Avec un trésor personnel de 67 milliards d'euros, le créateur du bitcoin enfin démasqué ?
Le mystère dure depuis plus de quinze ans. Mais une enquête du New York Times affirme avoir trouvé l'homme derrière le bitcoin.

- Publié le 09-04-2026 à 13h46
- Mis à jour le 09-04-2026 à 14h57

Il pourrait être l'un des hommes les plus riches du monde. Pourtant, personne ne sait qui il est. Depuis plus de quinze ans, le nom de Satoshi Nakamoto hante le monde de la tech et de la finance avec cette question : qui est l'inventeur du bitcoin ?
Disparu des radars en 2011, son créateur n'a laissé derrière lui qu'un système monétaire et un trésor personnel estimé à plus d'un million de bitcoins, soit plus de 67 milliards d'euros si l'on prend en compte la valeur actuelle de la cryptomonnaie.
Mais une enquête du New York Times pourrait bien résoudre ce mystère.
Une analyse à la loupe
Après plus d'un an d'investigation, le journaliste John Carreyrou, doublement lauréat du prix Pulitzer, affirme tenir le candidat le plus convaincant jamais identifié. Il s'agirait d'Adam Back, un cryptographe britannique considéré comme pionnier des monnaies électroniques.
Comment est-il arrivé à cette conclusion ? L'enquête s'appuie notamment sur la stylométrie, une analyse informatique des styles d'écriture.
"Je ne sais pas non plus qui est Satoshi"
Le journaliste a compilé des archives couvrant près de deux décennies, notamment des e-mails échangés et des publications sur des forums spécialisés. Au total, plus de 130 000 messages ont été rassemblés dans une base de données. Ces textes ont ensuite été passés au crible de plusieurs outils d'analyse, capables de détecter des "signatures" comme les habitudes de ponctuation, le choix de vocabulaire ou les structures de phrases. Trois analyses différentes ont été menées et toutes convergent vers un même nom, celui d'Adam Back.
Un timing troublant
Au-delà du style, c'est aussi le calendrier qui intrigue. Le New York Times explique que pendant des années, Adam Back participe aux discussions sur les monnaies électroniques. Puis, au moment précis où le bitcoin est lancé en 2009 sous le nom de Satoshi Nakamoto, il disparaît quasiment des radars.
Son silence dure jusqu'en 2011, année où Satoshi cesse définitivement toute communication publique. Quelques semaines plus tard, Adam Back réapparaît. Une coïncidence troublante, même si elle ne constitue pas une preuve en soi.
Mais l'un des arguments les plus solides reste d'ordre technique. Dès 1998, Adam Back développe Hashcash, un système destiné à lutter contre le "spam" (des messages envoyés en masse, souvent frauduleux). Concrètement, avec son outil, avant d'envoyer un message, l'ordinateur doit résoudre une petite énigme mathématique. Cela ne prend qu'une fraction de seconde pour un ordinateur normal mais devient très lourd si l'on tente d'envoyer des millions de messages d'un coup, comme le font les spammeurs.
"Une combinaison de coïncidences et de phrases similaires de personnes ayant des expériences et des intérêts similaires."
Et ce même principe sera ensuite utilisé par le bitcoin. Avant de valider des transactions, des ordinateurs doivent résoudre ces énigmes. Cela permet de sécuriser le système et d'éviter les fraudes.
L'intéressé nie en bloc
Si l'enquête est assez rigoureuse, elle ne fait pas pour autant consensus. Certains observateurs, dont le chroniqueur de Bloomberg Joe Weisenthal, pointent les limites de la stylométrie, jugée trop fragile pour identifier formellement l'individu. Les habitudes d'écriture peuvent évoluer, varier selon le contexte ou être influencées par d'autres auteurs.
D'autres soulignent une autre incohérence. Adam Back a toujours signé de son nom ses travaux, comme c'est le cas de Hashcash. Pourquoi aurait-il choisi l'anonymat pour le bitcoin ?
Le principal intéressé lui-même a également réagi après la publication de l'enquête. Sur le réseau social X, Adam Back enchaîne une série de posts, commençant par un sobre "Je ne suis pas Satoshi." Il explique ensuite que les correspondances relevées tiennent à un parcours commun avec d'autres pionniers de la cryptographie. "Une combinaison de coïncidences et de phrases similaires de personnes ayant des expériences et des intérêts similaires", peut-on lire, avant de conclure : "Je ne sais pas non plus qui est Satoshi et je pense que c'est une bonne chose pour le bitcoin que ce soit le cas […] Nous sommes tous Satoshi."
