En Suède, le scrutin le plus incertain depuis des décennies : "Nos électeurs ont cru que le résultat était acquis d'avance. C'est une grave erreur"
À la veille d'un scrutin législatif qui s'annonçait couru d'avance, les sociaux-démocrates voient leur avance fondre dans les derniers sondages. Portée par l'extrême droite, la droite pourrait bien créer la surprise dimanche, et conserver le pouvoir.
- Publié le 12-09-2026 à 15h19

À la veille des élections législatives suédoises de ce dimanche 13 septembre, la tension monte au sein du camp social-démocrate. Donnés largement gagnants depuis des mois par tous les sondages, les chefs de file de l'opposition sont en effet rattrapés dans la dernière ligne droite par la coalition de droite conduite par le Premier ministre conservateur Ulf Kristersson, soutenu par les Démocrates de Suède (SD, extrême droite). Dans le dernier sondage de l'institut Novus, l'avance des sociaux-démocrates et de leurs alliés de centre-gauche est désormais proche de la marge d'erreur.
Pour Magdalena Andersson, présidente du Parti social-démocrate, qu'une projection de juin dernier voyait avec plus de 90 % de probabilité au poste de Première ministre, c'est la douche froide. "Nos électeurs ont cru que le résultat était acquis d'avance. C'est une grave erreur", reconnaît-elle, mettant en garde contre une possible arrivée au pouvoir des Démocrates de Suède, qui pourraient, selon elle, décrocher "12 à 14 postes ministériels".
Un débat sous haute tension
Lors d'un débat tendu jeudi soir sur la chaîne TV4 entre les leaders des partis en lice, Mme Andersson est repartie à l'offensive, dénonçant notamment "le naufrage de la politique économique" de la coalition sortante. Quelques jours plus tôt, elle avait accusé Ulf Kristersson de fermer les yeux sur les liens entretenus par certains collaborateurs du parti d'extrême droite avec les Russes.
Optimiste, le chef de file de SD, Jimmie Åkesson, croit pour sa part qu'une victoire est à portée de main et que son parti, jadis paria, pourrait entrer au gouvernement grâce au soutien des électeurs indécis. Ce qui serait une première dans le pays.
Malmö résiste
Fief historique des sociaux-démocrates, Malmö, cité portuaire la plus cosmopolite du pays (54 % de ses habitants sont d'origine étrangère), résiste à la poussée de l'extrême droite. Elle se trouve pourtant au cœur de la Scanie, le bastion des Démocrates de Suède. Ces derniers ont surfé avec succès sur les inquiétudes liées à l'immigration et à l'insécurité, devenant le premier parti de droite avec 20,5 % des voix aux élections de 2022.
Face à la forte percée des populistes, Magdalena Andersson s'est elle-même saisie ces dernières années de la question migratoire et de la lutte contre les bandes criminelles, deux sujets qui préoccupent la population, épousant en partie la rhétorique de la droite et de l'extrême droite. Pragmatique, tournant le dos aux idéaux sociaux-démocrates traditionnels, elle prône "une politique migratoire restrictive", en s'inspirant des méthodes musclées de son homologue danoise, la sociale-démocrate Mette Frederiksen.
Elle entend ainsi préserver l'État-providence, fragilisé selon elle par une forte vague d'immigration en 2015-2016 (plus de 160 000 réfugiés sont arrivés en Suède, un record européen par habitant), qui aurait "engendré des sociétés parallèles". L'objectif est d'endiguer l'érosion de son électorat ouvrier, tenté de rejoindre les Démocrates de Suède.
Les entreprises inquiètes
Ce changement de pied amorcé par les sociaux-démocrates interpelle cependant les milieux économiques. Dans un entretien accordé au quotidien Svenska Dagbladet, le PDG d'Ericsson, Börje Ekholm, estime ainsi que la question de l'immigration a pris "une tournure bien trop négative". "S'il y a bien une chose dont la Suède a besoin, c'est d'immigration de main-d'œuvre. C'est d'autant plus vrai que le taux de natalité est en baisse. Si on n'augmente pas l'immigration, nous en subirons les conséquences économiques", avertit-il.
Ce virage des sociaux-démocrates sur la question migratoire intrigue également les spécialistes, alors que la croissance démographique est faible, la population vieillissante, et que le service public souffre d'une pénurie chronique d'infirmières, d'aides-soignantes et d'autre personnel de soutien dans les maisons de retraite et les services d'aide à domicile pour personnes âgées. Tous ces emplois sont en effet occupés en grande partie par des immigrés.
Immigration vs pauvreté
De "superpuissance humanitaire", expression vantée par le gouvernement du Premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt en 2014, la Suède s'est transformée ces dernières années en forteresse. En 2025, le royaume a à peine accueilli 6 737 demandeurs d'asile, un niveau historiquement bas. Selon l'Office suédois des migrations, ce chiffre devrait atteindre environ 4 200 personnes cette année et quelque 3 700 en 2027. Cette baisse continue s'explique par les règles drastiques imposées depuis 2022 par le gouvernement de centre-droit soutenu par l'extrême droite (SD) pour endiguer l'immigration et juguler la criminalité. Des mesures en grande partie avalisées par la gauche.
En raison de cette politique restrictive, qui a porté ses fruits, l'enjeu migratoire n'a pas été un thème central de la campagne, contrairement au scrutin précédent. Selon un sondage de l'institut Verian diffusé le 24 août par la télévision publique SVT, ce sujet arrive en septième position dans les préoccupations des électeurs (33 % des répondants), loin derrière la santé (64 %), l'éducation (48 %), l'ordre public (47 %), l'aide aux personnes âgées (38 %), le climat (37 %) et l'économie (36 %).
En dépit d'une croissance économique qui a amorcé sa reprise et d'une inflation maîtrisée, la pauvreté a fortement progressé dans le pays. "730 000 personnes vivent dans la pauvreté, un chiffre qui a doublé en cinq ans. Et si la tendance se poursuit, il pourrait bientôt atteindre un million, soit un Suédois sur dix", avance Hanne Nelson, porte-parole de l'ONG Oxfam Suède.
Aujourd'hui, la Suède occupe le sixième rang mondial en matière d'inégalités de richesses, juste devant les États-Unis.