"Un hectare planté de vignes rapporte 25 000 euros et en vaut plus de 100 000"

- Publié le 19-12-2019 à 15h49
- Mis à jour le 30-12-2019 à 14h56

LIBRE IMMO | Le marché du vin belge est en plein boom, porté par de sérieux atouts et des investisseurs passionnés.
ON LE SAIT, QUE CE SOIT À L'EXPLOITATION ou à la vente, la rentabilité d'une terre agricole dépend pour beaucoup de la qualité de son sol et, in fine, des plantations promptes à s'y épanouir. Or, entre autres cultures prolifiques, s'il en est une qui, chez nous, a le vent en poupe, c'est celle de la vigne.
N'en déplaise à nos voisins français, depuis quelques années, la Belgique se positionne sur la carte des pays producteurs de vin. Ses débuts sont certes modestes, mais "le marché est en plein essor", assure Pierre Rion, président de l'Association des vignerons de Wallonie, de même que propriétaire et exploitant du Domaine de Mellemont, à Perwez (Brabant wallon). Et pour cause, renchérit Brigitte Tack, coordinatrice de l'association, les exploitations propices à la viticulture sont nombreuses. "Il faut bien entendu tenir compte de la déclivité, de l'ensoleillement, du drainage des eaux, de la présence de barrières d'arbres pour protéger les vignes des gelées ou des vents d'Est, etc.", liste-t-elle, "mais, tant en Flandre qu'en Wallonie, les sols sont si variés et mélangés - calcaire-argile, calcaire-grès, argile-grès… - qu'il y a autant de terroirs que d'exploitations."
D'autant que, contrairement à la France, la Belgique est moins restrictive dans ses labels AOP (appellation d'origine protégée) et IGP (indication géographique protégée). "En fonction des zones d'exploitation, certains cépages sont imposés, mais, à la différence des régions de Bordeaux et de Bourgogne, par exemple, qui autorisent respectivement deux et trois cépages, le champ des possibles est énorme en Belgique", souligne Pierre Rion.
Résultat ? Ils sont nombreux à se lancer dans la course. Et pas uniquement par amour du bon vin. "Un hectare de terre exploitée de façon optimale produit environ 40 hectolitres de vin, soit 5 000 bouteilles", calcule le président des vignerons wallons. "À raison d'une marge de plus ou moins cinq euros par bouteille, un hectare rapporte quelque 25 000 euros." Ce qui, compte tenu d'un prix moyen à l'hectare de terre agricole de 44 500 euros à l'échelle nationale, donne lieu à une belle rentabilité. "L'engouement est récent et nous n'avons pas le recul nécessaire pour analyser le marché", tempère-t-il. "Qui plus est, à ma connaissance, une seule transaction viticole a été réalisée jusqu'à présent et je n'en connais pas le montant. Mais j'estimerais à bien plus de 100 000 euros la valeur d'un hectare si l'on tient compte d'un simple rendement financier sans les frais liés aux infrastructures de vinification."
Quatre vagues de producteurs
L'intérêt est tel que les profils des producteurs de vin se sont diversifiés au fil des ans. "J'observe quatre vagues en remontant dans le temps", décrit Pierre Rion. "Les folkloriques de l'après-guerre, qui ont planté 500 à 1 000 pieds de vigne dans leur jardin ; les pionniers des années 90, dont je suis, qui ont multiplié par dix et plus les plantations par rapport à celles de leurs prédécesseurs ; les professionnels dix ans plus tard, en 2000, tel Philippe Grafé, qui a planté 11 hectares de vignes dans son Domaine du Chenoy, à Emines (Namur)." Jusqu'à la vague actuelle des investisseurs, initiée dans les années 2010. "C'est clairement le potentiel économique de l'activité viticole qui a décidé ces derniers arrivants à se lancer à leur tour sur le marché", souligne l'expert. Qui épingle des domaines comme celui du Château de Bioul (Anhée, Namur) ou du Chant d'Éole (Quévy, Hainaut), voire des coopératives comme celle de Vin de Liège. Certains ont appris le (dur) métier de viticulteur, d'autres se contentent de détenir les terres et en confient l'exploitation à un tiers.
91 millions de bouteilles estimées
Depuis deux, trois ans, ces investisseurs ont essaimé de par chez nous. Grâce notamment aux efforts en matière de communication déployés par Brigitte Tack au sein de l'Association des vignerons de Wallonie (salons, foires, concours, œnotourisme…). "L'image publique du vin belge s'est améliorée, mais elle reflète avant tout une réalité", assure l'intéressée. "La Belgique peut compter sur de sérieux atouts en la matière, nourris par le réchauffement climatique. Les vins du sud deviennent de moins en moins agréables par la charge en alcool et une acidité défaillante et la limite de plantation s'est résolument élevée vers le nord." À tel point que l'IFAPME propose désormais deux formations en viticulture. "C'est du jamais vu, deux classes de 40 élèves !", ponctue Pierre Rion.
Quid de l'accueil des consommateurs ? "En 2018, on a produit 1,3 million de bouteilles en Wallonie et tout s'est vendu !" L'année 2019 sera sans doute un peu moins bonne, en raison du climat. Mais pas de quoi inquiéter Pierre Rion toutefois, qui trace un avenir radieux au vin belge. "Si l'on compare avec le Grand-Duché de Luxembourg, qui produit bon an mal an 13 millions de bouteilles et les écoule quasi exclusivement à l'intérieur de ses frontières, le marché wallon en plein boom devrait pouvoir produire et absorber… 91 millions de bouteilles !", sourit l'expert. "C'est une simple règle de trois. Il y a 500 000 Luxembourgeois pour 3,5 millions de Wallons…"
