Record sur record pour le bitcoin : concrètement, que peut faire Donald Trump pour la cryptomonnaie ?
Depuis sa victoire contre Kamala Harris, Donald Trump propulse les cryptomonnaies sur le devant de la scène, promettant de faire des États-Unis une superpuissance du bitcoin. Un discours qui a propulsé cette monnaie virtuelle vers le haut, jusqu'à dépasser plusieurs fois son record.

- Publié le 12-11-2024 à 15h12
- Mis à jour le 13-11-2024 à 15h48

"Les États-Unis seront la capitale crypto de la planète et une superpuissance du bitcoin", affirmait Donald Trump en juillet dernier, alors en pleine campagne. Avec cette phrase prononcée lors de la Conference Bitcoin de Nashville, dans le Tennessee, celui qui sera le 47e président des États-Unis a promis monts et merveilles au secteur.
L'enthousiasme sur les marchés est d'ailleurs au rendez-vous depuis sa victoire contre Kamala Harris. En effet, le prix du bitcoin enchaîne les records, dépassant d'abord un premier palier symbolique à 75 000 dollars, avant de passer la barre des 90 000 dollars ce mercredi.
Un emballement qui dure depuis une bonne semaine. Mais peut-on donner tout le crédit de celui-ci à Donald Trump ? Ce n'est pas forcément le cas, étant donné que l'engouement date depuis un certain temps d'après Raoul Ullens, cofondateur de la Brussels Blockchain Week et consultant en cryptomonnaie. "Bien que Trump ait joué un rôle de catalyseur, il y avait déjà un élan significatif. Les signaux sont favorables depuis un bon bout de temps, avec une augmentation des adoptions institutionnelles. On l'a vu avec les ETF du côté de BlackRock, qui a lancé des fonds permettant aux investisseurs d'accéder plus facilement aux cryptomonnaies, comme le bitcoin, via des produits financiers traditionnels, mais aussi plus récemment des grosses banques telles que UBS qui a carrément créé un fonds de tokenisation."
Que peut faire Trump ?
Si le futur président républicain n'est pas la seule cause de cet engouement pour les cryptomonnaies, sa victoire a malgré tout donné un coup d'accélérateur. Mais derrière les discours, quelles sont ses marges de manœuvre pour tenir sa promesse ? "Il y a différents leviers qu'il peut actionner. Il pourrait créer un environnement régulateur et fiscal favorable, clair", commente d'abord l'expert, avant d'ajouter : "Il y a cette création d'une réserve parmi les idées de Donald Trump. On parle quand même de 210 000 bitcoins, l'équivalent d'un peu plus de 17 milliards de dollars avec les valeurs d'aujourd'hui. C'est un gros signal envoyé au monde. C'était le Salvador qui avait lancé ce type de réserve jusqu'à présent ainsi que d'autres petits pays.. Mais maintenant, c'est quand même le leader mondial d'un point de vue économique qui prendrait cette position-là."
En plus de ces deux éléments, Raoul Ullens ajoute l'utilisation que pourrait faire Donald Trump avec les stablecoins, ce type de cryptomonnaie qui cherche à maintenir une valeur stable en adossant leur valeur marchande à une référence externe. "C'est un point très important puisqu'il pourrait commencer à utiliser les stablecoins dans les transactions internationales. Ce serait forcément un gros signal aussi par rapport à cette technologie, et son adoption au sein du système financier global."
Une limite sur le prix du bitcoin ?
En augmentant sa valeur de plus de 15 000 dollars en quelques jours, le bitcoin ne semble pas s'arrêter sur sa lancée. Peut-il atteindre la barre symbolique de 100 000 dollars de valeur ? Difficile à dire selon l'expert qui considère que même si la tendance est favorable, beaucoup de facteurs peuvent changer la donne.
Mais si cela se produisait, jusqu'où pourrait aller le cours du bitcoin ? N'y aurait-il pas une limite à son expansion ? Pour Raoul Ullens, un élément qui pourrait perturber son évolution serait avant tout concernant le hacking. "Il y a effectivement des éléments qui pourraient perturber l'adoption du bitcoin. Si la blockchain subissait une faille technique, ce qui n'est jamais arrivé depuis sa création, ce serait un événement majeur. De même, une 'attaque des 51%', où un groupe contrôlerait plus de la moitié du réseau et pourrait manipuler les transactions, pourrait avoir de graves conséquences. Une guerre ou un conflit majeur pourrait aussi perturber les infrastructures nécessaires au fonctionnement du bitcoin. En tout cas, je ne pense pas qu'un élan de régulation qui étoufferait le bitcoin soit probable, compte tenu du positionnement des États-Unis et d'autres grandes puissances mondiales."
Et l'Union européenne dans tout ça ? Et la Belgique ?
Si Donald Trump tient sa promesse de faire des États-Unis une "capitale mondiale de la crypto", la question que devront se poser les dirigeants européens sera concernant leur positionnement sur ce type de monnaie. Pour Raoul Ullens, il s'agit d'un appel à enclencher quelque chose en Europe. "Il est temps qu'on se réveille", lance directement l'expert. "Les États-Unis nous ont donné du temps ces dernières années parce qu'eux n'avaient pas créé un climat favorable. Ils n'ont pas créé un endroit particulièrement plus intéressant que l'Europe. Mais ça va changer. Et donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que de belles entreprises risquent de se délocaliser, ou que si on ne se bouge pas, les États Unis créeront tous les champions de demain, comme ils l'ont fait avec internet.. Et puis nous, européens, on risque de se retrouver avec les miettes"
Selon lui, l'Europe aurait tout intérêt à se remettre en question sur le sujet. Il y a tout d'abord la question d'une création d'une réserve européenne. Une idée lancée notamment par la députée allemande Joana Cotar quelques jours après l'élection de Donald Trump. Mais aussi de créer un environnement favorable pour le minage de cryptomonnaies, "en apportant plus de clarté par rapport aux nouvelles régulations, notamment au niveau belge. Il faut donner envie aux entreprises de développer leurs activités en Belgique et en Europe."