Evolutions des prix de l'immobilier en 30 ans: le Namurois à la traîne sauf... trois communes
Série d'été | D'entre toutes, la province de Namur est celle qui affiche le plus petit boom de prix depuis 1987. En moyenne !

- Publié le 02-08-2024 à 09h26
- Mis à jour le 02-08-2024 à 09h27

Une génération en immobilier, la belle affaire (6/6) |
En trente ans, le prix médian d'une maison d'habitation a augmenté en province de Namur de 455 %. C'est la plus faible augmentation provinciale à l'échelle du pays. Il est vrai, à un point près du Hainaut qui affiche une hausse de son prix moyen de 456 %. Il n'empêche.
Ce qui ne veut pas dire qu'aucune commune du Namurois ne sort du lot. Étonnamment, c'est Onhaye qui campe au sommet du top 10 des plus fortes progressions des prix entre 1987 et 2017. Serait-ce dû à la réputation touristique de la vallée de la Molignée et des abords de Maredsous prisée par les Desclée et consorts ? Pour le notaire David Remy, qui analyse les classements proposés par Statbel, l'office belge de statistiques, cette multiplication des prix par près de dix tient à Onhaye d'avantage à la qualité de l'offre bâtie. "Il y a trente ans, le marché était de moins bonne qualité, dit-il, avec des maisons moins grandes à rénover, mais surtout des chalets, habitations de vacances et autres caravanes résidentielles qui se vendaient, à l'époque, à moins de 10 000 euros. D'où ce grand écart de prix sachant qu'entre-temps la commune a manifesté son intention de fermer les campings, ce qui n'est pas le cas de sa voisine Hastière, par exemple." "Ajouté au fait qu'Onhaye n'est pas loin de Dinant, Florennes ou encore Mettet", poursuit-il, non sans reconnaître que des Bruxellois s'y intéressent beaucoup depuis quelques années : le site est joli, vallonné et accessible en moins d'une heure et demie.

