Pierre Bertrand, CEO de Cofidis : "Nous refusons huit demandes sur dix"
Longtemps perçu avec méfiance, le crédit à la consommation reste souvent très mal vu en Belgique. Une vision largement faussée, selon Pierre Bertrand, nouveau CEO de Cofidis, qui revendique un secteur "ultra-encadré" et indispensable pour financer les projets des ménages.

- Publié le 12-05-2026 à 08h00
- Mis à jour le 12-05-2026 à 09h39

"Beaucoup de préjugés et un grand manque de connaissances", lance d'emblée Pierre Bertrand, le nouveau CEO de Cofidis lorsqu'on l'interroge sur le crédit à la consommation en Belgique. Le principe de ce secteur ? Proposer des financements à des taux qui peuvent osciller entre 3 à environ 11 %, selon la nature des achats. Présent en Belgique depuis 40 ans et fort d'une équipe de 500 collaborateurs, le groupe, qui appartient au géant français Crédit Mutuel, se veut "solide et robuste".
Pourtant, les services qu'il propose continuent de susciter de nombreuses interrogations chez les Belges, alors que plus d'un demi-million de crédits à la consommation ont été accordés en 2024, selon Febelfin. Un constat que le CEO de l'entreprise spécialisée assume… tout en défendant fermement son secteur.
"Une aberration"
Pour Pierre Bertrand, le crédit à la consommation souffre encore donc de cette image négative en Belgique. Parmi les critiques : des prêts accordés trop facilement, des taux jugés élevés ou encore une contribution à la précarité. "Une aberration", tranche le CEO qui affirme refuser 8 demandes sur 10. "Si les gens ne remboursent pas, c'est une perte directe pour nous. Imaginez, je fais un prêt à 10 000 euros. Je donne les 10 000 euros. La personne décide de ne plus me rembourser après une mensualité. J'ai perdu 10 000 euros. Après, ça va prendre des années peut-être avant que je récupère mon argent. Je n'ai aucun intérêt économique à le faire", explique Pierre Bertrand.
"La question c'est de se dire : à qui on peut octroyer ? Parce que si on ne l'octroie pas, moi je ne gagne pas d'argent et lui, il ne fait pas son projet. Mais si je lui octroie et qu'il ne paye pas, lui, il est dans les ennuis et moi aussi", continue-t-il.
Face à d'autres idées reçues, le CEO se veut tout aussi ferme et dénonce une méconnaissance du modèle. "Nous sommes très encadrés par la loi. La loi est bien faite. Il y a une protection des gens. On a des obligations pour réfléchir aux soldes restants dus et il y a toute une analyse qui est faite avant d'octroyer des prêts. Il y a beaucoup de protection derrière", assure Pierre Bertrand.
"C'est un scénario très compliqué. Pour les clients c'est mauvais"
10 milliards investis dans le marché belge
De plus, pour Pierre Bertrand, ces crédits constituent une aubaine pour l'économie belge. "Chaque année, ce sont 10 milliards d'euros qui rentrent sur le marché belge", affirme le CEO. "C'est plus de 620 000 projets de financement par an", continue-t-il. "Ça fait tourner l'économie belge". En Belgique, les principaux secteurs sont notamment la mobilité (notamment les voitures d'occasion), les travaux et la rénovation, un point particulièrement important pour Pierre Bertrand.
"Pour 2050, les ambitions de rénovation, sont colossales. On parle d'un marché de 400 milliards d'euros d'investissement nécessaire pour énergétiquement transformer le parc immobilier belge. Est-ce que vous pensez que les Belges sont capables de financer spontanément sur fonds propres ? C'est impossible", affirme Pierre Bertrand.
Sans affirmer vouloir "miser" prioritairement sur ce secteur, le CEO souligne néanmoins qu'il sera indispensable d'y être présent dans les prochaines années. "Ce n'est pas le marché le plus rentable, notamment parce que les taux y sont plutôt bas, mais il est incontournable", explique-t-il.
"C'est un marché et on y va aussi parce qu'on a un rôle, on a la volonté d'être un acteur social et aujourd'hui, quand on voit l'ampleur du boulot à réaliser, il faut qu'on y aille", affirme Pierre Bertrand.
"Le secteur est encadré, mais si le contexte perdure, il est évident que des ajustements interviendront"
"C'est un scénario compliqué"
Le secteur énergétique est donc plus que jamais au cœur de l'actualité depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix de l'énergie. Et s'il est encore trop tôt pour que le CEO puisse dégager de véritables tendances concernant les répercussions de la guerre sur la demande de crédit en Belgique, il reconnaît néanmoins une situation délicate. "C'est un scénario très compliqué. Pour les clients c'est mauvais. Tout coûte plus cher. Le coût de la vie augmente, les énergies augmentent fortement, et donc on va avoir tendance à se dire que c'est le bon moment pour investir dans une pompe à chaleur, dans du photovoltaïque, dans l'isolation". Toutefois, Pierre Bertrand affirme également que les difficultés économiques croissantes limitent actuellement la capacité des consommateurs à réaliser ces investissements.
"L'argent que nous achetons sur le marché et que nous redistribuons aux gens nous coûte également de plus en plus cher. C'est compliqué", poursuit le CEO. Ce dernier souligne également l'érosion de la confiance des ménages belges dans un contexte d'inflation persistante, de hausse du coût de la vie et d'incertitudes internationales. "Pour les gens qui veulent faire des projets et qui ont les moyens, ils vont plutôt attendre car ils n'ont pas confiance pour le moment. Il nous faut un écosystème stable, des gens qui ont confiance, qui ont envie de faire des projets. C'est une situation délicate pour nous. On a un regard prudent des choses".
Faut-il dès lors s'attendre à une hausse des taux ? "Le secteur est encadré, mais si le contexte perdure, il est évident que des ajustements interviendront. Plusieurs concurrents bougent déjà, nous devrons sans doute nous adapter aussi", conclut Pierre Bertrand.
