La stratégie très sélective des banques pour récupérer l'argent du bon d'État
Certaines institutions ont déjà dévoilé leur jeu. D'autres ne font pas d'effet d'annonce mais prennent déjà contact avec les clients qui risquent de leur échapper… La bataille est lancée.

- Publié le 24-08-2024 à 11h48
- Mis à jour le 28-08-2024 à 17h09

C'est une date très attendue. Le mardi 3 septembre, l'Agence fédérale de la Dette communiquera les taux des nouveaux bons d'État, dont la période de souscription s'étalera du jeudi 5 au vendredi 13 septembre. Côté échéances, l'Agence a confirmé ce lundi qu'elle émettra deux nouveaux bons d'Etat le lundi 16 septembre. Le premier sera émis à un an alors que le second sera porté à 10 ans. Les remboursements auront lieu le 4 septembre.
Il est certain que l'Agence ne pourra plus offrir des conditions aussi alléchantes qu'il y a un an (3,3 % bruts pour 2,81 % nets). D'abord parce que les taux ont légèrement baissé au cours de ces derniers mois. Ensuite parce que le gouvernement en affaires courantes ne peut plus donner un coup de pouce en appliquant un précompte mobilier réduit à 15 % au lieu de la norme de 30 %.
Rendement attendu
Selon les conditions actuelles sur le marché, tout laisse penser qu'on s'achemine vers un taux net d'environ 2 % pour le bon à un an. Ce taux reste largement supérieur au niveau des taux sur les livrets d'épargne. D'après les statistiques de la Banque centrale européenne (BCE) de fin juin, le taux se limitait à moins d'un pourcent (0,96 %). C'est un niveau "inférieur à ceux de la plupart des autres pays de la zone euro, dont par exemple le Luxembourg, avec 3,44 %, la France, avec 2,55 %, ou les Pays-Bas, avec 1,47 %", souligne le professeur Eric Dor.
Les banques sont toutefois bien décidées à se battre pour récupérer une partie des milliards perdus l'année dernière. Certaines d'entre elles avaient déjà essayé de limiter la casse en remontant leurs taux sur les comptes à terme à des niveaux proches de celui du bon d'État. Quelques mois plus tard, Belfius a sorti de l'oubli le bon de caisse. Il y a quelques semaines, BNP Paribas Fortis est reparti à l'offensive en proposant des bons de caisse à un et deux ans affichant un taux brut de 3,10 %. Vu le succès rencontré, elle a clôturé l'émission et propose des nouveaux bons de caisse à un taux légèrement inférieur (2,90 % pour le bon à un an). ING a promis d'arriver avec l'offre "la plus attrayante" sur le compte à terme, qui sera assortie d'un bonus de 20 centimes. Belfius n'a encore rien dit mais pourrait dévoiler son plan de bataille lors de la présentation des résultats le 30 août. Quant à KBC, elle a refusé de révéler sa stratégie lors de la présentation des résultats semestriels. Tout comme elle ne donne aucune indication sur les taux pratiqués sur les comptes à terme pour les bons clients. Des taux qu'on dit attractifs.
Du côté des outsiders
Il nous revient que beaucoup d'institutions prennent déjà contact avec les clients qui s'étaient laissés tenter par le bon d'État pour proposer des alternatives. Elles adoptent ainsi une politique strictement sélective où elles s'adressent surtout aux clients qui pourraient leur échapper. Elles ne se préoccupent pas de ceux qui laissent dormir leur argent sur des carnets de dépôts à peine rémunérés, dont les taux devraient d'ailleurs encore diminuer vu les attentes de baisse des taux de la BCE….
Certains outsiders se sont aussi déjà lancés dans la bataille. C'est le cas de la banque en ligne MeDirect avec son bonus de 50 centimes. Prenant le contre-pied des grandes banques qui refusent d'afficher le taux sur les comptes à terme, Beobank a annoncé cette semaine qu'elle "a décidé de publier les taux d'intérêt des comptes à terme sur son site Internet dans un souci de transparence et en réponse à la demande croissante pour ce type de produits". Le taux net du compte à terme à un an pour un montant inférieur à 50 000 euros est de 2,107 %. On est proche des 2 % attendus pour le bon d'État…