Sombreffe devenue… brabançonne
À la deuxième place du top 10, avec une hausse de 707 % sur trente ans, on trouve Sombreffe. Qui titille davantage l'intérêt immobilier de Me Remy. Et pas seulement parce que cette commune, à la limite entre les provinces de Namur, du Hainaut et du Brabant wallon, est plus proche de son étude inscrite à Fernelmont. "Dans les années 70 et 80, Sombreffe, c'était le haut de la Basse-Sambre, détaille-t-il. Aujourd'hui, c'est devenu… le sud du Brabant wallon, à proximité de pôles qui n'existaient pas dans les années 80 et qui sont aujourd'hui privilégiés tels que Marbais, Cortil, Chastre, Ottignies-LLN… Mais ce n'est pas le seul attrait. Il y a aussi sa proximité avec Gembloux, le zoning des Isnes et la E42."
Le marché immobilier du Namurois est accessible. On peut y trouver des maisons correctes pour 150 000 euros."
Quant à Ohey, sur la 3e marche du podium, le notaire y voit l'impact d'un environnement rural et d'une bonne accessibilité en voiture comme en transports en commun, vu sa localisation à l'intersection entre Huy et Ciney, Andenne et Havelange. "Avant, il n'y avait rien à Ohey, se souvient-il. Une rase campagne et quelques fermes. Au fil du temps, elle a profité de l'attractivité de Gesves sans aligner les prix de Gesves. Aujourd'hui, elle fourmille de lotissements et beaucoup de jeunes hutois s'y intéressent." En termes de prix médian, Ohey est d'ailleurs plus chère que Gesves.
Globalement, et exception faite d'Onhaye, Houyet et Bièvre, les communes du top 10 sont plutôt éparpillées dans la partie nord de la province. "Proche de Bruxelles et du Brabant wallon, souligne Me Remy. Mais, par rapport à d'autres provinces ou d'autres villes, ce sont des majorations raisonnables et raisonnées. Je dirais même contenue, ténue. Le marché immobilier du Namurois est accessible. On peut y trouver des maisons correctes pour 150 000 euros. Les différences tiennent aux axes de circulation (E411, E42, Nationale 4, Route Charlemagne…) et aux gares et leurs parkings (Gembloux…), devenus essentiels pour accéder au travail, aux commerces, aux écoles, aux universités…"
Des Lacs de l'Eau d'Heure sans impact
À l'opposé, toutes les communes du "flop 5" des moindres augmentations entre 1987 et 2017 (entre +350 et +400 %) sont situées dans le sud, voire l'extrême sud de la province et toutes cinq arborent des couleurs touristiques : Cerfontaine, Hastière, Vresse-sur-Semois, Couvin et Viroinval. Étonnamment, la présence des lacs de l'Eau d'Heure sur la commune de Cerfontaine, n'a pas eu d'impact sur la progression des prix. "Ce sont des régions plus excentrées, moins accessibles, confirme le notaire. Et dont l'offre immobilière est souvent de moindre qualité (caravanes résidentielles…), tirant les prix médians vers le bas."
"La tache d'huile du marché bruxellois ne s'arrête pas"
Tout autre top 10. Quand bien même la méthode utilisée par Statbel dans le relevé des prix de vente des logements a-t-elle changé en 2010 (en n'intégrant plus les acquisitions neuves), il y a habituellement une certaine continuité entre les deux périodes analysées dans le cadre de cette série. Sauf… en province de Namur. Dans les classements des 10 plus fortes progressions sur les périodes 1987-2017, d'une part, 2010-2017 d'autre part, on ne retrouve que trois communes : La Bruyère (+61 %), Bièvre (+59 %), Onhaye (+56 %). Toutes les autres sont de nouvelles entrantes – Doische, Somme-Leuze, Gedinne, Mettet -, dont trois – Viroinval, Vresse-sur-Semois et Cerfontaine – sont même des exemples de rattrapage puisqu'elles faisaient partie, sur la période 1987-2017, des moins fortes progressions. "Il n'y a pas, à cet état de fait, une seule explication, indique le notaire David Remy. On peut aussi bien y voir une formule de rattrapage, qu'un exode urbain post-Covid incitant les candidats acquéreurs à se recentrer sur un habitat avec jardin."
Post-Covid. C'est que l'analyse doit se contenter du prix médian en 2010 et du prix médian en 2023. "Impossible, par exemple, de savoir si l'attrait pour les jardins est un signal fort ou un entracte ; je constate en tout cas qu'ils sont moins plébiscités aujourd'hui qu'en 2021 et 2022. Et tout aussi impossible de vérifier s'il y a déjà ou non un impact de mauvais PEB. Sur le terrain en tous les cas, c'est visible depuis deux ans : le prix des vieilles maisons, inadéquates sur le plan énergétique, stagne voire recule."
Nord-Sud. Dans le tableau reprenant les moindres hausses entre 2010 et 2023, on retrouve Dinant (+15 %), Hastière, Havelange, Profondeville et Rochefort (+24 %). Pas de quoi en tirer une tendance. Mais peut-être noter que ce "flop 5" n'aligne aucune commune du nord de la province. "La tache d'huile du marché bruxellois et, par extension, du marché brabançon, continue à s'étendre. Malgré ce que certains avaient pourtant prédit, elle ne s'arrête pas."
Série d'été : une génération en immobilier, la belle affaire
En une génération, les valeurs immobilières d'une commune peuvent avoir fameusement évolué par rapport à celles d'une voisine ou d'une consœur. C'est assurément ce que démontrent les chiffres de Statbel, l'office belge de statistiques, avec des progressions d'une commune à l'autre qui peuvent être deux à trois fois plus importantes dans une même province, et jusqu'à cinq fois dans des provinces différentes. Ainsi, entre 1987 et 2017, les valeurs médianes d'une maison d'habitation ont été multipliées par 2,5 à Eupen ou Malmedy, mais par plus de 12 à Ixelles !
- Samedi : Bruxelles-Capitale
- Lundi : le Brabant wallon
- Mardi : la province de Liège
- Mercredi : la province du Luxembourg
- Jeudi : la province du Hainaut
- Vendredi : la province de Namur