Le promoteur immobilier Gérald Hibert peut-il encore échapper à la faillite ?
L'audience d'introduction sur la citation en faillite a lieu ce lundi 20 avril. Le promoteur prévoit de présenter un plan de restructuration "très solide". De quoi pouvoir échapper à la faillite ? Peu probable…

- Publié le 18-04-2026 à 18h43
- Mis à jour le 18-04-2026 à 18h50

C'est une audience très attendue qui a lieu ce lundi au tribunal l'entreprise francophone de Bruxelles. "L'affaire Gérald Hibert", du nom de ce promoteur immobilier bruxellois en grande difficulté financière, sera introduite devant la Chambre des faillites. Jeudi dernier, La Libre révélait en effet que l'administrateur provisoire, Me Roman Aydogdu, a assigné en faillite une vingtaine de sociétés, dont Sogefibel, le holding central du promoteur.
Alors que peut-il se passer ce lundi ? Il y a de fortes chances que les avocats du promoteur cherchent à prouver que les conditions d'une faillite ne sont pas réunies. C'est en tout cas que laissaient penser les déclarations de Miguel Steppe, directeur pour le groupe GH. "Nous présenterons un plan de restructuration que nous jugeons très solide", disait-il à La Libre et à la DH la semaine dernière.
Si tel est le cas, que vont faire les banques belges, qui ont prêté des centaines de millions d'euros ? Vont-elles intervenir lors de l'audience du 20 avril ? Ou laisseront-elles Me Aydogdu faire, seul, la démonstration que les conditions de la faillite sont réunies ? Pourraient-elles se laisser convaincre par le "plan de restructuration" ? Elles n'ont pas souhaité répondre à nos sollicitations mais cette deuxième hypothèse paraît peu probable. Même si, dans ce dossier, rien ne peut jamais être tout à fait exclu.
Deux critères
Sur base des arguments développés par les uns et les autres, la juge devra, elle, apprécier si les critères d'une faillite sont réunis, c'est-à-dire s'il y a une cessation de paiements (ce qui ne fait pas de doute puisque les principaux créanciers ne sont plus remboursés depuis un temps certain) et s'il y a un ébranlement du crédit (c'est-à-dire plus aucune chance de soutien financier).
Si la juge déclare en faillite les 22 sociétés visées par la citation, ce sera un véritable séisme pour le secteur immobilier. Car cela signifiera le démembrement d'un empire immobilier franco-belge valorisé entre 1 et 1,5 milliard d'euros. Un démembrement qui pourrait toutefois être retardé sine die, si Gérald Hibert décide de faire appel de la décision. Or, on a vu par le passé qu'il n'hésite pas à se lancer dans des procédures judiciaires. "Bref, on n'est pas encore à la fin de l'histoire", nous dit un acteur du dossier.
Si on n'est pas à la fin de l'histoire, les chances de survie du groupe tel qu'il existe actuellement semblent néanmoins ténues. Surtout, nous dit un spécialiste des procédures de faillite, à partir du moment où c'est l'administrateur provisoire qui est à l'origine l'assignation. Me Roman Aydogdu a eu le temps d'éplucher les comptes avant de citer en faillite. Il connaît le sujet. Il est un avocat spécialisé en restructuration d'entreprises. Il a été le liquidateur judiciaire des sociétés belges du groupe Tapie.
On s'achemine donc bien vers la fin d'une success-story qui a commencé il y a près de 40 ans.
On s'achemine donc bien vers la fin d'une success-story qui a commencé il y a près de 40 ans. Gérald Hibert, âgé aujourd'hui de 57 ans, avait 18 ans quand il a acheté son premier appartement grâce à l'héritage de sa grand-mère. Ce "self-made-man" a la réputation "d'avoir le nez fin". Il s'est spécialisé dans les espaces commerciaux. Il a toujours privilégié les artères ou les lieux prestigieux comme le boulevard de Waterloo à Bruxelles. Il compte dans son portefeuille belge l'Apple Store, avenue de la Toison d'or, ainsi que des immeubles commerciaux loués à des maisons de luxe comme Dior, Cartier, Armani et Delvaux. Il est aussi propriétaire d'une partie de la Galerie Louise, qu'il a rachetée, magasin par magasin. Une Galerie qui lui a valu beaucoup d'ennuis mais qui est une minuscule partie de son empire.
Ce choix du haut de gamme est flagrant à Paris, où il possède plusieurs emplacements autour des Champs-Élysées. C'est là que se trouve sa propriété la plus prestigieuse : située avenue Montaigne, elle est louée à Prada. En tout et pour tout, le groupe détient environ 130 surfaces commerciales.
Son portefeuille était valorisé, fin 2023, à 1,43 milliard d'euros pour un endettement proche du milliard (dont 450 millions d'euros aux 4 grandes banques belges et environ 80 millions aux "friends & family).
Effet de levier
Gérald Hibert a construit son empire grâce à l'effet de levier, c'est-à-dire en empruntant à tour de bras. C'était à une époque où tout lui réussissait et où les banques lui faisaient (trop ?) confiance. Fort de son succès, il a mené grand train : jet privé, yacht, collection de Ferrari et de tableaux de maîtres.
Selon certaines sources, une des erreurs de Gérald Hibert est de ne pas avoir veillé à se couvrir contre un risque de remontée de taux d'intérêt. Il a aussi subi de plein fouet la crise sanitaire, qui est allée de pair avec une fréquentation en chute libre des artères commerciales. Selon des spécialistes du marché immobiliers, les loyers commerciaux à Bruxelles ont baissé de 10 à 20 % au cours de ces dernières années. Autrement dit, tout ce qu'a acheté Gérald Hibert avant la crise sanitaire a perdu de la valeur.
Cet important patrimoine immobilier est géré par une petite équipe, où Gérald Hibert a toujours eu tout à dire…
