En Israël, un espoir teinté de prudence : "Ce n'est pas fini tant que tout le monde n'est pas rentré à la maison"
Alors qu'un cessez-le-feu a été prononcé dans la bande de Gaza après l'acceptation d'un accord par le Hamas, la société israélienne reste sur ses gardes et attend que le retour des otages encore détenus dans l'enclave se concrétise.
- Publié le 09-10-2025 à 13h25
- Mis à jour le 09-10-2025 à 18h26

La nouvelle du cessez-le-feu à Gaza est tombée vers deux heures et demie du matin, heure d'Israël. "Le Mouvement de résistance islamique annonce la conclusion d'un accord stipulant la fin de la guerre contre Gaza, le retrait de l'occupation, l'entrée de l'aide humanitaire et un échange de prisonniers", a annoncé le Hamas dans un communiqué, quelques instants après que les médiateurs, réunis ces derniers jours à Charm el-Cheikh en Égypte, ont fait circuler des rumeurs d'accord imminent.
Peu avant deux heures, le président américain Donald Trump avait déjà fait part sur les réseaux sociaux de sa "fierté" d'être parvenu à faire signer à Israël et à l'organisation islamiste une première phase de son "plan de paix", présenté le 29 septembre dernier depuis la Maison-Blanche. "Nous appelons le président Trump, les pays garants et les différentes parties arabes, islamiques et internationales à contraindre le gouvernement d'occupation à mettre pleinement en œuvre les exigences de l'accord et à ne pas lui permettre d'échapper ou de retarder la mise en œuvre de ce qui a été convenu", a prévenu le Hamas, en allusion à l'échec du premier cessez-le-feu entré en vigueur le 19 février 2025, et rompu par Israël mi-mars.
D'après les médias israéliens, le cessez-le-feu annoncé dans la nuit devait prendre effet ce jeudi à midi (heure locale) dans l'enclave palestinienne.
"Presque heureuse" : le soulagement prudent des familles d'otages
Efrat Machikawa, comme nombre d'Israéliens, explique ressentir un grand "soulagement" après la signature de cet accord. Elle témoigne ce jeudi par téléphone alors qu'elle se rend à Nir Oz, kibboutz de l'enveloppe gazaouie où son oncle Gadi Mozes a été enlevé par l'organisation islamiste le 7 octobre 2023, avant d'être libéré en février dernier à l'âge de 81 ans. "Je suis… presque heureuse ! Presque parce que j'attends de voir ce qu'il va se passer concrètement. Je ne suis pas de celles qui vont danser dans la rue. Nous, les familles d'otages, ne pouvons nous sentir bien tant que nous ne respirons pas le même air que nos êtres aimés", nuance celle qui n'a pas dormi depuis qu'elle a appris la nouvelle de l'accord dans la nuit.
"Nous sommes tellement reconnaissants envers le président Trump pour avoir pris cette initiative et réuni toutes les forces nécessaires autour de lui, et envers les pays arabes qui ont soutenu cet accord", explique cette conférencière en diplomatie culturelle, qui milite au sein du Forum des familles d'otages israéliens pour la fin de la guerre à Gaza depuis deux ans. "C'est une grande leçon pour l'humanité : si tous ensemble, nous souhaitons que quelque chose arrive en matière de justice humanitaire, voici la preuve que nous pouvons le réaliser", ajoute-t-elle.
Peur du "sabotage"
Si elle dit "regretter que cette solidarité ne se soit pas exprimée plus tôt", Efrat Machikawa espère maintenant pouvoir "fermer la parenthèse des atrocités du 7 octobre" et ne pas voir les efforts fournis par les parties "sabotés" par un camp ou un autre dans les jours à venir.
Toute la famille d'Efrat se retrouve aujourd'hui au cimetière de Nir Oz, en mémoire de la femme de son oncle Gadi Mozes. Elle a été tuée lors de l'attaque du 7 octobre, et sa belle-fille, Doron, a été enlevée avec ses deux enfants; avant d'être libérée en novembre 2023. "Il est temps pour notre région de guérir de ses blessures", estime celle qui se prépare à accompagner les autres familles dans la réception des otages vivants et des corps des détenus décédés lors de leur captivité à Gaza.
À Tel-Aviv, les familles des 48 Israéliens encore détenus à Gaza ont appelé le public à rejoindre la Place des otages à dix-huit heures (dix-sept heures à Bruxelles). Un appel formulé sous la forme d'un communiqué lui aussi empreint de prudence : "Ce n'est pas fini tant que tout le monde n'est pas rentré à la maison."
"Pas complètement soulagée" : la voix dissidente des pacifistes
Hedva Yaari partage bien sûr la joie générale de voir arriver bientôt le retour des otages. Mais à la vue de la "photographie globale" de la situation, cette militante pacifiste israélienne regrette de "ne pas se sentir complètement soulagée." Sensible au sort des civils palestiniens, elle trouve du réconfort dans l'idée d'une fin imminente des bombardements sur la bande de Gaza et la fin des "souffrances" infligées à ses habitants. "Tous les Israéliens se félicitent, disent que quand les otages seront rentrés, tout ira bien… Mais c'est faux. Nous avons toujours ce traître de Benjamin Netanyahou au pouvoir, poursuivi par la justice. Et Donald Trump, de son côté, n'est pas un pacificateur; il agit pour ses propres intérêts, lui qui n'a que faire des otages, des Gazaouis et des Palestiniens en général", juge-t-elle depuis Tel Aviv, où elle réside.
À ses yeux, l'opération israélienne à Gaza a perdu il y a bien des mois ses allures de guerre : "C'est un génocide, une famine imposée à des innocents et cet accord n'est pas la fin de cela. Israël a déjà rompu le précédent accord, ne l'oublions pas."
Maintien supposé de la coalition
Efrat Machikawa néanmoins croit entrevoir avec l'arrivée de cet accord une "double fin" : celle du Hamas, qui perd avec le retour des otages son principal levier de négociation et celle du gouvernement de Benjamin Netanyahou dont les ministres suprémacistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich souhaitent la poursuite des frappes sur Gaza.
Un pronostic que ne partagent pas la plupart des observateurs de la vie politique, comme Emmanuel Navon, politologue et professeur franco-israélien : "La chute de la coalition, à mon sens, n'est pas vraiment un risque. Bezalel Smotrich sait qu'il n'est pas sûr de survivre politiquement à une nouvelle élection et le gouvernement bénéficie d'une ceinture de sécurité de l'opposition pour mettre en place cet accord sur la libération des otages."
Une réunion de l'exécutif est prévue à 19h15 ce jeudi (18h15 en Belgique) en vue de voter l'application du plan de libération des otages, qui reste la principale préoccupation des Israéliens, rappelle l'analyste, loin devant les jeux de pouvoir attendus en Israël ces prochains jours.
