Le géant du sport qui a trahi Macron… et révélé des bases militaires : "Les services de renseignement seraient prêts à tout pour avoir ces données"
Les nouveaux grands noms du sport-business | En une dizaine d'années, Strava s'est imposé comme le réseau social incontournable des sportifs. Une "success story" qui cache aussi quelques surprises.

- Publié le 06-08-2026 à 10h00
- Mis à jour le 06-08-2026 à 13h40

C'est devenu en quelques années un véritable réseau social à part entière. Fini de mettre une photo sur Instagram de votre dernière sortie à vélo, désormais une application surclasse tout le marché : Strava.
Pour y trouver sa place, une seule condition suffit, aimer enfiler ses baskets et ne pas avoir peur de partager avec vos abonnés vos meilleures adresses pour courir. Une fois la course terminée, on partage son parcours, on compare ses performances et on distribue des "kudos", les "likes" de l'application, aux 150 millions d'utilisateurs à travers le monde.
Grâce à la géolocalisation, Strava enregistre également votre position précise pendant vos déplacements, et permet de publier une carte avec le tracé de votre sortie. Distance parcourue, durée, vitesse, tout est calculé. Un design pensé pour les sportifs en quête de partage. "Les athlètes Strava peuvent aussi bien enregistrer des promenades dans leur quartier que des victoires d'étapes du Tour de France", explique le site de Strava.
L'application a connu une croissance spectaculaire pendant la pandémie, notamment auprès de la Gen Z, qui s'est largement tournée vers le sport durant les périodes de confinement. Pourtant, l'histoire de Strava commence bien avant cette explosion de popularité.

L'idée née sur les bancs d'Harvard
Strava voit officiellement le jour en 2009 grâce à deux anciens étudiants d'Harvard, Michael Horvath et Mark Gainey. Les deux hommes se connaissent depuis 1995, lorsqu'ils faisaient partie de l'équipe d'aviron de la prestigieuse université américaine.
À l'origine, leur idée est alors de "créer la plus grande équipe du monde", et ainsi retrouver l'ambiance des vestiaires de leur sport universitaire qui leur manquait tant. Les amis se sont alors rendu compte que ce qui les motivait le plus n'était pas seulement le sport en lui-même, mais aussi les échanges avec leurs coéquipiers.
À cette époque, la technologie ne permet toutefois pas encore de concrétiser pleinement leur idée. Les smartphones et les systèmes GPS ne sont pas suffisamment développés. Mais avec la démocratisation à la fin des années 2000, les deux entrepreneurs imaginent une plateforme capable d'enregistrer les activités sportives et de permettre aux utilisateurs de partager leurs résultats avec une communauté.
Le système de "segments"
À ses débuts, Strava se concentrait principalement sur le cyclisme. L'application permettait alors initialement aux utilisateurs de suivre leurs parcours, d'analyser leurs performances et de comparer leurs temps avec d'autres sportifs.

Après son succès auprès des cyclistes, Strava ouvre progressivement sa plateforme à la course à pied, puis à de nombreuses autres disciplines comme la randonnée, le ski, la natation, le trail, le VTT ou encore le kayak. Au fil des années, l'application connaît une croissance rapide grâce à la généralisation des smartphones et des montres connectées. Les appareils de Garmin, Polar, Suunto, Coros, Apple ou Fitbit synchronisent automatiquement les activités avec Strava.
De plus, Strava crée un système de segments. Concrètement, les segments ont transformé des endroits ordinaires "en petits terrains de compétition". Par exemple, un cycliste peut créer un segment correspondant aux 2 kilomètres d'une montée difficile. Chaque fois qu'un utilisateur de Strava passe sur cette portion avec son GPS activé, l'application enregistre son temps et le compare aux autres performances réalisées au même endroit. "Sur Strava, chaque effort compte", assure le site web.

Les "Stravaleaks"
Le succès de Strava s'accompagne toutefois de questions concernant la protection des données personnelles. Le système de géolocalisation a en effet crée plus d'une fois des situations assez cocasses, comme l'avait dévoilé en octobre 2024, une enquête du Monde appelée les "Stravaleaks".
Concrètement, le média français a découvert que des membres du groupe de sécurité de la présidence de la République française (GSPR) partaient faire des footings et activaient la géolocalisation Strava. Ces derniers partageaient ensuite publiquement leur sortie sur Strava alors qu'ils assuraient la sécurité d'Emmanuel Macron. En analysant plusieurs profils Strava de membres de la sécurité de Macron, Le Monde avait ainsi pu repérer où avait été logé le chef d'État durant plusieurs voyages. Mais Emmanuel Macron n'est pas le seul à s'être retrouvé dans cette situation. En effet, le président russe Vladimir Poutine a également vu certains de ses agents faire des footings autour de propriétés qu'il niait posséder.
Le phénomène s'est aussi invité dans la guerre en Ukraine. Toujours selon Le Monde, Ladislav Rjitski, un capitaine de l'armée russe qui a été tué par balle en 2023 en Russie, aurait été pisté par les services secrets ukrainiens grâce à l'application Strava.
L'affaire avait également pris de l'ampleur lorsque la carte thermique de Strava, qui montre les activités enregistrées par ses utilisateurs, avait permis d'identifier l'emplacement de certaines bases militaires américaines au Moyen-Orient. Dans des zones où peu de personnes utilisaient l'application, les déplacements répétés des militaires dessinaient clairement les contours des installations et des itinéraires empruntés, révélant ainsi des informations potentiellement sensibles sur ces sites.

En 2018, des experts alertaient déjà dans le New York Times : "Strava détient une quantité incroyable de données que la plupart des services de renseignement seraient prêts à tout pour acquérir".
Une entrée en bourse bientôt ?
Depuis sa création en 2009, Strava a plutôt bien prospéré et s'apprête à franchir une nouvelle étape de son développement. Dans un entretien au média britannique Financial Times en octobre dernier, l'actuel patron de Strava expliquait que le groupe envisageait désormais une potentielle entrée en Bourse dans les prochaines années.
Strava (dont les investisseurs comprennent Sequoia Capital et Jackson Square Ventures) était alors valorisée à 2,2 milliards de dollars lors d'une levée de fonds conclue en mai 2025, selon PitchBook.
Pour certains analystes, toutefois, le potentiel de croissance de l'application reste limité. Selon eux, l'entreprise devra jouer sur "l'amélioration de son offre premium" afin d'attirer davantage d'abonnés et de justifier des prix plus élevés.
Série d'été – Les nouveaux grands noms du sport-business (5/6)
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