Black Friday : comment éviter les pièges ? "Dans 70% des cas, ce n'est pas une bonne affaire"
Alors que les réductions affluent, la majorité d'entre elles n'a en réalité rien d'une bonne affaire. Entre réductions artificielles, prix gonflés et explosion des faux sites, Testachats et le SPF Économie appellent les consommateurs à la vigilance pour ce Black Friday.

- Publié le 26-11-2025 à 16h33
- Mis à jour le 27-11-2025 à 20h01

Les promotions s'affichent partout depuis plusieurs semaines et le Black Friday n'a même pas encore commencé. Cette grande période de réductions dans les magasins et en ligne n'est désormais plus un jour, ni même une semaine. Cette année, elle a même commencé dès la fin octobre.
Et l'effet s'est déjà fait sentir. D'après Un Bon Deal, la plateforme de comparaison de Testachats, la part de "bonnes affaires" détectées est passée en quelques heures de 18 % à 22 % autour du 7 novembre, pour atteindre 30 % ces derniers jours.
Pour autant, toutes ces réductions en apparence sont loin d'être de vraies affaires, alerte Testachats. "Dans 70 % des cas ce que l'on croit être une bonne affaire n'en est pas une", avertit la porte-parole Julie Frère. Cette dernière rappelle que le produit peut être moins cher ailleurs, à un autre moment de l'année, ou qu'il peut simplement être mauvais. "Un casque en promotion mais de mauvaise qualité n'est pas une bonne affaire."
La règle des 30 jours
Mais, en plus de ce constat, l'association des consommateurs pointe du doigt ce qui s'apparente à des réductions artificielles. Un phénomène qui n'est pas nouveau mais qui se développe de plus en plus au fil des années. Pour appuyer son point de vue, Testachats prend l'exemple du smartphone Xiaomi Redmi Note 14 disponible sur Amazon NL. Ce produit est actuellement affiché avec 40 % de réduction, avec un prix barré à 249,90 euros. Sauf que l'appareil était déjà vendu 150 euros auparavant. La réduction est donc de... zéro.
Même situation chez Teufel, où un prix "promo" de 299 euros est présenté comme une baisse de 45 %, alors que le tarif de référence utilisé (549 euros) n'a jamais été pratiqué au cours des trente jours précédents; ce qui est pourtant la règle inscrite dans la loi. "Les fausses promos sont une raison de plus d'être attentifs et de ne pas se laisser influencer par une réduction qui semble élevée", prévient Julie Frère.
Méfiance des noms de domaine
Au-delà des promotions douteuses, le danger le plus important reste l'explosion des arnaques en ligne. À l'approche du Black Friday, les faux webshops se multiplient, attirant les consommateurs avec des prix cassés, des stocks "uniquement aujourd'hui" ou des produits soi-disant introuvables ailleurs. En 2025, les Belges ont déjà été escroqués de plus de cinq millions d'euros, selon les chiffres du SPF Économie transmis à l'initiative cestnous.be. Et ce chiffre ne refléterait qu'une partie du phénomène étant donné qu'il ne concerne que les victimes qui ont pris la peine de signaler l'arnaque.
La subtilité, c'est que la majorité des sites frauduleux repérée cette année utilise une extension étrangère, selon les données de DNS Belgium, le gestionnaire des noms de domaine belges. Les extensions ".com" comptent à elles seules 1 649 signalements, suivies par les ".nl" avec 538 cas. En comparaison, les sites frauduleux en ".be" sont rares. Seulement 317 signalements, soit à peine 7 % des cas recensés.
Pourtant, cette solidité du ".be" ne suffit pas à protéger les consommateurs. Une grande partie du public reste vulnérable, souvent par méconnaissance. DNS Belgium rappelle que seuls 27 % des Belges savent exactement ce qu'est un nom de domaine et qu'un Belge sur six ne regarde jamais l'extension du site sur lequel il s'apprête à acheter. C'est précisément sur cette négligence que les fraudeurs misent.
Le Black Friday ne peut pas être un laisser-passer pour les magasins afin de manipuler les prix ou d'induire les gens en erreur."
L'Inspection économique croule sous les signalements
Depuis trois ans, le SPF Économie voit en tout cas les plaintes grimper en flèche à chaque mois de novembre. "Depuis 2021, 2 671 signalements de promotions trompeuses ont été enregistrés", rappelle Étienne Mignolet, porte-parole du SPF. Les contrôles qui suivent aboutissent régulièrement à des sanctions. Plus de 1 200 entreprises ont déjà été prises en faute.
Et les pénalités peuvent être lourdes; de 208 euros à 200 000 euros. Pour le ministre de la Protection des consommateurs Rob Beenders (Vooruit), "les consommateurs ont droit à une transaction honnête. Le Black Friday ne peut pas être un laisser-passer pour les magasins afin de manipuler les prix ou d'induire les gens en erreur." Le problème, pour les autorités comme pour les organismes de défense des consommateurs, est que toutes ces pratiques s'entremêlent. Les vraies réductions, les fausses promotions, les rabais gonflés, les sites frauduleux, tout se mélange. Il faut donc avoir un oeil attentif sur tous les points.
Testachats constate que le jour du Black Friday reste, en moyenne, celui où les prix sont réellement les plus bas. Mais l'organisation insiste, encore faut-il être capable de distinguer une réduction authentique d'une mise en scène marketing. "Vérifiez donc toujours Un Bon Deal avant d'acheter", répète Julie Frère.
Même son de cloche au SPF Économie. Les consommateurs sont invités à signaler toute promotion suspecte via ConsumerConnect. "Votre signalement aide l'Inspection économique à percevoir les problèmes et à intervenir plus rapidement", rappelle l'administration.
Quelle attitude des Belges pour ce Black Friday ?
Si les promotions, déguisées ou réelles, se multiplient, les Belges, eux, abordent le Black Friday avec un mélange d'envie...et de retenue. Selon le dernier rapport de Testachats publié ce mercredi, environ six personnes sur dix comptent dépenser un peu plus que l'an dernier mais sans forcément se laisser emporter. Une partie de ceux qui avaient procédé à un achat l'an dernier prévoit d'ailleurs de freiner cette fois-ci. Par manque d'envie, un budget plus serré ou une simple lassitude face aux injonctions consuméristes. Certains annoncent carrément qu'ils ne dépenseront pas un euro.
En tout cas, pour ceux qui se laissent tenter, les intentions sont assez classiques. Vêtements et accessoires en tête, gadgets électroniques juste derrière puis petits appareils ménagers ou jouets. Et les montants restent assez contenus. Si, en 2024, les dépenses tournaient autour de 293 euros en moyenne, elles devraient rester stables cette année; autour de 281 euros.
Reste que, même motivés, les consommateurs avancent prudemment. La très grande majorité prévoit de faire ses achats en ligne, souvent après avoir repéré les produits en magasin ou consulté des sites de comparaison. Pas seulement pour le confort mais pour arriver armée. Parce que, malgré l'enthousiasme affiché par une partie du public, beaucoup doute encore de la sincérité des promotions.
"66 % pensent que certains magasins augmentent leurs prix plusieurs semaines avant le Black Friday; 41 % pensent qu'en dépit des réductions, la plupart des prix sont identiques, voire supérieurs, à ceux pratiqués avant et après le Black Friday", révèle le rapport. Une attitude révélatrice d'un Black Friday où l'envie d'économiser cohabite avec une solide dose de méfiance.