Permis d'urbanisme à Bruxelles: "Avant de vous installer dans votre bien, il se sera écoulé en moyenne sept ans "
Francis Metzger est président du Conseil francophone et germanophone de l'Ordre des architectes (Bureau MA2). S'il était au pouvoir, sa première mesure serait "de réformer les procédures de permis d'urbanisme à Bruxelles en vue d'en réduire drastiquement la durée".
- Publié le 17-05-2024 à 06h34

S'il avait le pouvoir, l'architecte Francis Metzger s'attaquerait aux causes qui affectent la qualité des projets architecturaux. "Les causes de cette médiocrité sont à rechercher dans la complexité bureaucratique qui tue dans l'œuf l'audace de tout investisseur, promoteur ou simple particulier qui souhaite bâtir son bien ou le rénover."
Quand, à Amsterdam ou à Munich, l'obtention d'un permis d'urbanisme prend quatre mois, "à Bruxelles, il s'écoule au minimum un an et demi au terme duquel vous n'êtes encore nulle part. Avant de vous installer dans votre bien, il se sera écoulé en moyenne sept ans ! Pour un particulier, c'est infernal. Du coup, pour éviter les recours, on remet des projets fades, sans audace".
Francis Metzger parle d'effet de balancier : "Après les années 60-70 de bruxellisation est venu le temps de la crainte de mal faire, avec des règles contraignantes s'accumulant sans cesse. La complexité administrative est telle que l'avis des juristes est indispensable. Horta, lui, remettait sa demande - quelques feuillets très sommaires - et une petite administration lui rendait son avis en quelques semaines."
Francis Metzger souhaite une réforme du Cobat (Code bruxellois de l'aménagement du territoire) et du RRU (Règlement régional d'urbanisme) à Bruxelles. "Attention, je parle bien d'une mise à plat des textes, pas d'une couche de lasagne supplémentaire. Il s'agit de remettre l'architecte au cœur du processus. Demandez aux gens de citer cinq architectes, les noms d'Horta, Hankar, Hoffman, Polak, voire Blondel sortiront, aucun actuel."
Pour Metzger, l'architecture est le seul art qui s'impose à chacun dans l'espace public. "Pour refaire de l'architecture un art, je plaide pour que la commission de concertation ait lieu au début du processus : architecte et promoteur viennent avec une déclaration de projet traçant les lignes directrices - 'le parti architectural'. Tout le monde est autour de la table - riverains, communes, monuments et sites… - et si accord il y a, l'administration s'engage à délivrer le permis d'urbanisme dans un délai raisonnable, les architectes complétant le dossier dans le sens de la déclaration de projet. Chacun sait ainsi dans quelle pièce il joue. Si, par contre, tout le monde s'accorde pour dire qu'un projet est nul, il est enterré ou à retravailler, et personne n'aura perdu des mois de travail. En matière de délais, Bruxelles est l'un des derniers de la classe - j'avoue que je n'ai pas encore trouvé pire mais ça doit exister."

