L'indépendante licorne hante l'imaginaire de l'Écosse
Série "Le bestiaire des nations (3/6). Guillaume Ier a choisi de placé le mythologique équidé sur les armoiries royales écossaises au XIIe siècle. La licorne est, depuis, visible un peu partout dans le pays, pour qui sait ouvrir l'œil.
- Publié le 05-08-2026 à 09h38
- Mis à jour le 06-08-2026 à 13h49

Choisir le lion ou l'aigle comme emblème national ? C'est tellement commun. On ne compte plus le nombre d'États et de régions qui ont placé le roi des animaux (même quand, sur leur sol, on ne peut le rencontrer qu'au zoo) ou le rapace majestueux sur leur drapeau. L'Écosse se distingue, elle, par son originalité en ayant fait de la licorne son "animal totem". Si elle ne figure pas sur la Saltire, le drapeau à la croix de saint André blanche sur fond bleu, elle n'en reste pas moins une créature chère aux Écossais.
Pourquoi le mythologique équidé, au front orné d'une corne unique, occupe-t-il une telle place dans leur cœur, aux côtés du kilt et du chardon ? Créature légendaire, dont les premières mentions remontent à la civilisation de l'Indus plus de deux mille avant notre ère, la licorne est connue en Occident depuis l'Antiquité, grâce aux récits de voyageurs revenus de Perse ou d'Inde, évoquant un monocéros. La licorne est, au Moyen-Âge, un animal imaginaire très présent en Occident chrétien.
La licorne et le lion
C'est au XIIe siècle que la bête légendaire apparaît pour la première fois sur les armoiries royales écossaises, à l'initiative de Guillaume Ier, dit "Le Lion", contemporain de l'Anglais Richard Cœur de Lion. Eu égard à son surnom, il est piquant que Guillaume ait choisi la licorne pour emblème, sachant que, dans l'imaginaire de l'époque, elle et le lion sont des ennemis jurés.
Une généalogie manuscrite de 1185 fait remonter la lignée de Guillaume jusqu'à Japhet, fils de Noé – Noé qui, si l'on en croit une chanson scoute, a mis son arche à flot sans avoir embarqué "la plus mignonne des bêtes à corne" (la licorne, voyons). L'histoire ne dit pas si la volonté du Roi de mettre l'animal sur ses armes répond à un regret familial tardif.
Plus sérieusement : selon la mythologie celtique, dont sont imprégnés les Écossais, la licorne incarne la pureté et l'innocence, mais aussi la masculinité et la puissance. Elle est représentée enchaînée sur le blason, pour montrer que seuls les rois d'Écosse sont capables d'apprivoiser cet animal réputé indomptable. La licorne est, à ce titre, symbole d'indépendance, ce qui n'est pas sans signification si l'on se penche sur la complexité séculaire des relations entre l'Écosse et sa puissante et envahissante voisine méridionale, l'Angleterre.
À l'époque de l'unification des royaumes écossais et anglais sous Jacques VI d'Écosse, en 1603, les armoiries royales étaient ornées de deux licornes soutenant un bouclier. Mais lorsque Jacques VI devint Jacques Ier d'Angleterre et d'Irlande, il remplaça, sur la version écossaise du blason royal, la licorne de gauche par l'emblème de l'Angleterre, le lion – avec lequel, donc, la licorne entretient des relations tendues. La licorne de droite figure aujourd'hui encore sur les armoiries de la famille royale britannique.
Imaginaire, mais très présente
Il n'est pas plus de preuve scientifique de l'existence de la licorne que de celle du monstre du Loch Ness, autre célébrité écossaise légendaire. Mais si personne n'a aperçu de licorne galopant dans les Highlands, elle est visible un peu partout en Écosse et se dévoile à qui sait ouvrir l'œil, depuis des siècles.
Pendant le règne de Jacques III, lors de la seconde moitié du XVe siècle, on la retrouve frappée sur des pièces d'or. La licorne hante de nombreux châteaux écossais : elle est sur un poteau du portail menant au palais de Holyroodhouse, à Edimbourg. On la repère, trente kilomètres plus à l'ouest, sur la fontaine royale du palais de Linglithgow. Elle trône au sommet de la grande salle du château de Stirling et s'affiche, au même endroit, sur la tapisserie Chasse mythique à la licorne. Elle est visible au château de Delgatie dans l'Aberdeenshire, ainsi que sur le "fauteuil de la Reine" dans une chapelle de la cathédrale Saint-Gilles d'Édimbourg.
La licorne prend la forme d'une sculpture devant un bâtiment de l'université de Saint Andrews, la plus ancienne du pays, et est la figure de proue de la frégate (en bois) HM Unicorn, un des six plus anciens navires du monde. Elle gambade au fronton de bâtiments dans les rues de plusieurs centres-villes. Et même si, hors de ces représentations, personne n'a jamais vu l'animal (en étant sobre), les Écossais la célèbrent lors de la journée qui lui est consacrée, le 9 avril.
Le Dragon gallois, né d'une légende arthurienne
Autre nation du Royaume-Uni, le pays de Galles a lui aussi pris un animal légendaire comme emblème : sur son drapeau s'affiche un dragon quadrupède ailé rouge. Une légende arthurienne est à l'origine de ce choix. Elle raconte qu'au Ve siècle, Merlin avait expliqué au roi celtique Vortigern que le site du château qu'il voulait construire était situé au-dessus d'un lac sous-terrain où dormaient deux dragons, un rouge et un blanc. Réveillés par le chantier, les deux géants écaillés se lancèrent dans une bataille acharnée l'un contre l'autre, et le rouge l'emporta.
Merlin raconta à Vortigern que le dragon rouge symbolisait son peuple – les Britons – et le blanc les futurs envahisseurs anglo-saxons. Y Ddraig Goch (le dragon rouge) est depuis le symbole des Gallois. Mais c'est un Anglais, Henri VII, qui a créé le drapeau gallois moderne, en 1485, en plaçant un dragon rouge sur fond blanc et vert (couleurs de la dynastie Tudor) pour se revendiquer "dernier roi des Britons".

Le dragon rouge n'apparaît pas sur l'Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni, qui combine les drapeaux des nations britanniques historiques (Angleterre, Écosse, Irlande). En revanche, depuis 1959, la reine Elizabeth II a déclaré que seul le drapeau orné du dragon "devrait être hissé sur les bâtiments gouvernementaux au pays de Galles".
