Opération "Freedom Falcon"
Entamée de façon bien étrange avec des coalisés poussés dans le dos par la France et la Grande-Bretagne, l'opération mystérieusement baptisée "Aube de l'Odyssée" a rapidement été rejointe par la Belgique.
- Publié le 24-03-2011 à 04h15
- Mis à jour le 24-03-2011 à 06h53

Entamée de façon bien étrange avec des coalisés poussés dans le dos par la France et la Grande-Bretagne, l'opération mystérieusement baptisée "Aube de l'Odyssée" a rapidement été rejointe par la Belgique. Que l'on en juge : jeudi soir, décision du Conseil de sécurité de l'Onu, aval du Conseil des ministres belge vendredi, première mission de F-16 sur la Lybie lundi après-midi, avant même que le Parlement ait eu le temps d'exprimer son unanime aval ! Dur à avaler, même pour les plus hauts responsables de la Défense, qui ont tout juste eu le temps de compter leurs billes
On avance, on avance, mais le flou reste, et se résume à ces deux questions aussi simples que fondamentales :
1. Qui est chef ?
2. Qui détermine les objectifs ?
Pour tenter d'y voir clair après les déclarations va-t-en-guerre du ministre De Crem, la Défense a organisé un "point de presse" mercredi après-midi. Où il apparaît que, dans le cadre de la résolution 1973, les moyens aériens et maritimes belges sont là pour protéger les civils, faire respecter l'embargo sur les armes et établir puis maintenir la zone d'interdiction aérienne. Dans ce cadre, précise le lieutenant-général Michel Singelé, porte-parole de l'opération belge, nos pilotes sont autorisés à assurer des missions air-air de surveillance, et air-sol, pour neutraliser des éléments de défense aérienne ou des objectifs militaires au sol, au cas où des populations civiles seraient menacées.
Et le général Singelé de préciser qu'"un dépôt d'armes au milieu du désert sort du cadre de ces opérations". Comprenez : on ne va pas casser du Mouammar pour casser du Kadhafi. Pas question donc, pour l'instant, de prendre parti : "Se mettre du côté des rebelles ou libérer une ville n'entre pas dans notre mandat", mais "d'autres pays peuvent avoir une interprétation différente "
C'est bien ça le problème, dans ce grand brouillard de coalition : l'interprétation des textes. Et si, d'un côté, il apparaît que "l'aviation libyenne n'existe plus comme force de combat", dixit un haut gradé de la Royal Air Force, il n'en demeure pas moins qu'un calendrier pour la fin des opérations en Libye n'est pas à l'ordre du jour Alors que la question du commandement général est toujours pendante, au jour le jour, les opérations belges sont dirigées depuis Ramstein, en Allemagne. Au sein de ce centre de commandement, nous avons un "red card holder", lui-même pilote, chargé de faire respecter nos règles d'engagement dans les choix tactiques.
Pour l'heure, sur zone, du côté de la Marine, le chasseur de mines "Narcis" est entré hier à 19h dans le cadre de l'opération "Unified Protector", pilotée par l'Otan pour faire respecter l'embargo sur les armes. Dans le ciel, six Lockheed Martin F-16 aux cocardes tricolores sont passés, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, d'une mission d'entraînement à celle de combat. Un pilote, as de la Force aérienne dont nous tairons le nom pour raisons de sécurité, car il est susceptible de partir en opérations, explique cette extraordinaire souplesse : "Le gros avantage de l'entraînement des pilotes belges, c'est qu'il est si proche de la réalité qu'on peut facilement passer en mission de combat." Bien qu' anciennes, les cellules des avions intègrent une avionique régulièrement actualisée "qui nous permet d'évoluer en temps de paix comme si l'on était en guerre. Dans son cockpit, le pilote reçoit les mêmes infos." Mais la technologie ne serait rien sans "la mentalité du pilote belge" qui est telle que "passer de l'entraînement au combat ne posera pas de problème majeur".
La différence, c'est ce que portent les appareils sous leurs cellules et voilures. Dimanche, deux Lockheed C-130H ont rallié la base grecque d'Araxos, où nichent nos F-16, avec des munitions. Au combat, ces F-16 sont équipés de bombes MK 82 de 500 livres (270 kg), qui deviennent GBU-12 avec équipement de guidage laser, et GBU-38 avec guidage GPS. Pour les engagements air-air, les missiles AIM-9 Sidewinder - type "Mike" - à courte portée, et AIM-120 Amraam de moyenne portée, constituent l'armement habituel. Pour l'heure, aucune de ces armes n'a été utilisée, les premières missions de surveillance aérienne s'étant déroulées sans incident. Reste la question du stationnement des avions qui, d'Araxos, pourraient aller à Souda Bay au nord de la Crète, ou Sigonella, en Sicile. Cela peut dépendre de l'affectation des six F-16 néerlandais, avec lesquels nous sommes habitués à collaborer, comme cela se fait déjà très bien en Afghanistan. Quant au nom de la mission belge, il a au moins le mérite d'être clair et référencé : opération "Freedom Falcon", le F-16 s'appelant "Fighting Falcon"...
