Le bras droit de Viktor Orban dans le collimateur de Washington
Le numéro deux du gouvernement hongrois, Antal Rogán, a été placé sur la liste noire du Trésor des États-Unis.
- Publié le 13-01-2025 à 19h29

Avant de rendre les clés de la Maison-Blanche le 20 janvier, l'administration démocrate de Joe Biden a donné un coup de griffe au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui soutient bruyamment Donald Trump depuis la première heure. Le 7 janvier, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Département du Trésor américain a ajouté le nom du Hongrois Antal Rogán "pour son implication dans des affaires de corruption en Hongrie".
"Les États-Unis n'hésiteront pas à demander des comptes aux individus, comme Rogán, qui utilisent le pouvoir de leur fonction pour s'enrichir illicitement, eux-mêmes et leurs proches, aux dépens de leur pays et de leurs concitoyens", a déclaré un représentant du Trésor, Bradley T. Smith. Le message est fort car c'est la première fois que le représentant politique en activité d'un pays de l'Union européenne (UE) et de l'Otan, est ainsi visé.
Un ministre très influent
En tant que ministre en charge du Cabinet du Premier ministre, le politicien de 52 ans, élu plus jeune député du parlement en 1998 à l'âge de vingt-six ans, jouit d'une grande influence dans le gouvernement. Il a sous son contrôle de nombreuses entités gouvernementales, dont la communication de l'exécutif et les services secrets. Sa réputation sulfureuse lui vaut auprès de ses détracteurs le surnom de "ministre de la Propagande" ou encore de "Richelieu hongrois".
Le nom d'Antal Rogán revient dans plusieurs affaires de corruption présumée. Le média d'investigation Átlátszó rappelle qu'il est le maître d'œuvre du programme de "visas en or" qui a permis à des milliers de ressortissants étrangers d'obtenir un permis de résidence en Hongrie (et donc de déplacement dans l'espace européen de libre circulation Schengen) contre l'achat d'obligations d'État, selon un schéma très opaque impliquant des sociétés offshore.
Peu avant de quitter ses fonctions, David Pressman, l'ambassadeur des États-Unis, en conflit ouvert avec le gouvernement hongrois, a réuni la presse internationale mardi pour annoncer la décision du Trésor. Selon lui, "Antal Rogán est l'un des principaux architectes, exécutants et bénéficiaires de […] l'écosystème kleptocratique" qui sévit actuellement en Hongrie. "Nous encourageons ceux qui font des affaires avec le ministre Rogán, ses nombreux mandataires, les entités qu'il contrôle de facto et celles dont il tire profit, à examiner attentivement leurs activités", a mis en garde l'ambassade américaine trois jours plus tard.
Une sanction qui ressemble à un aveu d'impuissance
Sanctionner ainsi le bras droit du premier ministre Orbán au crépuscule de leur mandat ressemble à un aveu d'impuissance de la part des Démocrates moribonds. Jamais ces derniers n'ont réussi à infléchir ni les politiques domestiques ni les positions internationales de Viktor Orbán. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, y voit "la vengeance personnelle de l'ambassadeur d'une administration américaine déchue". Pour autant, il n'est pas certain que le gouvernement hongrois puisse profiter de ses liens privilégiés avec la future administration de Donald Trump pour effacer rapidement la sanction car le processus est complexe, estime le média indépendant Telex.
Le chef du gouvernement, Viktor Orbán, ne s'est pas prononcé sur l'affaire car il passe des vacances prolongées dans la province indienne du Kerala. L'analyste politique Gábor Török juge qu'en raison de son rôle "quasiment irremplaçable" dans l'"orbanisme", Antal Rogán ne joue pas sa tête, mais que "sa présence au gouvernement pourrait devenir un fardeau". D'autant que d'influentes personnalités du mouvement Maga (Make America great again) dénoncent la corruption qui sévit en Hongrie, à l'instar du hongrois d'origine Sebastian Gorka, futur conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, en charge de la lutte contre le terrorisme. C'est bien le Premier ministre Viktor Orbán qui est implicitement visé par les États-Unis. "L'on aurait tort de croire que Rogán est le Don dans cette organisation criminelle, juge le député indépendant Ákos Hadházy. Il n'en est que le Consigliere".