Le challenge des propriétaires d'une forêt, c'est de vendre leurs bois
Libre Immo | Le Dossier. C'est d'ailleurs le constat qui a donné naissance à la Socofor en 1976, qui organise trois grandes ventes par an.

- Publié le 08-02-2024 à 15h40

Les propriétaires d'une forêt ont deux grands défis devant eux : gérer leur patrimoine forestier et… vendre leurs bois une fois coupés. "C'est à peu de chose près ce raisonnement, ajouté au désarroi de nombreux propriétaires, qui a conduit un groupe de 25 à 30 d'entre eux à fonder la coopérative Socofor en 1976", raconte Marc de Ghellinck Vaernewyck, son administrateur délégué, ex-banquier et passionné de bois et de forêts. "Ils ont voulu se fédérer pour mieux valoriser la vente de leurs bois. En toute transparence et, surtout, en faisant appel à plusieurs acheteurs et en les mettant en concurrence."
Leur catalogue de ventes est aujourd'hui envoyé à plus de 300 acteurs de la filière, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en France et en Allemagne. "Des pays limitrophes car la matière est volumineuse et les coûts de transport peuvent être importants", détaille Charles le Hardÿ de Beaulieu, président de Socofor, également propriétaire de bois, "né dedans." Ce qui ne veut pas dire que les bois passés par la coopérative ne se retrouvent pas en Chine, au Vietnam ou encore au Maghreb mais ce n'est pas elle qui s'occupe des exportations.
La philosophie de Socofor c'est d'assister les propriétaires dans le cadre d'une vente qui leur coûte le moins possible.
Coopérative sans but lucratif
En pratique, la coopérative organise trois grandes ventes par an, en septembre, décembre et mars. Plus quelques petites à la demande, souvent pour cause d'urgence sanitaire.
Elle s'octroie, bien entendu, une commission. "Mais on est une coopérative, insiste Charles le Hardÿ de Beaulieu. L'objectif n'est donc pas de faire de la rentabilité. Les commissions servent à payer les frais fixes, pas à nous enrichir. Nous n'avons pas vraiment de but lucratif. La philosophie de Socofor c'est d'assister les propriétaires dans le cadre d'une vente qui leur coûte le moins possible. On est d'ailleurs les moins chers du marché."
"On vient en soutien, en support, car la vente de bois est un acte délicat, renchérit Marc de Ghellinck Vaernewyck. On organise les ventes en y conviant les acheteurs potentiels, on les encadre en établissant les conditions, on s'occupe de leur bon déroulement et du suivi des paiements…" À noter qu'il ne s'agit pas de ventes aux enchères mais d'appels à soumissions sous enveloppes cachetées.
Preuve de l'utilité de ce genre d'intermédiaire, Socofor rassemble entre 350 et 400 coopérateurs. "Un chiffre qui fluctue en permanence au gré des successions, reventes, départs à l'étranger…, précise encore son administrateur délégué mais qui est plutôt sur une tendance haussière du fait d'un intérêt accru pour les forêts, devenues une véritable forme de diversification patrimoniale, dans le chef de particuliers mais aussi d'investisseurs et groupes financiers."
Actuellement, le nombre de coopérateurs dépasse les 360, représentant, ensemble, plus de 36 000 hectares de surface forestière, dont 5 000 à 6 000 rentrés depuis 2008. "Certains ont moins de dix hectares, quand bien même est-ce une limite que nous ne franchissons qu'exceptionnellement sachant que, généralement, ils s'affilient pour une seule vente, ajoute son président. La majorité en a plus de cinquante, certains en alignent des centaines."
Un marché aujourd'hui porteur
Quant au marché de la vente, il fluctue tout autant et en permanence, "car il est désormais devenu mondial, confirme Charles le Hardÿ de Beaulieu. Cela peut changer en quelques mois au gré des événements naturels (sécheresses, tempêtes, maladies) et économiques (forte demande de l'Asie qui tire les prix vers le haut), mais aussi de l'évolution des goûts en matière d'essences. Ainsi en est-il du chêne, décrié par le passé et qui est à nouveau apprécié, parvenant à récupérer ses prix d'il y a quarante ans." "Ou du peuplier, relève Marc de Ghellinck Vaernewyck, qui est resté longtemps dans une gamme de prix raisonnable et dont les montants s'envolent depuis trois, quatre ans pour cause de rareté."
Quatre experts forestiers
Si la tâche première de la coopérative est de valoriser les bois coupés, elle se charge aussi du travail de gestion en amont. "Où l'on repère le rôle et l'importance cruciale de nos quatre experts forestiers qui gèrent directement les propriétés qui nous sont confiées dans le cadre d'une gestion dynamique de leurs forêts, pointe l'administrateur délégué de Socofor. Dont le travail n'est pas cantonné aux coupes de bois mais est bien plus global, englobant plantations (parfois en regroupant les achats de plants et de fournitures de ses coopérateurs) et suivi de l'exploitation (dégagements, dépressage, taille de formation, élagage, etc.)." "Une gestion qui s'avère plus utile encore en ces périodes de réchauffement climatique et d'accumulation de réglementations européennes et régionales tatillonnes, conclut son président. En 1976, nos fondateurs dormaient, en quelque sorte, sur leur capital bois. Alors que les coopérateurs actuels doivent anticiper, la forêt étant bien plus fragilisée qu'il y a cinquante ans."
