Le camion électrique peine à faire sa place sur le marché: "Il n'y a pas de budget pour de nouvelles aides financières"
Les ventes doublent d'année en année, mais restent modestes par rapport au diesel. La Belgique est à la traîne, faute de moyens.

- Publié le 30-04-2024 à 09h07

L'arrivée des camions électriques sur nos routes a un air de déjà-vu. Les progressions des ventes sont en soi spectaculaires, avec un doublement des ventes tous les douze mois. Leur nombre a même été multiplié par six en cinq ans. En chiffres absolus, toutefois, les camions électriques ne font toujours pas le poids, loin de là, face aux versions diesel : ils ont représenté 1,5 % des immatriculations l'an dernier en Europe, contre une part de marché de 95,7 % pour la version thermique. Et ils ne représentent toujours que 0,1 % des 6,4 millions de véhicules circulant dans l'Union européenne.
Le parallèle avec les premiers balbutiements des voitures électriques venant se frotter aux moteurs essence et diesel ne s'arrête pas là : le prix, l'infrastructure de recharge et bien entendu l'autonomie sont autant de facteurs qui freinent l'engouement des entreprises et autres sociétés pour ces camions sans émission de CO2.
Attention aux amendes
Et pourtant, là aussi, l'électrification du parc de camions est une obligation dictée par la Commission européenne : les émissions des camions vendus à partir de 2030 devront être abaissées d'au moins 45 % par rapport à 2019, puis de 65 % en 2035 et de 90 % en 2040. Les camions sont souvent pointés du doigt pour représenter une forte proportion des émissions totales du transport routier.
"Nous avons l'obligation d'électrifier notre offre. Si nous ne le faisons pas, nous aurons des amendes", note Nico De Wilde, Manager E-mobility chez Renault Trucks Belux. Plus un constructeur mettra des véhicules électriques sur les routes, plus cette baisse impactera ses ventes globales.
Reste à les vendre. Volvo Trucks a en tout et pour tout écoulé 1 977 unités à l'international en 2023, contre 1 636 véhicules électriques toutes gammes confondues pour Renault Trucks (qui fait partie du groupe Volvo Trucks). Ces deux marques, qui ont entamé l'électrification de leur gamme bien avant leurs concurrents, ont actuellement 80 % des parts de marché en Europe. L'usine gantoise de Volvo Trucks a sorti son premier camion électrique, d'une autonomie de 300 kilomètres avec une charge maximale de 44 tonnes, l'été dernier.
Les émissions des camions vendus à partir de 2030 devront être abaissées d'au moins 45 % par rapport à 2019, puis de 65 % en 2035 et de 90 % en 2040.
Aucune aide en Wallonie
En Belgique, les ventes sont toutefois modestes, et il s'agit d'un euphémisme. "L'an dernier, on a immatriculé 59 camions électriques de plus de 16 tonnes. Cela représente un doublement par rapport à 2022 mais les camions électriques ne prennent toujours que 0,7 % du marché total à leur compte. C'est moins que la moyenne européenne qui est de 1,1 % et c'est surtout beaucoup moins que dans des pays comme la Suède, la Suisse ou les Pays-Bas où la part de marché du camion électrique est déjà de 3 à 5 %", expliquait début avril, Andreas Cremer, CEO de la Fédération belge de l'Automobile (Febiac) dans les colonnes du magazine Transpormedia. Depuis le début de l'année, 13 utilitaires de plus de 3,5 tonnes ont été immatriculés.
Il y a plusieurs raisons à cela. "En Wallonie, il n'y a rien comme aide pour l'achat d'un camion électrique", pointe Tim Docx, E-mobility Specialist chez Renault Trucks Belgique. La Flandre fait bien mieux, avec des subsides pour soutenir une telle démarche, de l'ordre de 40 % pour les PME et de 30 % pour les grandes entreprises, avec une subvention limitée à deux véhicules. "Mais il n'y a pas de budget pour de nouvelles aides financières en 2025." Sur le plan fédéral, les camions électriques sont exempts de la taxe kilométrique. C'est un peu peu, d'autant que le prix d'un camion électrique est 2,5 fois plus élevé en moyenne que la version diesel. Pour le modèle FH électrique de Volvo Trucks évoqué plus haut, ce prix est de l'ordre de 350 000 euros.
Rentable, même sans subsides
D'autres sont bien plus généreux. "Les Pays-Bas fonctionnent avec un appel à projet. En 2024, ils prévoient 45 millions d'euros de subventions potentielles", relève Isabelle De Maegt, porte-parole de la fédération belge des transporteurs et des prestataires de services logistiques (Febetra). "L'Allemagne subventionnait jusqu'à 80 % de la différence de prix entre la version zéro émission et diesel." Mais comme pour les voitures électriques, ce régime de faveur a pris fin du jour au lendemain à la suite d'une décision de la Cour Constitutionnelle.
Et pourtant, le camion électrique tient la route. "Entre 5 et 7 ans, cela devient rentable", assure Tim Dockx, une fourchette qui dépend notamment de l'existence de panneaux photovoltaïques appartenant à la société. Renault Trucks vient de livrer pour un essai un camion poubelle électrique au Bureau Économique de la Province de Namur (BEP). "Un camion poubelle classique consomme beaucoup d'énergie, de l'ordre de 100 litres aux 100 kilomètres et il ne parcourt que 150 kilomètres par jour. La version électrique est donc intéressante, même sans subvention, sur une durée de 7-8 ans."
"Les camions électriques ont tendance à nécessiter moins d'entretien que les camions à moteur à combustion interne, car ils ont moins de pièces mobiles et moins de fluides nécessitant un remplacement régulier", note encore Nico De Wilde. Toute médaille a toutefois son revers. "Le coût actuel des composants/modules électriques est assez élevé, ce qui fait en sorte que le coût d'entretien entre un camion électrique et diesel est souvent similaire."
Reste que le camion électrique est le passage obligé de la décarbonisation du parc de poids lourds sur les routes européennes. Ce n'est pas gagné. Une étude de juin 2023 du cabinet Roland Berger tablait qu'en 2030, environ 200 000 camions électriques circuleront en Europe. L'Association des constructeurs européens d'automobiles (Acea) estime que pour atteindre les objectifs fixés par l'Europe d'ici à 2030, "plus de 400 000 véhicules électriques à batterie et à hydrogène devront être en circulation".
En 2030, justement Volvo Trucks et Renault Trucks tablent sur des ventes de camions électriques de l'ordre de 50 % du volume global.