Au Liban, la trêve a débuté sous les bombes : "On arrive à un cessez-le-feu lorsque ni Israël ni le Hezbollah ne voient de meilleure alternative"
Le cessez-le-feu est entré cette nuit en vigueur après deux mois d'intenses bombardements. Le processus prévu pour le rendre pérenne reste fragile.
- Publié le 27-11-2024 à 20h37
- Mis à jour le 27-11-2024 à 20h39

Dans la nuit du 26 au 27 novembre, presque tout Beyrouth est resté éveillé : l'accord de cessez-le-feu auquel a finalement consenti le gouvernement israélien mardi dans la soirée n'a en effet pas empêché Tsahal de mener une dernière série de frappes dans différentes régions du Liban, y compris au cœur de la capitale libanaise.
"La multiplication soudaine des cibles au cœur de Beyrouth suggère qu'Israël ne se contente pas d'intensifier sa campagne de bombardements à la veille d'un cessez-le-feu. L'État hébreu tente de façonner le lendemain, par le biais de pressions politiques internes, en terrifiant un large échantillon de la société libanaise", commentait ainsi sur le réseau social X Peter Harling, spécialiste du Proche-Orient et fondateur du think tank Synaps à Beyrouth.
Panique et embouteillages monstres
Beyrouth a été le théâtre de scènes de panique et d'embouteillages monstres. La population de quartiers comme Hamra et Ras Beirut, jusque-là épargnés par les raids israéliens, fuyant les frappes annoncées.
Malgré tout, le soulagement prévaut au sein de la population, épuisée par plus d'une année de guerre et par ces deux derniers mois d'une violence extrême. Le bilan humain est très lourd : près 860 000 personnes déplacées, selon la Banque mondiale, 3 823 tués dont plus de 200 enfants et presque 16 000 blessés.
Alors que les derniers drones israéliens faisaient leur baroud d'honneur aux aurores, des tirs de joie ont retenti dans la ville. Spécialement dans les quartiers et les villes chiites. Les raids israéliens n'ont en effet cessé de les cibler cherchant à amoindrir le soutien qu'apporte cette communauté au Hezbollah, qui avait ouvert un "front de soutien "au Hamas palestinien à la frontière libano-israélienne dès le lendemain des massacres du 7 octobre 2023.
Mettre en œuvre de la résolution 1701 des Nations unies
Le texte du cessez-le-feu, porté par les États-Unis, comporte treize points. Il vise à permettre la mise en œuvre concrète de la résolution 1701 des Nations unies, adoptée au lendemain de la guerre de 2006. Ses termes n'ont jamais été respectés jusqu'à présent : le Hezbollah réintervenant rapidement dans la région libanaise, au nord du fleuve Litani, dont il était censé se tenir à l'écart.
"Il semble qu'au Liban, nous ayons atteint un point où les deux belligérants ont décidé que le coût de la poursuite de la guerre l'emportait désormais sur les bénéfices attendus de la poursuite de la guerre : on arrive à un cessez-le-feu lorsque ni Israël ni le Hezbollah ne voient de meilleure alternative", a commenté Greg Carlstrom, le correspondant de The Economist, toujours sur X.
Le cessez-le-feu prévoit en détail le retrait israélien, dont l'armée progressait en territoire libanais, dans un délai de 60 jours. Celle-ci doit ainsi quitter la zone frontalière située au sud du fleuve Litani. Ce délai doit permettre en parallèle aux combattants du parti chiite, allié de l'Iran, de se retirer au nord du fleuve pour céder la place à l'armée libanaise. Celle-ci devra s'assurer du démantèlement de toutes les positions et de l'ensemble des infrastructures que le Hezbollah pourrait y avoir conservées.
Un accord fragile
Si l'armée libanaise semble avoir été tenue au courant du rôle qu'elle doit désormais jouer, tout le monde est conscient au Liban de la complexité d'un processus qui peut encore capoter à tout instant.
Benjamin Netanyahou a d'ailleurs assuré que l'État hébreu se réservait le droit d'attaquer le Liban "si le Hezbollah rompt l'accord". Un point que Tel Aviv aurait aimé voir figurer formellement dans le texte validé par les parties, ce que refusait le Liban au nom de sa souveraineté. Israël n'a pas non plus réussi à imposer une "zone tampon" comme elle l'aurait souhaité à la frontière libanaise pour mettre la Galilée hors de portée des tirs de missiles du Hezbollah.
La composition du futur comité, chargé de superviser la mise en œuvre de l'accord, reste à ce stade inconnue. Le texte stipule que ses membres recevront l'aval par les deux parties. Selon la presse internationale, Israël aurait contesté la présence de la France, tandis que le Liban aurait refusé celle de l'Allemagne et du Royaume-Uni, jugés trop favorables aux intérêts israéliens.
Un premier test politique au Liban
Au-delà toutefois des difficultés et des dangers de la mise en œuvre de l'accord, les Libanais sont conscients des défis politiques qui s'annoncent avec leurs lots possibles de tensions. De ce point de vue, le premier test sera l'élection d'un président de la République, poste vacant depuis le départ de Michel Aoun il y a deux ans. Cette élection devrait surtout permettre d'établir le rapport de force entre les deux camps qui s'opposent toujours au Liban, l'" Alliance du 14 mars", pro-occidentale, et l'" Alliance du 8 mars", favorable pour sa part à l'Iran et à "l'axe de la Résistance". S
'il ne fait guère de doute que le Hezbollah sort affaibli de son conflit avec Israël, le chef du groupe parlementaire du parti chiite, Mohammad Raad, a déjà réaffirmé que la "résistance" restait l'un des piliers de la défense de la souveraineté du Liban.
