Les acheteurs les plus fortunés font et défont la cote des villes
Voyageurs compulsifs à l'affût de biens exclusifs, les ultraprivilégiés ont souvent un patrimoine dispersé sur plusieurs pays.
- Publié le 01-06-2022 à 16h51
- Mis à jour le 10-06-2022 à 11h55

Libre Immo | Le dossier
Chaque année depuis sept ans, le spécialiste de l'immobilier de prestige Barnes International Realty publie son Global Property Handbook, un baromètre du marché du luxe réalisé sur base des données remontées par ses quelque 120 bureaux répartis dans une vingtaine de pays. Dans son édition 2022, année de résilience post-crise sanitaire, l'étude confirme l'immobilier haut de gamme comme valeur refuge par excellence. "C'est un marché qui se porte très bien et a toujours un bel avenir devant lui. Selon les destinations, les prix ont grimpé de 20 à 60 % en quelques années. Miami et Saint-Barth, par exemple, ont bondi de 50 % en un laps de temps d'à peine trois ans, cadre Thibault de Saint Vincent, président et fondateur de Barnes. Suite aux crises à répétition et à l'instabilité mondiale, l'immobilier de luxe est à la fois devenu une valeur refuge financière, un refuge physique et un refuge professionnel. Avec les différents confinements, on a passé beaucoup plus de temps chez soi. Avoir un logement de qualité où pouvoir bien travailler est devenu décisif."
Cet insolent boom peut s'expliquer en partie par une demande de biens d'exception, spacieux, équipés d'espaces de travail performants, qui ne faiblit pas et dépasse toujours l'offre proposée. "Auparavant consacré à la famille et à la vie privée, le domicile familial est devenu un espace professionnel à part entière. Parmi nos clients, de nombreux entrepreneurs passent un tiers de leur temps en voyage, un tiers au bureau et un tiers à la maison. Ils ont besoin d'un bureau efficace et connecté dans chaque résidence. Plutôt qu'un coin bureau installé dans le salon commun, ils recherchent des espaces dédiés, qui doivent parfois accueillir plusieurs collaborateurs. C'est aujourd'hui une part intégrante du cadre de vie et une condition sine qua non pour choisir un bien."
Immobilier avec services extra
Chez Barnes, réseau qui se profile comme un acteur du luxe à l'image d'Hermès ou de Dior et vend un art de vivre à la française, 72 % de la clientèle provient du convoité segment des Ultra High Net Worth Individuals (UHNWI), soit ceux qui possèdent un patrimoine d'au moins 30 millions de dollars (environ 0,005 % de la population mondiale). Cible exigeante, multivilles, multipays et multimétiers, elle demande une approche entièrement personnalisée. "En moyenne, les UHNWI investis sent 5 % de leurs actifs dans la brique, ce qui fait que le marché est forcément en croissance naturelle, souligne Thibaut de Saint Vincent. 75 % d'entre eux sont des entrepreneurs. Ils sont nombreux à vouloir investir dans l'immobilier une fois leurs entreprises revendues. Ils choisissent un hôtel de rêve ou des villas de luxe dans des très beaux endroits. Nous accompagnons, par exemple, souvent nos clients qui visent une résidence secondaire à Saint-Barth, un yacht pour leurs vacances ou un chalet Megève." S'ils achètent pour rénover, ils ne veulent que les meilleurs prestataires, capables de travailler dans des délais toujours plus courts.
Évolution récente, s'ils recherchent calme, discrétion et volupté, les happy few veulent aussi des services complets et à la carte quand ils sont à l'étranger. "Nous proposons des locations saisonnières très privées. Nous prévoyons toujours un concierge sur place. De nombreux clients préfèrent passer leurs vacances dans des villas exclusives plutôt qu'à l'hôtel, tout en ayant envie de services additionnels comme un chef à demeure pour ne devoir s'occuper de rien sur place. La sérénité de l'environnement s'allie alors à la proximité et l'excellence du service."
Miami au top du classement
Chaque mois de janvier, le groupe né à Paris dévoile un City Index des 50 villes les plus recherchées par les consommateurs d'immobilier les plus fortunés, sur base de critères pratiques, émotionnels et financiers. Relativement peu touchés par la crise sanitaire, ils sont néanmoins partis à la chasse des villes aux mesures les plus clémentes. "Le Covid-19 a complètement chamboulé le classement et illustré l'impact des politiques publiques sur les comportements et la popularité des villes. Avant la crise, le top 3 était occupé par New York (désormais 7e), Londres (6e) et Hong Kong (20e), grandes perdantes de la crise. Elles ont laissé la place à Miami (4e l'an passé), Austin (24e) et Tokyo (à la même place en 2021). Aux États-Unis, la population est assez mobile. On a vu un exode vers des villes républicaines au cadre réglementaire moins strict, notamment en Floride, qui n'a connu aucun confinement, ou dans les Hamptons."

Cette année, Genève et Paris complètent le top 5. Madrid se retrouve au 9e rang. "Avec Stockholm en 10e position, cinq villes européennes sont dans le top dix, se réjouit Thibault de Saint Vincent. C'est passionnant d'observer les mouvements sur le long terme. Si je me rappelle de Lisbonne (24e du classement) lors de la première édition de l'Index, on tournait autour de 1 500 euros du m² pour des biens haut de gamme et bien situés, aujourd'hui, on est plus autour de 12 000 ou 13 000 euros. La cote de la ville, qui offre une belle qualité de vie, n'a fait que monter."
Dans les destinations identifiées comme "à suivre" (capitales, lieux de villégiature…) lors de l'enquête, Londres, New York et Monaco se retrouvent en tête du peloton. Madrid et Prague ferment le top 5. On retrouve ensuite Budapest, Moscou, Bruxelles, Barcelone et Lisbonne, une belle domination européenne du classement.
