À Bruxelles, les primes à la rénovation octroyées dépassent les prévisions
En 2033, les passoires énergétiques (PEB F et G) doivent avoir disparu. Cela impliquera à terme une obligation de rénover, dans les 10 ans.

- Publié le 15-09-2022 à 06h36
- Mis à jour le 15-09-2022 à 13h32

Le gouvernement bruxellois discutera ce jeudi d'un projet visant à limiter, voire supprimer, l'indexation des loyers pour les bâtiments les moins bien isolés (PEB F et G). Cette stratégie s'inscrira dans Renolution, la stratégie de rénovation de la capitale qui prévoit, à terme, une obligation de rénovation énergétique des logements. Et des frais supplémentaires, disent les propriétaires…
C'est pour les inciter financièrement à opérer ces travaux de rénovation que des primes ont été mises en place. Concrètement, le gouvernement de Rudi Vervoort a fusionné le système de primes existantes mais aussi augmenté les moyens dévolus.
Le montant des primes de rénovation énergétique versées aux privés, donc à des Bruxellois désireux de rénover leurs logements, est en hausse. Il s'élevait à 16 millions d'euros en 2019, 26 millions en 2021, "et sur 2022, on sera au-dessus de la prévision, dans les montants qui seront octroyés", assure Alain Maron (Écolo). Selon le ministre bruxellois de l'Environnement, au mois d'août, le montant des primes octroyées s'élevait déjà à 27 millions d'euros. L'écologiste table sur 35 millions d'euros sur l'ensemble de 2022. Il ne s'agit pas d'une enveloppe fermée. "On allongera s'il faut allonger. Et il y aura encore une augmentation du budget en 2023", assure-t-il.
Le budget total Renolution (logements privés, autorités publiques et tertiaires) a été porté de 23 millions d'euros en 2019 à 79 millions en 2022. Il est prévu de le faire monter à 110 millions en 2023.
Via Renolution, le gouvernement a pour objectif de tripler le taux actuel de rénovation, afin d'atteindre un niveau moyen de performance énergétique de 100 kWh/m²/an pour l'ensemble du parc de logements bruxellois (ce qui équivaut à un PEB C +) et la neutralité énergétique des bâtiments tertiaires en 2050. Soit une consommation moyenne divisée par 3 ou 4 par rapport à la situation actuelle. C'est extrêmement ambitieux… Surtout alors que les passoires énergétiques (F ou G) représentent 45 % du parc à Bruxelles.
Alain Maron veut y arriver de manière graduelle. "Il y a des objectifs climatiques qui doivent être rencontrés, on est face à des événements déjà catastrophiques. Les factures énergétiques sont en plus intenables."
Sa feuille de route prévoit notamment "l'obligation pour tous les propriétaires" de réaliser un certificat PEB de leur bien d'ici le 1er janvier 2025. Selon le rapport 2020 de Bruxelles Environnement, seuls 48 % des habitations individuelles à Bruxelles sont pourtant certifiés. La tâche à accomplir est importante. "Tout est aligné pour y arriver", assure Alain Maron qui prévoit en 2025 l'interdiction d'installer du chauffage au mazout puis, en 2027, un plan de rénovation pour l'ensemble des copropriétés bruxelloises.
"Alain Maron a traîné pour agir"
En 2033, les passoires énergétiques (PEB F et G) doivent avoir disparu. Cela impliquera à terme une obligation de rénover, dans les 10 ans. "Il y aura régime d'amendes en cas de non-respect", prévient le ministre. En 2045, enfin, les bâtiments de classe D et E devront avoir fait l'objet d'une rénovation énergétique. Cela fait beaucoup de choses à accomplir, d'autant que l'essentiel de ces projets doit encore se traduire en textes législatifs et en augmentation de moyens.
Céline Fremault (Les Engagés), alors ministre de l'Environnement, avait proposé en 2019 un plan dont la facture globale était estimée à 28 milliards d'euros pour le secteur du logement jusqu'en 2050, soit un milliard par an pris en charge par le public et le privé.
"Les moyens supplémentaires octroyés depuis n'ont pas créé d'effet d'échelle ni d'engouement. Pour atteindre l'objectif, il faudrait rénover 3 à 5 % du bâti par an, soit 50 immeubles par jour. On n'en est pas là ! Nous avons perdu des années car Alain Maron a traîné pour agir et n'a pas poursuivi le travail sérieux mené par Céline Frémault", réagit Alexia Bertrand, cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois.
