"Trump ne peut pas poster des déclarations dans tous les sens" : derrière la guerre au Moyen-Orient, la frustration des médiateurs pakistanais
Islamabad a multiplié les contacts avec les Américains et les Iraniens, jouant les intermédiaires entre les belligérants ces dernières semaines.

- Publié le 25-04-2026 à 07h02
- Mis à jour le 25-04-2026 à 11h18

De notre envoyé spécial à Islamabad
Le 19 avril, Donald Trump promettait sur le réseau Truth Social l'arrivée de négociateurs américains à Islamabad dès le lendemain en vue d'un "deal" avec les Iraniens. Cinq jours plus tard, ils n'étaient toujours pas arrivés dans la capitale pakistanaise, où l'incertitude plane sur le devenir des pourparlers. Le 21, le locataire de la Maison-Blanche a finalement décidé de prolonger le cessez-le-feu sine die "à la demande du maréchal Asim Munir, le chef de l'armée pakistanaise, et du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif". De son côté, le régime iranien continue de tergiverser sur sa participation aux négociations.
Une médiation sous haute tension
Les autorités pakistanaises étaient pourtant optimistes en début de semaine. Elles avaient accordé des visas aux journalistes étrangers et des diplomates se disaient confiants. "Les Iraniens n'ont pas encore annoncé leur arrivée parce qu'ils veulent contrer les pressions et les menaces des Américains qui les somment de négocier au plus vite. Ils ne veulent pas se laisser intimider. Mais ils vont venir. La délégation américaine aussi. Les deux pays veulent en finir avec cette guerre qui leur coûte cher", nous assurait l'un d'eux.
Les forces de sécurité avaient commencé à barricader certains grands axes le samedi 18 avril. L'hôtel Serena, qui devait accueillir les émissaires américains, et l'hôtel Marriott, réservé aux Iraniens, étaient fermés au public jusqu'au 24 avril à midi, fermeture prolongée jusqu'à mardi prochain. Dix mille policiers sont déployés. Certains, armés de fusils d'assaut, font le pied de grue le long des grandes avenues.
Voilà des semaines que le maréchal Munir et le Premier ministre Sharif multiplient les coups de fil avec Donald Trump et son entourage, avec les dirigeants iraniens et les pays du Golfe. La semaine dernière, Shehbaz Sharif était parti trois jours en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie, pour informer ces pays de la médiation en cours et les consulter. Le maréchal Munir s'était rendu à Téhéran pendant ce temps-là, rencontrant le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président Masoud Pezeshkian, entre autres.
Quelqu'un à la Maison-Blanche ou dans l'administration américaine doit lui mettre un filtre.
Dans la foulée de ces échanges, Abbas Araghchi annonçait la réouverture du détroit d'Ormuz. Problème : moins d'une heure plus tard, Donald Trump lui répondait sur Truth Social en déclarant que le blocus américain des ports iraniens restait en place "jusqu'à ce que notre transaction avec l'Iran soit bouclée à 100 %", claquant la porte à une désescalade. "Quelqu'un à la Maison-Blanche ou dans l'administration américaine doit lui mettre un filtre. Il ne peut pas poster des déclarations dans tous les sens comme ça", plaidait il y a quelques jours un haut fonctionnaire pakistanais au fait du processus en cours.
Le Pakistan joue sa carte régionale
Le pays compte sur cette médiation pour accroître son influence au Moyen-Orient et redorer son image à Washington, après avoir soutenu les talibans afghans contre l'Otan pendant vingt ans. Des observateurs étalent aussi leur satisfaction d'avoir humilié le rival indien. Il y a un an, les deux puissances nucléaires s'étaient livrées à des affrontements dans les airs et à des frappes de missiles pendant plusieurs jours, après un attentat imputé à des djihadistes pakistanais au Cachemire. En représailles, New Delhi avait lancé une campagne de lobbying pour isoler le Pakistan sur la scène internationale.
"Depuis près de dix ans, le Premier ministre Narendra Modi martèle que l'Inde est le leader du Sud global, qu'elle est incontournable dans le concert des nations. Et voilà que le Pakistan a réussi à organiser une première rencontre irano-américaine tandis qu'une deuxième est en préparation. Le gouvernement indien en est réduit à méditer sur son insignifiance", persiflait le quotidien The News dans son édition du 23 avril.
Depuis la création du pays en 1947, la culture stratégique nationale repose sur la conviction que l'Inde n'a jamais accepté la partition et qu'elle cherchera, tôt ou tard, à s'emparer du Pakistan par la force. L'armée estime vital d'empêcher son voisin de devenir la puissance dominante en Asie du Sud, un objectif qu'elle tente de remplir avec cette médiation.
L'opinion publique semble plus nuancée. "Beaucoup se demandent ce qui va en ressortir. Mais d'un autre côté, les gens sont heureux de voir que le Pakistan a restauré son image dans l'opinion internationale. D'ordinaire, il fait la une des médias à cause des attentats et rien d'autre. Il suffit d'observer les réseaux sociaux pour comprendre que cette médiation remonte le moral de la population", observe Aoun Sahi, un habitant de la ville voisine de Rawalpindi.