions alignées sur les activités clés d'Ethias et les besoins de ses clients (près de 1 240 000 clients "particuliers" et plus de 44 000 clients "professionnels"). Doté d'une mise de départ de 20 millions d'euros, Ethias Ventures a fait le choix de cibler des "start-up européennes prometteuses disposant déjà de produits matures dans les domaines renforçant les activités de base d'Ethias", à savoir la mobilité, la santé, l'habitation et la cybersécurité.
Le club des dix
Quel est le bilan d'Ethias Ventures après trois années d'activité ? Combien de start-up ont-elles été soutenues à ce jour et en quoi apportent-elles une valeur ajoutée au groupe Ethias ?
"Nous avons été très actifs en 2025, avec six investissements. Cette année devrait être plus calme. On va veiller à activer les synergies entre les 10 start-up du portefeuille et le groupe Ethias."
"Nous avons investi dans dix start-up. Au total, cela représente un investissement d'environ 15 millions d'euros, soit un ticket moyen d'1,5 millions par start-up, indique Marius Declerck, qui assure la direction d'Ethias Ventures depuis la fin 2024. Nous avons été très actifs en 2025, avec six investissements. Cette année devrait être plus calme. On va veiller à activer les synergies entre les 10 start-up du portefeuille et le groupe Ethias (Ethias SA, NRB, IMA Benelux, Ethias Pension Fund, Ethias Services, Flora Insurance, NdlR)."
Le dernier investissement officialisé concerne Ai5, une start-up liégeoise spécialisée dans l'intelligence artificielle agentique. "Ai5 a une expertise en IA et en gamification, précise Marius Declerck. Cette double composante est très intéressante pour le développement de chatbots chez Ethias. Par ailleurs, grâce à Ai5, NRB, notre filiale IT, va pouvoir accroître ses services aux clients en matière d'IA." La prise de participation d'Ethias ventures dans Ai5 s'est déjà concrétisée par le développement d'un agent IA qui automatise la rédaction de rapports réalisés par les inspecteurs prévention d'Ethias. Pour Dominique Mangiatordi, fondateur et CEO de Ai5, l'investissement de 1,5 million d'euros réalisé par Ethias intervient au moment le plus opportun, où l'IA générative passe de l'ère de l'exploration à celle de l'implémentation (ce qui est le cœur de métier de la start-up). "Cela va nous permettre d'accélérer le développement et l'industrialisation de nos agents intelligents, en étroite collaboration avec Ethias et NRB."
Mobilité, habitation, santé, énergie
En matière de mobilité, Ethias Ventures a réalisé quatre investissements : Ethias Lease (service de leasing de voitures développé par Ethias et une filiale néerlandaise de la banque espagnole Santander) ; Linkbycar (start-up française qui propose une plateforme de données capturées, à distance, sur les véhicules) ; Battmobility (service de véhicules partagés et de leasing 100 % électrique, concurrent de Poppy, dont plusieurs collectivités et villes flamandes sont clientes) ; Aidoptation (technologie avancée de conduite autonome à grande vitesse).
Dans le domaine de la santé, on recense trois investissements. Il s'agit des start-up belges moveUP (suivi à distance de patients après une opération), Cascador Health (plateforme de données de santé "réelles" pour améliorer les soins et la recherche médicale) et MyConsultation (plateforme de prise de rendez-vous médicaux et paramédicaux).
Troisième focus : énergie, infrastructures et numérique. On y retrouve trois prises de participation : Ai5 (lire ci-dessus), Sourse (plateforme d'observation terrestre combinant données satellites, aériennes et analyses géospatiales) et June Energy (plateforme d'optimisation automatique des contrats d'énergie pour les particuliers et les organisations).
Des alliances "win-win"
Pour chacune de ces start-up, Ethias Ventures a privilégié des technologies pouvant être intégrées dans des nouveaux services ou produits profitables aux clients du groupe Ethias. La technologie de Linkbycar, par exemple, ouvre toute une série de cas d'usage potentiels (assurance aux kilomètres parcourus, assurance liée au comportement de conduite, suivi de la qualité des batteries, récupération de véhicules volés…). Autre exemple : MyConsultation. "C'est un investissement qui fait énormément de sens pour nos affilés, souligne Joris Laenen, Chief Investment & Life Officer chez Ethias. Il y a des synergies extrêmement intéressantes à développer entre MyConsultation et Zorgi (filiale de NRB qui fournit des solutions IT aux hôpitaux, NdlR), qui est présent dans 95 % des hôpitaux belges."
"Ethias Ventures n'est pas seulement un actionnaire qui apporte des fonds, reprend Bruno van Lierde. On permet aux start-up de devenir des partenaires à part entière du groupe, en ayant accès aux compétences, aux capacités et aux clients du groupe, et d'aller plus loin et plus vite dans leur développement."
Pour Bruno van Lierde, fondateur du bureau bruxellois du BCG et administrateur indépendant d'Ethias depuis 2017, le corporate venturing bénéfice autant à Ethias qu'aux start-up. Pour l'assureur, c'est une façon plus rapide et efficace d'accéder à l'innovation. C'est aussi la possibilité de trouver de nouveaux moteurs de croissance. "C'est un apport de nouveaux talents et de nouvelles expertises dans l'écosystème Ethias, souligne Bruno van Lierde. En faisant interagir ces talents avec les équipes et le management d'Ethias, on fait aussi évoluer la culture du groupe vers plus d'agilité et plus d'intégration des nouvelles technologies."
Du côté des start-up, l'intérêt d'obtenir le soutien d'un groupe tel qu'Ethias dépasse le seul aspect financier. "Ethias Ventures n'est pas seulement un actionnaire qui apporte des fonds, reprend Bruno van Lierde. On permet aux start-up de devenir des partenaires à part entière du groupe, en ayant accès aux compétences, aux capacités et aux clients du groupe, et d'aller plus loin et plus vite dans leur développement. Tout comme Ethias peut aussi aller plus loin et plus vite grâce à elles."
Cerise sur le gâteau : de plusieurs études, il ressort que le taux de survie des start-up soutenues par de grandes entreprises est très supérieur aux autres.
