Le pari italien à 26 millions d'euros de Marc Coucke vire au naufrage
L'investissement de Marc Coucke dans les yachts de luxe italiens s'effondre, plombé par une chute en Bourse et une série de crises internes.

- Publié le 18-03-2026 à 16h28
- Mis à jour le 18-03-2026 à 16h41

Le bateau prend l'eau et avec lui, une partie de la fortune de Marc Coucke. L'investisseur belge vient d'encaisser une déconvenue, avec son investissement dans The Italian Sea Group, constructeur italien de yachts de luxe. Une participation qui, à l'origine, ressemblait à un investissement prometteur, mais qui finit en déconfiture.
Ce mardi, l'action du groupe a encore baissé de près de 4 % à la Bourse de Milan, celle-ci ne valant désormais plus que 1,02 euro à la Bourse de Milan. Lundi déjà, le titre a plongé de 43 %.
Pour Marc Coucke, cela signifie que son placement initial de 26 millions d'euros en 2021 ne vaut plus qu'un peu plus de 5 millions, indique De Standaard. Douloureux.
Des premières tensions en interne
À l'époque pourtant, l'opération avait tout du pari séduisant. The Italian Sea Group, ce n'est pas n'importe quel chantier naval, c'est le très haut de gamme. Celui des commandes à plusieurs dizaines de millions d'euros, des yachts pour multimillionnaires, comme le combattant MMA Conor McGregor et son bateau à 3,5 millions d'euros. Un "Tecnomar for Lamborghini 63", fruit d'une collaboration entre la société navale et le constructeur automobile.
Mais surtout, le projet était porté par des noms qui comptent. Le symbole du luxe Giorgio Armani, décédé en septembre dernier, s'y était associé en prenant 4,99 % des parts. Marc Coucke a rejoint au même moment, à hauteur de 11,4 %. Et aux commandes, Giovanni Costantino, qui est également l'actionnaire majoritaire, avec 53,6 % des parts. Un trio qui donnait du crédit à l'ensemble, au moins en apparence. La suite sera beaucoup moins élégante.
Depuis février, des tensions commencent à se produire en interne. L'entreprise montre des signes de faiblesse financière, avec des dépassements de coûts et des tensions internes qui remontent à la surface, explique De Standaard.
Le 26 février, le président et le vice-président du conseil d'administration démissionnent. En partant, ils mettent directement en cause Giovanni Costantino et sa gestion du groupe. Lui ne se laisse pas faire et porte plainte contre d'anciens dirigeants, accusés d'avoir manipulé les comptes. À partir de là, ça s'emballe.
Un drame mortel, la goutte de trop
Les problèmes financiers, eux, ne peuvent plus être cachés. La dette atteint 133 millions d'euros. Giovanni Costantino doit injecter 25 millions en urgence pour éviter que tout ne s'arrête net. Aujourd'hui, l'entreprise tente de gagner du temps devant la justice italienne, dans le but d'obtenir une protection temporaire contre ses créanciers. Concrètement, cela lui donne un peu de temps pour négocier et tenter de restructurer sa dette, sans risquer une faillite immédiate.
Giovanni Costantino est une honte, il tente désespérément de rejeter la responsabilité sur les autres. Il s'est précipité devant les médias avant même que tous les corps aient été repêchés, faisant ainsi preuve d'un manque total de décence".
Mais comme si ça ne suffisait pas, un drame est venu assombrir encore un peu plus le tableau. En août 2024, le Bayesian, un voilier de 56 mètres construit par une filiale du groupe, coule au large de la Sicile. À bord, le magnat britannique Mike Lynch et sa fille, qui font partie des victimes. Un drame qui a fait beaucoup de bruit dans la presse, tant par l'événement que par la gestion de l'après-crise. Celle-ci laisse perplexe, notamment la partie judiciaire contre la veuve du milliardaire.
À ce moment-là, Giovanni Costantino a réclamé un temps 222 millions d'euros à la femme de Mike Lynch, survivante du naufrage, pour atteinte à la réputation. Celui-ci voulait prouver que l'accident est dû à une erreur humaine et non à un dysfonctionnement du bateau, et donc récupérer le manque à gagner des commandes annulées peu après le drame. "L'Italian Sea Group devrait avoir honte. Giovanni Costantino est une honte, il tente désespérément de rejeter la responsabilité sur les autres. Il s'est précipité devant les médias avant même que tous les corps aient été repêchés, faisant ainsi preuve d'un manque total de décence", avait alors répondu un ami de la famille au Times. La plainte sera finalement retirée. Mais le mal est fait.
Dans tout ça, Marc Coucke tente de garder ses distances. Sur Instagram, il rappelle qu'il n'était pas impliqué dans la gestion des diverses opérations. Il assume aussi, à sa manière avec un simple "you win one, you lose one", en référence à la décote boursière. Il faut dire que ce n'est pas la première fois que l'investisseur se retrouve dans ce genre de situation. Ces dernières années, plusieurs dossiers ont tourné court. Chez Perrigo, dont il avait reçu des actions lors de la vente d'Omega Pharma, le cours a fortement reculé ces dernières années (de plus de 60 % sur un an), amputant une bonne partie de la valeur de l'opération. À Anderlecht, son investissement s'est traduit par des pertes financières… Des montants importants sont injectés mais ne portent pas leurs fruits. Ekopak est aujourd'hui sous enquête, et Banqup peine à repartir, rappelle le média flamand.
À l'inverse, certains paris continuent de porter leurs fruits. Fagron, active dans les préparations pharmaceutiques, affiche une croissance solide. Lotus Bakeries enchaîne les bons résultats, portée notamment par le succès de ses biscuits Biscoff. Et Pairi Daiza, le parc animalier, reste une machine à visiteurs, tout comme les projets immobiliers sur la côte et dans les Ardennes.
En attendant, concernant le dossier Italian Sea Group, Marc Coucke voit son investissement fondre de 26 millions à un peu plus de 5 millions d'euros.
