Jusqu'à 56 milliards de dollars de pertes : le secteur touristique, l'autre victime de la guerre
Le conflit au Moyen-Orient pourrait faire chuter le tourisme régional et perturber les grands hubs aériens reliant l'Europe à l'Asie.

- Publié le 06-03-2026 à 15h33
- Mis à jour le 06-03-2026 à 16h03

La guerre qui se déroule depuis bientôt une semaine au Moyen-Orient, et la crise humanitaire qu'elle provoque, ne bouleverse pas seulement la géopolitique ou les marchés pétroliers. Elle frappe aussi le tourisme, l'un des secteurs les plus sensibles aux crises. Selon une analyse publiée par Tourism Economics, le conflit pourrait entraîner une chute des voyages dans la région en 2026, et perturber le transport aérien bien au-delà du Moyen-Orient.
Un scénario qui commence d'ailleurs déjà à se matérialiser dans le ciel de la région. Dans les deux jours suivant le début des hostilités, plus de 5 000 vols ont été annulés, tandis que plusieurs espaces aériens ont été fermés.
Des milliers de passagers se sont donc retrouvés bloqués dans les aéroports, obligeant les compagnies aériennes à revoir en urgence leurs plans de vol. Et même lorsque le trafic reprendra, le retour à la normale prendra du temps. À quel point ? La réponse en chiffres.
Jusqu'à 38 millions de touristes en moins
Pour mesurer l'impact du conflit, les économistes ont modélisé deux scénarios. Le premier repose sur une résolution rapide du conflit, en une à trois semaines. Le second envisage une guerre qui durerait environ deux mois.
Même dans l'hypothèse la plus "favorable", le nombre de visiteurs internationaux au Moyen-Orient pourrait reculer de 11 % en 2026, soit 23 millions de touristes en moins par rapport aux prévisions établies avant la guerre. En décembre encore, Tourism Economics anticipait au contraire une croissance de 13 % des arrivées touristiques dans la région pour 2026.
Les dépenses touristiques diminueraient alors d'environ 34 milliards de dollars, indique le rapport.
"Les pays du Golfe subiront les pertes les plus importantes en volume, car ce sont les principales destinations touristiques de la région et elles reposent fortement sur les voyages aériens".
Et si le conflit se prolonge pendant deux mois, la chute serait beaucoup plus brutale. 27 % de visiteurs en moins, soit près de 38 millions de touristes perdus et 56 milliards de dollars de dépenses disparues.
Le monde entier touché
Sans surprise, les pays directement impliqués dans le conflit devraient subir les pertes les plus lourdes. Par rapport aux prévisions initiales, les arrivées internationales pourraient chuter de 57 % en Israël et de 49 % en Iran cette année.
Mais ces deux pays ne seraient pas les seuls impactés. Les économies touristiques du Golfe (l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et Oman) risquent également de perdre un grand nombre de visiteurs. "Les pays du Golfe subiront les pertes les plus importantes en volume, car ce sont les principales destinations touristiques de la région et elles reposent fortement sur les voyages aériens", souligne le rapport.
Mais les répercussions ne s'arrêtent pas au tourisme régional. C'est toute une partie du transport aérien mondial qui se retrouve perturbée. Il faut savoir que le Moyen-Orient est l'un des grands carrefours du trafic international. Environ 14 % des passagers en transit dans le monde passent par un aéroport de la région. C'est notamment grâce aux hubs de Dubaï, Doha ou Abou Dhabi, qui permettent de relier l'Europe à l'Asie et à l'Océanie.
Lorsque ces plateformes sont perturbées, c'est toute la chaîne qui est perturbée. Des voyageurs se retrouvent déjà bloqués dans des aéroports aussi éloignés que Francfort, Bali ou Katmandou.
L'impact du pétrole
Pour éviter les espaces aériens fermés, de nombreuses compagnies doivent aussi modifier leurs routes. À ces difficultés s'ajoute aussi la hausse des prix du pétrole. Les tensions autour du détroit d'Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, ont déjà fait grimper les cours. Selon Tourism Economics, le baril pourrait atteindre 80 dollars au deuxième trimestre, avant de redescendre vers 60 dollars d'ici la fin de l'année.
Pour les compagnies aériennes, cette hausse du carburant vient s'ajouter aux coûts liés aux détours et à la réduction de capacité. Avec donc comme conséquences des billets plus chers et une demande touristique plus fragile.
Et même si les tensions s'arrêtent rapidement, le secteur touristique ne se remettra pas immédiatement. Les économistes évoquent l'effet durable du conflit, notamment la perception du risque pour les touristes." Les impacts liés au sentiment des voyageurs devraient se prolonger au moins jusqu'au deuxième trimestre", estime le rapport, même dans le scénario d'une résolution rapide du conflit.