Le petit importateur de vin devenu le champion des anti-Trump : "Même des électeurs de Trump m'ont contacté pour me remercier"
Libre Eco |Face et profil. Avec sa victoire à la Cour suprême, Victor Schwartz est le visage des petites entreprises qui se dressent face au président américain.
- Publié le 04-04-2026 à 08h03

Quand on s'assoit sur le sofa de Victor Schwartz, dans son appartement à Manhattan, le journal posé sur sa table basse attire l'attention. Il s'agit du New York Times du 21 février 2026. En Une, la décision de la Cour suprême mettant fin aux droits de douane "réciproques" instaurés par Donald Trump en avril 2025.
Ce coup de tonnerre, le monde le doit en grande partie à cet Américain discret de 67 ans, devenu du jour au lendemain le champion de l'opposition anti-Trump. Fondateur de VOS Selections, une société d'importation de vin à New York qui travaille avec de petits producteurs en France et dans le monde entier, il était le principal plaignant dans l'affaire qui a abouti à l'annulation de ces surtaxes mises en place illégalement par le locataire de la Maison-Blanche sur la base d'un texte d'urgence économique datant de 1977, l'IEEPA (International Emergency Economic Powers Act).
Les juges de la Cour ont estimé que cette loi ne donnait pas au président le pouvoir d'instaurer des droits de douane. Un coup dur pour le milliardaire, qui avait fait de cette politique des tarifs la pierre angulaire de son programme économique.
"Les grands PDG s'étaient couchés"
L'aventure a commencé quand le Liberty Justice Center, une ONG étiquetée libertarienne et dédiée à la défense des droits fondamentaux, a approché Victor Schwartz pour porter cette affaire, appelée VOS Selections, Inc. contre Trump, qui rassemblait également d'autres petites et moyennes entreprises de secteurs divers (accessoires de pêche à la ligne, plomberie, équipements pour cyclistes…).
Nous avons allumé la mèche et poussé les milliardaires et les élus qui manquaient de courage à se réveiller."
"On était tous en train de se lamenter sur la direction du pays : les grands PDG comme Jeff Bezos d'Amazon et Mark Zuckerberg de Meta s'étaient couchés face à Trump, le Congrès aussi… Je me suis dit : 'Pourquoi ne le ferais-je pas ?', explique-t-il. Nous avons allumé la mèche et poussé les milliardaires et les élus qui manquaient de courage à se réveiller. Ils ont vu qu'une petite entreprise pouvait l'emporter à la Cour suprême."
Élevé dans le New Jersey (côte est), Victor Schwartz doit sa passion pour le vin à sa mère, une femme au foyer qui adorait cuisiner et découvrir de nouvelles bouteilles. "Chez nous, le vin n'était pas vu comme quelque chose de précieux mais comme un accompagnement du dîner", se souvient-il.
Plongée dans la vallée du Rhône
En 1987, après un passage par le monde de la banque à San Francisco dans lequel il s'ennuie ferme, il décide d'écrire une lettre à Steven Spurrier, le marchand de vin britannique à l'origine du "Jugement de Paris" de 1976 (le concours de dégustation à l'aveugle de vins français et californiens au terme duquel ces derniers ont triomphé), pour lui demander du travail en France. À sa grande surprise, celui-ci lui répond en l'encourageant à se rendre dans les vignes. "Le meilleur conseil que j'ai reçu", observe Victor Schwartz.
Nous ne sommes pas dans une économie faste. De plus, les gens consomment moins d'alcool".
Il s'envole donc pour la France à l'âge de 28 ans. Direction : la vallée du Rhône où, équipé d'une vieille carte Michelin, il fait le tour de petits viticulteurs pendant six mois pour se former avec son français "rudimentaire".
"J'ai rencontré les personnes les plus chaleureuses de ma vie. Elles occupent toujours une place spéciale dans mon cœur. Elles étaient contentes de voir arriver un Américain et de lui parler de leur travail, dit-il. Quand je suis reparti de France, je pleurais."
Il attend d'être remboursé
Face à l'absence d'importateurs américains spécialisés dans ce vignoble, il décide de lancer sa société. "Mon premier conteneur est arrivé en juillet 1987 !"
Depuis, les relations qu'il a nouées avec les dizaines de viticulteurs internationaux dont il distribue les produits l'ont "aidé" à traverser les tempêtes et mutations du secteur : Covid, droits de douane de Trump I puis de Trump II… Si ces derniers avaient été maintenus, VOS Selections aurait été contrainte de réduire son inventaire. "Nous ne sommes pas dans une économie faste. De plus, les gens consomment moins d'alcool", souligne-t-il.
Victor Schwartz ne crie pas complètement victoire. En effet, des droits de douane de 15 % sur la plupart des importations sont toujours en vigueur. Et il attend d'être remboursé par le gouvernement pour les coûts engendrés par les tarifs ("un montant à six chiffres") conformément à une décision de la Cour du commerce international des États-Unis, début mars.
Le processus pourrait s'avérer long et compliqué. Toutefois, le petit importateur inconnu est fier d'avoir fait plier l'homme le plus puissant de la planète. "Même des électeurs de Trump m'ont contacté pour me remercier", glisse-t-il.
Il a fêté son succès comme il se doit : en débouchant une bouteille de Châteauneuf-du-Pape.
Le remboursement des 166 milliards de dollars
Le processus de remboursement des 166 milliards de dollars (hors intérêts) de tarifs illégalement perçus par le gouvernement fédéral pourrait s'avérer complexe et litigieux. D'après les douanes américaines, 330 000 entreprises, petites et grandes, ayant réalisé 53 millions d'opérations d'importations, sont éligibles. Un portail en ligne doit être mis en place pour recueillir leurs requêtes mais le chantier prend du temps, les douanes n'ayant pas l'infrastructure nécessaire pour effectuer des remboursements d'une telle ampleur.
Autre défi : les consommateurs aussi veulent récupérer leur part du gâteau. À la mi-mars, au moins cinq recours collectifs avaient ainsi été déposés pour obliger les compagnies qui ont répercuté les surtaxes illégales sur leurs prix à rendre l'argent à leurs clients. Les calculettes surchauffent…
Victor Schwartz en quelques dates :
- Juillet 1987 : création de VOS Selections.
- 2 avril 2025 : Donald Trump annonce des droits de douane "réciproques" lors du "Jour de libération".
- 14 avril 2025 : dépôt de la plainte VOS Selections, Inc. contre Trump.
- 20 février 2026 : la Cour suprême annule les droits de douane "réciproques".

