Pourquoi châteaux, manoirs et grandes fermes sont un segment à part du marché du luxe : "Il y a une certaine discrétion"
Libre Immo | Le Dossier. La vie de château fait encore rêver mais est réservée à un public aisé qui en accepte les contraintes.
- Publié le 18-10-2023 à 15h16
- Mis à jour le 18-10-2023 à 14h30

Vivre dans un château du XVIIIe ou XIXe siècle au cœur d'un domaine de plusieurs dizaines d'hectares, ce n'est pas donné à tout le monde. D'abord parce qu'il faut les moyens de se l'offrir et, surtout, parce qu'il faut accepter toutes les contraintes qui vont de pair. "Dans ce secteur de niche, ma définition du luxe est très différente de l'ostentatoire. Le luxe est, selon moi, un mode de vie discret, la capacité de faire la même chose que tout le monde, mais pas au même moment et pas au même endroit. Je veux dire par là qu'on peut considérer que le luxe des villas modernes de la Côte d'Azur ou de Knokke-le-Zoute n'a rien à voir avec le luxe d'un château ou d'un manoir. Ni dans l'architecture, ni dans la vie qu'on y mène", confie François Amory, gérant de la société Country Estates, spécialisée dans le segment des grandes propriétés et demeures.
Jean Houtart, administrateur délégué du réseau d'agence Les Viviers, va dans le même sens. "Ce marché bien particulier s'adresse à une clientèle de passionnés. On n'est pas du tout sur le même profil que quelqu'un qui recherche un confort très haut de gamme avec des techniques modernes. Il faut savoir que la majorité des châteaux et des grosses demeures situés en Belgique ne sont pas encore restaurés. Ces biens sont souvent dans leur jus, comme on dit."
La question est alors : qui sont ces châtelains ? "Contrairement à ce que l'on s'imagine, c'est un peu spartiate de vivre dans un château. Il ne faut pas espérer y avoir 23 degrés toute l'année et profiter de toutes les pièces en même temps, ou alors cela vous coûtera horriblement cher, sourit Jean Houtart. Pour caricaturer, on parle évidemment de personnes qui ont des moyens mais qui vivent de manière simple en favorisant l'amour du patrimoine au détriment du confort."
Tout en discrétion
Dans un contexte de crise énergétique et de hausse des prix des matériaux, le moment n'est pas propice aux grands projets de rénovation. Pourtant, le marché est stable. "Ce marché se porte relativement bien, poursuit le patron des Viviers. Il y a une certaine rareté de ce type de biens. Sachant qu'il faut nuancer château et château. Il y a le manoir avec un ou deux hectares de terrain et la grosse propriété avec plusieurs centaines d'hectares autour. Le public d'amateurs n'est pas exactement le même."
François Amory évoque, quant à lui, un marché de niche où la hausse des taux d'intérêt ne semble pas avoir d'impact direct sur les ventes. "Quand on parle de très grosses propriétés, les clients n'ont pas nécessairement besoin d'avoir recours à un prêt hypothécaire. Aujourd'hui, les acheteurs ont plutôt tendance à utiliser leur fortune personnelle pour éviter la hausse des taux, indique-t-il. Il faut dire aussi qu'on est dans un segment très discret du luxe. On vend de l'espace, du calme, du silence plutôt que des salles de bains avec des robinets en or. Les prix restent également assez stables, du moins pour les propriétés avec de grandes surfaces car le prix des terres et des forêts ne varie pas beaucoup et certainement pas à la baisse. Ce qui commence à être dur à vendre, ce sont des biens sans grande surface et en mauvais état qui souffrent de cette crise économique."
On peut aussi parler d'un certain "entre-soi" à propos des vendeurs comme des acheteurs. "Toute une série de biens ne sera jamais mise sur le marché, prévient Jean Houtart. Il y a une certaine discrétion par rapport à ces transactions et les vendeurs tentent avant tout de conserver le bien dans la famille, quitte à contacter un cousin éloigné."
Au niveau géographique, le Brabant wallon ou le Condroz sont des régions prisées. "Ce qui va surtout compter, c'est le calme. Une belle demeure avec une grande route juste devant et le train qui passe au fond du jardin, c'est très compliqué à vendre, ajoute Jean Houtart. Il faut savoir aussi que le Hainaut est la province qui compte le plus de petits châteaux et manoirs. Cela remonte au XIXe siècle et à la révolution industrielle, quand des capitaines d'entreprises faisaient construire leur demeure à quelques kilomètres des mines."
Vers de nouvelles affectations
Enfin, une nouvelle tendance émerge pour ce type de biens : leur réaffectation en maisons d'hôtes, en hôtels ou encore en restaurants de luxe. "Cela se développe notamment dans le Hainaut où cette pratique rencontre un regain d'intérêt, confirme François Amory. Nous avons vendu récemment plusieurs châteaux avec des projets d'affectation autres que celle de l'habitation familiale. C'est une tendance qui se dégage, et la volonté est souvent la recherche de rentabilité à donner au bâti. Je rappelle que l'entretien d'un château coûte très cher.
