Le RN et Trump, de l'enthousiasme à l'embarras : "Ça va, vous êtes à l'aise, à tenir ce discours aujourd'hui… ?"
En 2017, Marine Le Pen espérait croiser Donald Trump à New York. Neuf ans plus tard, le RN cherche à se détacher de son étiquette trumpiste. Récit d'un (très) lent virage.
- Publié le 24-01-2026 à 09h31
- Mis à jour le 24-01-2026 à 10h16

Qu'il semble loin, ce temps où Marine Le Pen battait la semelle à la Trump Tower à New York dans l'espoir de rencontrer, en vain, Donald Trump. C'était le 12 janvier 2017, huit jours avant la prestation de serment du nouveau président américain. Le Rassemblement national (RN) s'appelait encore Front national (FN).
À l'époque, Marine Le Pen ne tarit pas d'éloges envers Donald Trump. Elle voit dans son élection une opportunité pour sa propre campagne. Elle s'inspire en partie de son style et de ses idées, mais elle perd l'élection présidentielle au printemps 2017.
Les années passent, et Donald Trump est battu en 2020 par Joe Biden. L'épisode de l'assaut du Capitole marque les esprits, y compris chez des cadres du RN. Marine Le Pen prend alors ses distances avec le milliardaire américain. Elle ne le félicite d'ailleurs que sobrement quand il remporte l'élection en novembre 2024.
La dédiabolisation mise à mal
Adoptant une politique agressive et un style outrancier, Donald Trump annonce rapidement la couleur de son deuxième mandat, ce qui rend encore plus méfiant le bras droit de Marine Le Pen, le député Jean-Philippe Tanguy. "Les ingérences américaines sont plus vicieuses [que les russes et les chinoises] parce qu'elles ont l'air amicales ; elles ne le sont pas. Les États-Unis défendent leurs intérêts", déclare-t-il en février 2025 sur LCI.
Mais le RN ne rompt pas complètement avec le président américain. Jordan Bardella se rend d'ailleurs à la grand-messe de la droite conservatrice américaine et européenne aux États-Unis, où l'idéologue d'extrême droite Steve Bannon effectue un geste semblable au salut nazi, un mois après qu'Elon Musk, patron de X et de Tesla chargé de démanteler les services publics avec le DOGE, a fait de même. Jordan Bardella annule alors sa conférence, ce qui lui vaut les railleries de l'ex-conseiller de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Ces polémiques contreviennent à la stratégie de dédiabolisation du RN, quelque peu embarrassé. Cela n'empêche cependant pas Jordan Bardella de tenter un nouvel exercice de contorsion en plaidant pour la création d'un DOGE en France. La déliquescence des services publics est pourtant un des premiers ressorts du vote d'extrême droite.
Posture ambiguë et volte-face forcée
Le RN continue d'entretenir le flou sur son rapport à Donald Trump, qui monte au créneau après la condamnation en première instance de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires du FN. Il affirme que cette dernière est victime d'une "chasse aux sorcières".
Mais les offensives économiques et douanières toujours plus fortes, et surtout les velléités impérialistes du président américain, embarrassent de plus en plus le RN à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Selon un sondage publié fin décembre de Politico réalisé avec Public First, seuls 25 % des sympathisants du RN perçoivent d'ailleurs Donald Trump de manière positive.
Alors, quand le président américain menace de s'emparer du Groenland et qu'il annonce de nouvelles taxes douanières à l'encontre de huit pays européens – dont la France – pour s'être opposés à lui, le parti finit par hausser le ton. "Donald Trump nous place devant un choix clair : accepter la vassalisation, ou bien redevenir des acteurs souverains, capables de défendre nos intérêts et notre intégrité", a ainsi déclaré ce mardi Jordan Bardella au Parlement européen. Et de souhaiter que Bruxelles "active sans délai ses instruments anti-coercition et assume des mesures ciblées sur les services et les exportations américaines".
Le virage est trop brutal pour ne pas être remarqué. "Ça va, vous êtes à l'aise, à tenir ce discours aujourd'hui alors que vous avez été avec votre groupe un des premiers supporters de Donald Trump ?", lui lance l'eurodéputée centriste Valérie Hayer (Renew) à son adversaire.
Alors qu'un nouveau sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi révèle que 84 % des Français – et dans une moindre mesure 69 % des électeurs d'extrême droite – considèrent que le président américain est une "menace pour la paix", le RN, piégé dans son ambiguïté, tente à la va-vite de décoller son étiquette trumpiste. Elle risque toutefois de lui coller longtemps à la peau.