Investir avec impact en Chine, c'est possible
Pour sélectionner une société, il faut que les biens et services produits par l'entreprise répondent à au moins un des objectifs de développement durable de l'Onu (ODD).
- Publié le 18-12-2023 à 09h32

Autrefois confinée dans une niche de l'univers des placements, la notion d'impact devient aujourd'hui beaucoup plus accessible. Cette offre ne se limite plus aux pays développés. Il est désormais possible de diversifier ses investissements à impact dans les pays émergents. "Quand on parle d'impact, on constate que les pays émergents accusent un certain retard dans ce domaine. Or, dans ces pays, on peut trouver des entreprises dont l'activité, c'est-à-dire les biens et services produits, ont un réel impact positif. Et cela va bien au-delà de la simple bonne gestion des externalités que l'on rencontre dans les placements durables classiques", reconnaît Mathieu Nègre, Portfolio Manager chez UBP à Londres.
Pour sélectionner ces sociétés, il faut que les biens et services produits par l'entreprise répondent à au moins un des objectifs de développement durable de l'Onu (ODD). On peut ainsi cibler, par exemple, des entreprises dont les biens et services répondent aux objectifs de la stabilité du climat ou qui subviennent à des besoins de base comme la santé, la diminution de la pauvreté ou l'éducation. "Ce ciblage sur les pays émergents offre alors des opportunités d'investissement qui n'existent pas dans les pays développés. On peut investir, par exemple, dans des banques de micro-crédits ou des offres en matière d'éducation", ajoute Mathieu Nègre. Les entreprises sont sélectionnées en portefeuille sur base de plusieurs critères.
Le premier est l'intentionalité. Cela suppose une volonté de la part de l'entreprise d'intégrer cet impact dans la stratégie de l'entreprise. Ensuite, vient la matérialité. Les gestionnaires regardent la part du chiffre d'affaires qui a un réel impact positif. Viennent ensuite les critères d'additionnalité et de potentiel à long terme de cette solution. "On peut donc donner un score à chaque entreprise sur base de ces critères et voir si on les intègre dans la sélection en portefeuille. Dans ce domaine, il y a beaucoup plus de possibilités dans les pays émergents car les défis de développement sont plus importants", constate Mathieu Nègre.
Intégrer des valeurs environnementales et sociales
Mais, une fois que le portefeuille est constitué, comment peut-on mesurer son impact ? La mesure d'impact reste encore très difficile à réaliser car il faut intégrer des mesures environnementales et sociales. Il n'existe pas non plus d'indicateurs standardisés pour ce type de placements. "On dispose alors d'un ou plusieurs indicateurs par société. Par exemple, dans le cas de l'éducation, on peut regarder combien d'étudiants sortent diplômés des écoles. Pour les impacts environnementaux, on peut mesurer la baisse des émissions de CO₂ et de gaz à effet de serre mais c'est difficile, voire impossible, d'agréger des données aussi différentes que des étudiants diplômés avec des données environnementales", prévient ce gestionnaire.
On constate également que ce type de fonds est aussi fortement investi en Chine, ce pays étant un gros producteur de panneaux solaires. Les investissements se font aussi au Mexique, au Brésil, au Chili, en Colombie ou en Afrique du Sud. Aujourd'hui, les valorisations sur ces marchés sont plutôt bonnes. Les besoins en termes d'impact dans les pays émergents sont très importants. Les sociétés de gestion peuvent aussi avoir elles-mêmes un impact sur l'activité des sociétés par le biais de leur engagement, en votant aux assemblées générales ou par un dialogue avec le management.