"Sur un chantier comme au sein d'une start-up, les décisions doivent être prises vite"
Libre Immo | Le dossier. Le groupe Besix a une nouvelle mission depuis 2023 : investir dans l'avenir en s'entourant de start-up.
- Publié le 02-06-2024 à 17h00

À ses métiers traditionnels que sont la construction, la promotion immobilière et les concessions, le groupe Besix a ajouté, en 2023, une nouvelle initiative ayant pour mission d'explorer de nouvelles voies en réponse aux défis et opportunités que présente le monde actuel en pleine mutation : Besix Technology.
Besix a ainsi pris des participations dans sept start-up au cours des dernières années : Neanex, Litobox, BuildUp, Conneqtr, Circl, SquareSense et Aug·e. Elles sont actives dans la gestion d'actifs bâtis, la construction hors site, la numérisation, l'efficacité énergétique, la circularité et la durabilité. En renforçant son soutien à ces start-up, le groupe leur fournit des conseils stratégiques et opérationnels pour maximiser leur potentiel et s'assurer qu'elles s'alignent sur son orientation stratégique.
À la tête de Besix Technology, on trouve Thomas Vandenbergh, docteur en sciences de l'ingénierie, entré dans la société voici quatorze ans : "Cette volonté de diversification dans la PropTech s'appuie sur notre parcours d'innovation qui a commencé par le programme d'intrapreneuriat Unleash en 2016. Jusqu'à 2500 employés ont ainsi réfléchi l'innovation au sein de Besix, ce qui impliquait un changement de la culture d'entreprise et d'état d'esprit. Puis, fin 2017 et en 2018, on a ouvert notre réflexion vers l'extérieur et nous avons sélectionné cinq start-up avec lesquelles nous travaillions six mois, renouvelant l'expérience chaque fois, ce qui nous a permis d'en approcher finalement quinze, avant que le Covid ne mette fin à ce processus."
"On a créé ce portefeuille de sept start-up actuel avec l'idée de l'élargir à quinze à l'horizon 2027"
Le Covid a été mis à profit
Mais l'expérience déjà acquise a inspiré des directeurs de département qui ont mis la période de confinement à profit pour réfléchir à comment faire appel aux start-up, comme chez Besix Red, par exemple. "Et c'est ainsi qu'on a créé ce portefeuille de sept start-up actuel avec l'idée de l'élargir à quinze à l'horizon 2027 avec un objectif de diversification. Cela fera du Corporate Venturing le quatrième pilier de Besix Group."
Dans ses choix de travailler avec telle ou telle start-up, Besix joue sur l'aspect géographique. "Une start-up PropTech sur trois dans le monde est située à moins de trois heures d'avion de Bruxelles; ce qui correspond à l'image de Besix, groupe international avec un fort ancrage belge. Le deuxième focus est lui technologique, avec la blockchain et l'intelligence artificielle."
Pour Thomas Vandenbergh, Besix Group s'appuie principalement sur deux des piliers de la PropTech. "Le premier, l'économie de partage, dont AirBnB est un exemple, concerne peu l'industrie de la construction. En revanche, le deuxième, le smart-building, est en plein dans notre core-business avec tout ce qui concerne la sécurité des bâtiments, l'accessibilité, le confort, l'empreinte carbone… À ce titre Aug·e s'est développée autour de la consommation d'énergie. Non pas pour moins consommer mais consommer à moindre coût grâce à un algorithme qui permet de savoir à quelle heure le prix de l'électricité est meilleur marché et ainsi attendre ce moment de la journée pour recharger sa voiture électrique. Nous avons mis cette technologie en place pour notre siège de Besix Nederlands et nos bâtiments situés à Schelle. Le smartbuilding est donc l'ensemble des moyens qui permettent de rendre le bâtiment intelligent."
Le troisième pilier de la PropTech est lui aussi important pour Besix. Thomas Vandenbergh poursuit : "Il s'agit de la ConTech : conception et construction d'un ouvrage, grâce à des logiciels de simulation. Ici, une start-up comme BuildUp, située à Aarschot, est un bon exemple de ce que nous pouvons développer ensemble. Son produit, un acier léger, est idéal pour remplacer le béton de la maçonnerie. Jusqu'à présent, le bois était surtout utilisé dans ce cadre mais, avec cet acier, on a une matière bien plus légère que le bois, ce qui se révèle très intéressant lorsqu'il s'agit de réhausser un bâtiment, par exemple."
Le quatrième pilier de la PropTech est la FinTech, le financement du projet immobilier et son optimisation, avec l'utilisation de la blockchain. "Cela permet de diversifier son portefeuille en investissant un peu dans de nombreux projets plutôt qu'investir beaucoup dans un seul. Pour Besix, ce n'est pas à l'ordre du jour, poursuit Thomas Vandenbergh. Clairement, ConTech et Smart-building sont les deux piliers sur lesquels nous misons quant à la valeur ajoutée apportée par les start-up."
Trouver le bon alignement des planètes
Besix Technology travaille donc en étroite collaboration avec les start-up qui évoluent dans ces deux écosystèmes. "Je reprends l'exemple de BuildUp. À la base, cette start-up vise clairement le petit résidentiel, secteur qui n'est pas celui de Besix. Ses clients ne sont pour le moment pas les nôtres. Il faut parfois aller convaincre le client du client. Et pour beaucoup, l'aspect durabilité est un plus mais pas encore un élément primordial, comme le sont le prix, les délais et la qualité. Mais viendra le moment où Besix et BuildUp seront parfaitement alignés."
Concrètement, Besix Technology intervient au niveau du troisième stade d'évolution d'une start-up, explique Thomas Vandenbergh. "L'histoire d'une start-up est toujours la même : un individu ou un tout petit groupe a une idée qu'il fait maturer, puis vient le stade du développement, avec un projet pilote. Suit le 'problem-solution fit'au moment de la commercialisation. La technologie existe mais il faut aider la start-up à se faire connaître, à se créer un réseau à l'international. Il faut la structurer, la soutenir d'un point de vue juridique ou comptable… La start-up, à la recherche de personnel, trouvera parfois la perle rare chez Besix, en la personne d'un directeur opérationnel, par exemple, qui appréciera sa souplesse . Sur un chantier comme au sein d'une start-up, les décisions doivent être prises rapidement, et il faut parfois réagir vite quand des changements s'opèrent."
Les collaborations et investissements au sein des start-up que Besix entreprend laissent à ces jeunes pousses une entière indépendance. "Besix est toujours minoritaire et ne souhaite pas d'acquisition complète à terme. Nous trouvons, au contraire, important que la start-up que nous soutenons puisse grandir sainement en diversifiant ses collaborations. Besix ne pourra qu'en retirer des dividendes dans le futur."

