Les rooftops, une "manne de milliers de mètres carrés retrouvés" pour l'immobilier bruxellois
Libre Immo | Le dossier. La capitale prend de la hauteur et ouvre ses toits au grand public mais aussi aux entreprises qui les exploitent sous diverses formes : agriculture urbaine, panneaux photovoltaïques, toitures vertes, bars et restaurants branchés…

- Publié le 29-06-2023 à 17h28

L'utilisation des toits des immeubles, qu'il s'agisse de tours de bureaux, de résidences à appartements, de bâtiments publics, de grands magasins ou encore d'entrepôts, est somme toute assez récente à Bruxelles. Question de climat, peut-être. Ou tout simplement de culture. Alors que les villes méditerranéennes comme les métropoles anglo-saxonnes les colonisent depuis belle lurette, chez nous, le phénomène remonte à quelques années à peine.
Jusqu'à il y a peu, les toits des édifices bruxellois se limitaient à accueillir leurs installations techniques : ascenseur, climatisation… La mouvance écologique a commencé à s'y intéresser pour y aménager des toitures vertes, avant d'y placer des panneaux photovoltaïques. Tout d'un coup, les toitures se sont imposées comme un nouvel espace susceptible d'être valorisé, rentabilisé.
Les idées ont fusé, des jardins suspendus aux terrasses communes. D'aucuns y ont même vu une opportunité économique inopinée en tirant parti des toits d'immeubles de logement des sixties et seventies pour y installer un appartement de plus. Et pas n'importe lequel : un penthouse exclusif, construit en ossature bois pour être le plus léger possible et ne pas fragiliser la structure des bâtiments, avec pléthore de terrasses pour profiter de la capitale à perte de vue. Le tout sans imposer de frais aux copropriétaires des étages en deçà mais, au contraire, en leur offrant de régler les travaux de remise aux normes de l'ascenseur ou de ravalement de la façade avec une partie du produit de la vente du penthouse.

Mais le résidentiel n'est pas la seule affectation susceptible d'être logée sur les toits de la capitale, loin de là. Pétries d'idéaux de circuit court et d'autonomie alimentaire des villes, plusieurs sociétés se sont lancées dans la brèche de l'agriculture urbaine, en prenant d'assaut les plus vastes toitures de Bruxelles pour les planter de légumes, herbes aromatiques et petits arbres fruitiers en tout genre. Ainsi de Peas&Love, qui a surpris tout le monde dès 2015 en équipant de potagers urbains une superficie de plus de 600 m² sur les toits du magasin Caméléon, à Woluwe-Saint-Lambert. Trois ans plus tard, BIGH (Building Integrated Greenhouses) a vu plus grand encore en construisant une ferme aquaponique de 4 000 m² coiffant les toits de la halle alimentaire FoodMet, sur le site des anciens Abattoirs d'Anderlecht.
Le ton était donné. Et l'horeca bruxellois a embrayé, poussé dans le dos par la venue d'enseignes internationales et la tendance à succès des rooftops qui s'est imposée dans les villes les plus trendy du globe.
Le soutien des autorités bruxelloises
Face à cet engouement, les autorités régionales bruxelloises se sont à leur tour enthousiasmées, à commencer par l'ancien secrétaire d'État en charge de l'Urbanisme Pascal Smet (Vooruit). Fervent défenseur des rooftops, ce dernier a étudié la question du potentiel inutilisé des toits de la capitale entre autres points abordés dans son projet de réforme du Règlement régional d'urbanisme (RRU), baptisé Good Living. Où l'on peut notamment lire que les toitures plates de plus de 20 m² serviront de toitures vertes ou de terrasses, seront dévolues à l'agriculture urbaine ou à des panneaux solaires.
Ans Persoons (Vooruit), l'ancienne échevine bruxelloise qui vient de succéder à Pascal Smet, partage son intérêt. Selon son porte-parole, Alessio Papagni, l'activation des toits de la capitale participe à "aménager plus d'espaces publics à Bruxelles, à améliorer le bâti et la qualité de vie dans la Région." "Ce sont des espaces qui étaient sous-exploités, sous-utilisés, et qui méritent d'être redécouverts. Que ce soit pour des affectations sportives, de loisirs, d'horeca, de jardins collectifs ou encore d'agriculture urbaine…", poursuit-il en pointant le "retard" de la capitale en la matière. "L'internationalisation de Bruxelles, ville d'expats, capitale de l'Europe, a apporté une nouvelle perspective aux Bruxellois, et, avec la montée en puissance des rooftops, une manne de milliers de mètres carrés retrouvés. Pour profiter d'une vue plongeante, voire panoramique sur la ville mais aussi pour découvrir leur capitale sous un autre angle et se l'approprier d'autant plus."
Le porte-parole d'Ans Persoons insiste aussi sur la fraîcheur que procurent les toits des immeubles, surtout ceux de grande hauteur, alors que l'on se dirige vers des étés de plus en plus chauds. "Dès qu'il fait beau, tous les Bruxellois se sentent pousser des ailes, se précipitent dans les parcs et jardins, s'attablent en nombre aux terrasses. Les rooftops, exposés aux vents, complètent cette offre d'espaces publics prêts à les accueillir", assure Alessio Papagni, qui ajoute que la volonté de la nouvelle secrétaire d'État à l'Urbanisme est, conformément à celle de son prédécesseur, de promouvoir les rooftops dans les quartiers de bureaux comme le quartier Nord ou le quartier européen. Et ce, afin de leur rendre vie en dehors des horaires de travail, de les replacer sur la carte des lieux de détente prisés des Bruxellois et par-là même, de leur conférer une popularité nouvelle.

