"Si le sentiment est que leur relation personnelle se détériore et que Trump ne sera plus là pour lui, alors le calcul de Netanyahu pourrait changer"
En Israël, l'accord-cadre entre États-Unis et Iran provoque l'insatisfaction générale. La population juive estime que l'armée doit poursuivre les combats contre le Hezbollah libanais.
- Publié le 15-06-2026 à 19h50
- Mis à jour le 16-06-2026 à 11h59

Alors que la signature d'un accord-cadre entre les États-Unis et l'Iran pour prolonger le cessez-le-feu est annoncée pour vendredi, un sentiment d'injustice plane en Israël. L'entourage du Premier ministre Benjamin Netanyahu, soutenu par la population juive du pays, refuse de cesser ses attaques au Liban, allié stratégique de Téhéran.
Sur la chaîne 12 dimanche, le journaliste israélien Barak Ravid a expliqué s'être entretenu avec le président américain Donald Trump, qui se serait laissé aller à certaines confidences. "Bibi n'a aucun putain de jugement. Je lui ai fait passer le message que je suis très mécontent", aurait pesté Trump lors de cette conversation au sujet de son allié Benjamin Netanyahu. À l'origine de ce mécontentement, une attaque israélienne menée sur Beyrouth le jour même de l'annonce d'un accord-cadre pour maintenir le cessez-le-feu avec le régime iranien en vue d'aboutir à une paix durable. Un peu plus tôt, le Hezbollah libanais avait dirigé des tirs contre Israël, sans faire de victimes.
Sans trêve au Liban, Téhéran refuse un cessez-le-feu
L'Iran a fait de l'arrêt de l'offensive israélienne au Liban une des conditions sine qua non mentionnées dans l'accord négocié avec Washington. "Le Liban et la fin de la guerre au Liban font partie intégrante de l'accord de cessez-le-feu. Le Liban est mentionné à trois reprises dans l'accord-cadre", a ainsi affirmé lundi après-midi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien.
Dans le même temps, selon un sondage de l'Institut de la démocratie en Israël (IDI), 80 % des Juifs israéliens estiment que leur gouvernement devrait poursuivre les combats contre le Hezbollah libanais, quelle que soit l'évolution de la situation vis-à-vis de l'Iran. Et tant pis si cela doit entraîner des tensions avec l'Administration américaine.
Israël doublement insatisfait
"L'Iran ne soutiendra pas le Hezbollah avec notre approbation", titrait lundi matin le journal Israel Hayom. Un haut responsable du gouvernement israélien y explique refuser de voir une trêve Israël-Iran imposée par les États-Unis. "L'Iran ne continuera pas à être le protecteur du Liban avec notre accord. Netanyahu devrait également s'opposer à Trump si nécessaire pour faire valoir notre exigence de continuer à opérer au Liban", déclare-t-il.
Selon plusieurs sources proches des négociations, les États-Unis auraient accepté la demande iranienne qu'Israël mette un terme à sa guerre au Hezbollah libanais et aux Houthis yéménites. "J'admets avoir du mal à comprendre pourquoi, confiait Sima Shine, ex-cadre du Mossad et experte Iran à l'INSS, lundi lors d'une conférence de presse. Cela confère à l'Iran le droit de décider de ce qui se passe au Liban […] et les États-Unis permettent ainsi à l'Iran de soutenir le Hezbollah pour qu'il reste un acteur fort de l'arène politique libanaise."
Deuxième insatisfaction majeure en Israël : le peu de détails accordé à la question de l'enrichissement d'uranium iranien. Si ce volet nucléaire devrait être débattu "dans les 60 prochains jours", Sima Shine craint qu'à l'issue des discussions, "aucun accord ne soit trouvé".
Netanyahu face au calendrier électoral
De son côté, Benjamin Netanyahu dépend fortement du soutien de Trump pour sa campagne électorale en vue des législatives de l'automne. "Tant qu'il estimera qu'il y a des chances que Donald Trump le soutienne et se montre proactif, je pense que Netanyahu acceptera pour l'essentiel ses diktats, estime de son côté Nimrod Goren, président de l'Institut Mitvim et membre du conseil d'administration de Diplomeds. Si le sentiment est que leur relation personnelle se détériore et que Trump ne sera plus là pour lui, alors le calcul de Netanyahu pourrait changer. Il pourrait penser qu'il aura plus à gagner en provoquant une confrontation avec les États-Unis, mais cela a un prix, notamment en matière de sécurité nationale et de diplomatie."
Face à cet accord, le Premier ministre israélien se trouve donc pris dans un étau entre Donald Trump, qui le somme de cesser ses attaques au Liban, et ses électeurs juifs qui lui enjoignent de poursuivre la guerre contre le Hezbollah.
À l'échelle nationale, "certains électeurs estiment qu'il devrait se montrer plus ferme et plus agressif, tandis que le centre et la gauche israéliens considèrent qu'il faut privilégier la diplomatie plutôt que la seule puissance militaire", résume Nimrod Goren. "Ce résultat vient étayer leur argument selon lequel il échoue dans son rôle de dirigeant et qu'un changement radical doit s'imposer en Israël", ajoute cet analyste.
