Le secteur immobilier se met doucement à l'intelligence artificielle
Libre Immo | Deux bonnes raisons de miser sur l'intelligence artificielle : gagner du temps et de l'argent.
- Publié le 24-03-2024 à 08h52

À l'occasion du Mipim, plusieurs entreprises présentes dans l'espace dédié aux innovations technologiques au sein du Palais des Festivals cannois ont mis en avant leur travail dans l'intelligence artificielle.
"C'est très important d'avoir de l'intelligence artificielle si on veut être compétitif. C'est crucial. Parce qu'on peut gagner tellement de temps", avance Morten Paarup, directeur technique de la société danoise Propbinder. Depuis quelques mois, cette entreprise propose à ses clients, principalement des administrateurs de biens, d'utiliser l'intelligence artificielle pour orienter automatiquement une demande vers la bonne personne, chercher une information dans un contrat de location, renseigner les caractéristiques d'un bien… "C'est un domaine dans lequel on améliore le temps passé à communiquer avec les clients", souligne-t-il.
Pour les grandes sociétés foncières résidentielles, plus courantes en Amérique du Nord qu'en Europe, les utilisations possibles sont plus larges, explique Salim Faroukh, directeur de l'entreprise américaine Domain 6 qui travaille avec Microsoft. L'intelligence artificielle peut, par exemple, analyser une masse de données publiques, entre autres via les réseaux sociaux, pour estimer la demande dans un quartier donné et permettre aux propriétaires d'ajuster leurs loyers et de coller aux prix du marché.
Les bureaux en tête…
Mais, reconnaît d'emblée Philippe Boyer, directeur de l'innovation de la foncière française Covivio, "le train immobilier ne va pas forcément aussi vite qu'on peut le voir dans d'autres secteurs."
Les foncières de bureaux, plus professionnalisées, s'y sont mises depuis quelques années, pour automatiser la gestion des paramètres énergétiques de leurs bâtiments, précise-t-il. "Par exemple, connaître le taux d'occupation moyen d'un espace dans un immeuble de bureaux, ça sert à anticiper le fait que ces salles de réunion vont devoir être chauffées, éclairées, nécessiter un certain nombre de services, en lien avec les données collectées par le passé", détaille-t-il.
Sans doute qu'à l'avenir, les architectes demanderont à la machine de générer des images à partir de prompts. […] Tiens, produis-moi un immeuble de bureaux dans telle zone, je voudrais 50 % de végétalisation…"
Le groupe Schneider Electric propose ainsi, depuis un an, des dispositifs de gestion technique du bâtiment intégrant l'intelligence artificielle. "Ça amène plus de finesse et d'automatisation", note Nathalie Champeaux, directrice marketing Bâtiments Intelligents chez Schneider Electric France. Par exemple, le pilotage du chauffage pourra être connecté aux prévisions météo et adapter la température en conséquence, plutôt que de se cantonner à une température de consigne et à des horaires prédéfinis. L'intelligence artificielle permet aussi de détecter plus tôt un déclin de performance d'un équipement (installation photovoltaïque, ventilation…) et d'adapter la maintenance.
… puis le résidentiel
Dans l'immobilier résidentiel, l'intelligence artificielle commence cependant à se faire une place, notamment pour traiter un volume de données qui peut rapidement devenir gigantesque.
Elle permet ainsi aux agences immobilières d'affiner les estimations de prix d'un bien rentré en portefeuille en fonction de paramètres beaucoup plus nombreux qu'à la main, explique Loeiz Bourdic, un dirigeant de la start-up suisse PriceHubble qui travaille avec de nombreux poids lourds du secteur. "Le machine learning permet d'estimer beaucoup plus finement et de comprendre plus finement l'impact de chaque paramètre", poursuit-il. Par exemple, de combien la valeur d'un bien va-t-elle augmenter s'il comprend un balcon, une exposition sud, etc.
L'étape suivante est celle consistant à faire lire par la machine des images ou des documents. L'intelligence artificielle générative peut permettre d'extraire des données exploitables à partir de photos, ou d'un document scanné, souligne encore Loeiz Bourdic. "On a encore besoin d'une littérature assez abondante quand il s'agit d'acheter ou céder des immeubles, de signer des baux, d'analyser des PLU [plans locaux d'urbanisme, NdlR], reprend Philippe Boyer. Et tout ça, la machine s'en occupe, sans aucune marge d'erreur, mille fois, dix mille fois plus vite que des humains."
"Sans doute qu'à l'avenir, les architectes demanderont à la machine de générer des images à partir de prompts", assure le directeur de l'innovation de Covivio, imaginant comment pourront être passées les commandes : "Tiens, produis-moi un immeuble de bureaux dans telle zone, je voudrais 50 % de végétalisation…"

