Les réfugiés ukrainiens veulent rester durablement en Allemagne: "Je pense pouvoir atteindre rapidement un niveau suffisant de langue pour travailler"
Plus d'un an après le début de la guerre, 44 % des réfugiés ukrainiens installés en Allemagne envisagent un séjour sur le long terme dans leur nouveau pays d'accueil. Leur intégration économique progresse mais reste fragile.
- Publié le 29-08-2023 à 14h06

Tamara est arrivée à Berlin il y a plus d'un an. Cette trentenaire aux grands yeux verts, originaire de Kiev, fait partie de plus d'un million de réfugiés ukrainiens qui ont fui leur pays l'an dernier, dans la foulée de l'invasion russe, pour s'installer en Allemagne. Un an après son arrivée, la jeune femme a trouvé un logement et suit des cours d'allemand dans une ville qu'elle dit aimer. "Je pense pouvoir atteindre rapidement un niveau suffisant de langue pour chercher du travail en tant que conseillère financière, ma profession d'origine "nous explique-t-elle lors d'un rassemblement dans la capitale allemande à l'occasion de la fête nationale ukrainienne.
Envisage-t-elle de rester sur le long terme en Allemagne ? "C'est une question difficile" reconnaît-elle. "Tout dépendra de la situation en Ukraine. On ne sait pas combien de temps la guerre va durer. Mes amis et ma famille me manquent. Mon cœur est en Ukraine"avoue cette jeune femme vêtue d'une blouse traditionnelle ukrainienne brodée.
Un réfugié sur deux
Même constat de la part d'Alina, elle aussi arrivée l'an dernier dans la capitale allemande. Mère de deux enfants âgés de 11 et 18 ans, Alina se réjouit car elle vient de trouver un emploi. Elle enseigne l'ukrainien dans une école publique primaire berlinoise. "Je suis enseignante de formation et suis payée par la ville, c'est une très bonne nouvelle" nous explique cette femme au grand sourire. Ses enfants, eux, ont intégré une école allemande. "Bien sûr, cela a été difficile de plonger dans le système éducatif et dans la langue allemande mais ils s'y font" explique-t-elle. Comme Tamara, Alina envisage de rester en Allemagne quelques années mais pour combien de temps ? Elle ne le sait pas.
Comme ces deux femmes, près d'un réfugié ukrainien sur deux reconnaît vouloir rester "durablement" en Allemagne, ce qui signifie "quelques années voire pour toujours". Une tendance qui augmente au fil des mois comme le constate une étude réalisée en début d'année et pour la deuxième fois d'affilée par plusieurs instituts de recherche allemands ont les résultats ont été publiés en juillet.
18 % de personnes employées
Effectuée auprès de 7000 adultes, cette enquête confirme aussi une forte volonté d'intégration de la part de ces réfugiés dont les trois quarts ont suivi des cours de langue. En revanche si la quasi-totalité dit vouloir travailler, seuls 18 % d'entre eux avaient un emploi au moment de cette enquête. "Le bilan intermédiaire est tout à fait encourageant car la participation sociale a fait des progrès significatifs" commente Markus M. Grabka, de l'Institut économique DIW de Berlin qui a participé à cette étude.
Sa collègue, Yuliya Kosyakova, de l'IAB de Nuremberg nuance toutefois. "Ce n'est pas gagné d'avance" note-t-elle. "Les réfugiés ont besoin d'une sécurité de planification pour savoir s'ils pourront rester en Allemagne à long terme même lorsque la guerre sera terminée. Ces perspectives sont extrêmement importantes pour qu'ils puissent commencer leur activité professionnelle" ajoute-t-elle.
Des obstacles à l'intégration
De fait, même si la réglementation européenne autorise les Ukrainiens à travailler dès leur arrivée dans leur nouveau pays d'accueil, certains obstacles se dressent à leur intégration économique, selon ce rapport. Le premier concerne le manque de perspectives. Valable jusqu'en mars 2024, la réglementation européenne sera-t-elle prolongée ? Autre difficulté : la maîtrise de l'allemand reste souvent une précondition pour trouver un emploi. Or son apprentissage est difficile et demande du temps. Enfin, le manque de places en crèches, problème structurel en Allemagne, empêche certaines mères de se lancer dans la recherche d'un emploi. En début d'année seuls 58 % des enfants réfugiés ukrainiens âgés de 3 à 6 ans fréquentaient un établissement de ce type alors qu'une femme sur deux en âge de travailler est arrivée en Allemagne avec un ou plusieurs enfants.
Pour l'Allemagne en tout cas, le fait que 44 % de ces réfugiés, plutôt bien qualifiés, souhaitent rester dans le pays "durablement" est une bonne nouvelle car cela représente un vivier de 400 000 personnes. Une manne non négligeable dans un pays vieillissant et en manque structurel et croissant de main-d'œuvre qualifiée. A lui maintenant de leur faciliter la tâche.