Discours de politique générale : Gabriel Attal veut "débureaucratiser la France"
Le plus jeune Premier ministre de la Vème République a prononcé son discours de politique générale ce 30 janvier devant les députés à l'Assemblée nationale. Un moment incontournable et solennel pour tous les nouveaux locataires de Matignon.

- Publié le 30-01-2024 à 21h31

"Je suis né en 1989". C'est avec ses mots que Gabriel Attal, plus jeune Premier ministre de la Vème République, a entamé son discours de politique générale ce 30 janvier devant les députés à l'Assemblée nationale. Un moment incontournable et solennel pour tous les nouveaux locataires de Matignon, un exercice d'équilibriste vu la situation inflammable du pays, en pleine fronde des agriculteurs.
Prononcé sous les applaudissements de son camp et les chahuts des oppositions, son discours a duré une heure et demie. Il a annoncé quelques mesures en faveur des paysans (lire en page 6) mais a tenu à balayer quantité de sujets. Son leitmotiv ? "Être prêts à affronter pour avancer". Ses mantras ? "Le travail, nos services publics, l'autorité et un environnement plus respirable". Parlant vite, le nouveau Premier ministre a tenté d'imprimer sa marque de fabrique : "Je veux dire les choses, agir vraiment, agir maintenant", suscitant les rires des députés de l'opposition.
"Désmicardiser la France"
Dans le détail, il a annoncé un "choc d'offre" sur le logement avec "cinq solutions immédiates", dont la simplification des procédures et des normes et la désignation d'ici deux semaines de 20 territoires avec l'objectif d'y créer 30 000 nouveaux logements d'ici trois ans. Mais cela ne sera pas suffisant, préviennent déjà les experts du secteur, alors que la France pourrait manquer de 850 000 logements en 2030.
Sur le travail, il a annoncé l'intégration du "mérite et des efforts" des fonctionnaires à "leur rémunération", l'expérimentation de la semaine de 4 jours sans réduction du temps de travail dans les administrations et la généralisation du dispositif "RSA contre 15 heures d'activité par semaine" en janvier 2025. Sur la question de la santé, il a annoncé la régularisation des médecins étrangers et l'obligation pour les patients qui n'honorent pas un rendez-vous pris chez le médecin de payer. Au sujet de l'école, une fois encore qualifiée de "mère des batailles", Gabriel Attal a rappelé son "choc des savoirs" et annoncé la possible généralisation de l'uniforme en 2026, tout comme celle du Service national universel (SNU). Les mineurs de moins de 16 ans sanctionnés devront effectuer des "travaux d'intérêt éducatif". Il s'est fendu d'une tirade inédite – "Tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies, tu défies l'autorité, tu apprends à la respecter"-, qui a fait se lever quelques soutiens dans l'hémicycle. Quant à la sécurité, il a martelé les deux objectifs du gouvernement en la matière, "la lutte contre les stupéfiants et la lutte contre la délinquance du quotidien", et brandi l'idée, un peu floue, de "taper les dealers au porte-monnaie" en gelant leurs avoirs. Au sujet de l'immigration, le chef du gouvernement a annoncé une réforme de l'Aide médicale d'Etat, un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins, "avant l'été" et "par voie réglementaire". Dommage pour les parlementaires qui comptaient bien participer aux débats sur cette question importante.
Bref, le Premier ministre veut "débureaucratiser la France" avec un "choc de simplification", déjà promis mais pas encore ressenti sur le terrain. Il veut également "désmicardiser la France" avec une future réforme des bas salaires. Outre les nouvelles mesures annoncées, il a profité de cette tribune pour rappeler le bilan, positif à ses yeux, d'Emmanuel Macron depuis son arrivée au pouvoir en 2017.
"Du marketing politique"
Son discours a suscité de nombreuses réactions : la cheffe des écologistes Marine Tondelier a brocardé la "droite punitive" et dénoncé notamment une "chasse aux pauvres et la stigmatisation de la jeunesse". Le président des Républicains (LR) Eric Ciotti a quant à lui déploré "le manque de vision" du discours du Premier ministre. "Notre pays a besoin de réformes profondes et d'ambitions […] Le conseiller en communication d'Emmanuel Macron a fait du marketing politique", selon lui. Comme sa prédécesseure Elisabeth Borne, Gabriel Attal n'a pas engagé la responsabilité de son gouvernement via un vote de confiance, faute d'une majorité absolue. Sans surprise, la gauche a déposé une motion de censure à son encontre, en vain.