"Nos habitants ne vont pas nécessairement vivre plus longtemps mais ils vivront plus longtemps bien"
Libre Immo | Le dossier. Une étude d'Abbeyfield et de la VUB révèle l'impact positif de l'habitat participatif.

- Publié le 11-10-2024 à 10h02

Nous savions que le mode de vie attractif que nous proposons avait un impact positif sur le bien-être de nos habitants mais nous n'avions pas de chiffres pour l'affirmer. Et bien, c'est chose faite", indique Charlotte Hanssens, administratrice d'Abbeyfield Belgium qui évoque l'enquête réalisée en collaboration avec le groupe de recherche Society&Ageing Research Lab de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) sur le bien-être des habitants des maisons Abbeyfield. Quelque 62 habitants de 9 maisons ont participé à cette enquête qui s'est déroulée en avril 2024 et dont les résultats viennent de sortir.
Qu'est donc ce "mode de vie attractif", évoquée par Charlotte Hanssens ? Les maisons Abbeyfield sont des habitats groupés pour personnes âgées de plus de 55 ans qui sont entièrement gérées par leurs occupants. "Nous sommes là pour les aider quand ils font face à un problème qu'ils ne parviennent pas à résoudre seuls mais il n'y a pas de gestionnaire Abbeyfield au sein des maisons", explique Charlotte Hanssens.
Créé en 1956 par un Anglais préoccupé par la solitude et l'isolement des personnes âgées, Abbeyfield regroupe actuellement 450 maisons dans 6 pays, dont 12 en Belgique (5 en Wallonie, 4 en Flandre et 3 à Bruxelles). Chaque maison compte en général 9 appartements de 50 à 60 m² (avec une chambre, une salle de bains, un living et un coin cuisine) et des espaces communs (grande cuisine, salle à manger, salon, buanderie et chambre d'amis). Les habitants sont membres d'une ASBL dont ils participent aux frais ce qui leur donne droit à un logement.
Il n'est pas question ici de maison de repos ou de résidences services. Certains habitants travaillent encore ou sont de jeunes pensionnés. Tous ont encore des activités et souvent un engagement social important (bénévolat, sport…). "Nos habitants ne vont pas nécessairement vivre plus longtemps mais ils vivront plus longtemps bien. Les chiffres le confirment."
"Notre volonté est de continuer à grandir car on voit bien qu'il y a une demande pour partager un lieu de vie"
Une communauté solidaire et participative
L'étude montre que ce qui incite les gens à choisir une maison Abbeyfield, c'est tout d'abord l'interaction sociale et le sentiment communautaire (pour 89,5 % des répondants) et la possibilité de vivre dans une communauté de logement plus solidaire et participative (84 %). Quelque 95 % participent au conseil des habitants et 92 % prennent les repas en commun. "Ils trouvent des solutions en groupe et s'entraident. Chacun participe selon ses talents. Ils conservent leur autonomie ce qui permet d'anticiper les problèmes cognitifs ou physiques." La recherche confirme la valeur ajoutée positive sur le bien-être social. Ainsi, 39 % déclarent que ce bien-être a augmenté et 37 % qu'il est resté stable. Pour 29 %, le bien-être mental a augmenté et pour 48 %, il est resté stable. En ce qui concerne la santé physique, ces chiffres sont respectivement de 26 et 56 %. "C'est beaucoup quand on sait que dans cette population, le bien-être a tendance à diminuer", note Charlotte Hanssens. Les habitants indiquent également que, depuis leur emménagement dans une maison Abbeyfield, leur sens de la vie (52,5 %), leur joie de vivre quotidienne (58 %) et leurs choix écologiques (85 %) se sont améliorés.
"Notre volonté est de continuer à grandir car on voit bien qu'il y a une demande pour partager un lieu de vie", indique Charlotte Hanssens qui fait le parallèle avec les colocations pour jeunes. "Les gens vont aussi vivre plus longtemps. Quand ils sont bien, cela coûte moins cher à la société", souligne encore l'administratrice d'Abbeyfield qui souhaite sensibiliser d'autres acteurs (décideurs politiques, investisseurs…) et à agir pour le développement des formes de logement participatif. "Nous désirons proposer des logements abordables mais ne bénéficions d'aucun avantage contrairement à d'autres formes de logements pour seniors (taux de TVA réduit, exemption du précompte, etc.)."
Abbeyfield n'est pas propriétaire de ses maisons qui appartiennent à des tiers (privés, fondations, CPAS…). "En Flandre, nous avons lancé une coopérative d'investissement qui cherche à acquérir des biens. Nous avons réalisé une première expérience à Malines. Être propriétaires nous permettrait de décider plus facilement où on s'investit."