"Cela permet à des quartiers quelque peu délaissés, moins appréciés, comme le quartier Nord, de retrouver un second souffle et une fréquentation nouvelle." "Mais la secrétaire d'État est aussi très attentive à ne pas limiter les rooftops à une offre de restauration qui conditionne leur accès aux consommateurs, argue encore le porte-parole. Elle a également à cœur d'ouvrir les toits des édifices publics aux Bruxellois, à des fins culturelles tout autant que récréatives."
Une trentaine de rooftops bruxellois
Liste. Le cabinet de la secrétaire d'État bruxelloise en charge de l'Urbanisme Ans Persoons a listé une trentaine de rooftops à travers la capitale. En prenant soin d'en préciser les affectations : sport et loisirs (SL), divertissement et culture (DC), jardins accessibles (JA). Y sont repris l'Ancienne Belgique (DC, JA), le panorama de la Basilique de Koekelberg (SL), le Beurscafé du Beursschouwburg (DC), la ferme aquaponique Bigh (JA), la Blue Tower (DC, JA), la Bourse (DC), le Bowling Crosby (DC, SL), Bozar (DC), BruCity (SL, DC, JA), la Cathédrale (SL), le Cinquantenaire (SL), le Café COOP (SL, JA), l'hôtel Double Tree by Hilton (DC), la Tour Louise (SL), l'Hôtel de Ville (SL), le Perché Rooftop Bar du JAM Hotel (SL, DC), le Kanal (DC), l'Albert Summer Rooftop de la Bibliothèque royale Albertine (DC, JA), les cultures urbaines du L(ag)UM (JA), la Manufacture (SL), le Made in Louise (DC), la Tour Multi (SL), le NH Collection Brussels Centre (DC), OXY au Centre Monnaie (DC), la Porte de Halle (SL), The Eight au Bedford Hotel (DC), le Tope de la Tour Victoria) (DC), le Secret Rooftop du Warwick Hotel (DC), la Villa in the Sky de l'IT Tower (DC) et le ZIN (SL, JA). Mais il y en a bien d'autres encore.